Littérature
Fatos Kongoli
Le Boléro dans la villa des vieux
Traduit de l’albanais par Edmond Tupja
Rivages
256 pages, 20 €
9782743625191
Parashqevi vit et travaille à Tirana. Devenir aide-soignante, « obéissante », dans un hôpital n’a pas aidé à rompre sa solitude et son mal-être. Un mal-être qui s’explique au fil de son récit : pourquoi elle se vit laide, mal aimée, invisible et pourquoi ses miroirs s lui confirment ses sentiments. Son chef la convoque et lui présente un ami, riche et bien pensant. Ce dernier lui propose de travailler pour lui : habiter chez ses parents, vieilles personnes malades, prendre soin d’eux au quotidien, effectuer les tâches ménagères. C’est ainsi qu’elle rencontre ce couple aux habitudes étonnantes, elle apprend à gérer leurs lubies, se fait à leurs caractères, s’y attache. C’est le portrait d’une femme libre, d’esprit, de mœurs, une femme moderne mais qui ne sait qu’elle l’est. Sa relation avec ces deux personnalités dont la vie s’achève va-t-elle l’aider à trouver sa voie ?
Marie-Hélène
Otto B. Kraus
Le Mur de Lisa Pomnenka
Traduit de l’anglais par Stéphane et Nathalie Gailly
Suivi de :
Catherine Coquio
Le Leurre et l’Espoir. De Theresienstadt au block des enfants de Birkenau
L’Arachnéen
335 pages, 24 €
9782954105918
Le roman se fait témoignage, celui d’un homme qui fut à la fois témoin, victime et acteur. Juif tchèque envoyé parmi tant d’autres au camp de Terezín puis sélectionné pour le camp de Birkenau au sein d’un camp des familles. Pure manipulation pour que la Croix-Rouge visitant Terezín ne réalise pas l’horreur de l’extermination en cours. Ce sont les six mois de vie précaire des internés qui est relatée, transposée ici, « bénéficiant » de la mise en place d’un centre pour enfants où chacun tentait de vivre en oubliant ce qu’il savait advenir. Cacher la réalité, la taire, faire avec, vivre au mieux ces quelques mois, et pourquoi pas avoir l’idée de s’évader, de fomenter. Faire fi de la désespérance. Activités avec les enfants, éducation cachée au risque de leur vie, pièces de théâtre et musique… seul le jeu était autorisé car n’ayant aux yeux des Allemands aucun intérêt éducatif. Des enfants matures avant l’âge, qui sans doute comprenaient d’où venaient les fumées qu’ils sentaient, voyaient.
L’essai est plus qu’un éclaircissement, il redonne « vie » aux protagonistes, souvent tus, parfois renommés, parfois fictifs. Il retrace les événements et donne suite à cette volonté de survivance. L’aspect culturel, l’aspect politique et ses engagements y ont la part belle.
Marie-Hélène
Jérôme Garcin
Bleus horizons
Gallimard, coll. « Blanche »
213 pages, 16,90 €
9782070130610
De retour du front pour Noël 1914, un jeune soldat, Louis Gémon, rencontre dans un grand hôtel parisien la mère de Jean de La Ville de Mirmont, son ami, mort au front, pulvérisé par un obus, en novembre. Il lui raconte ses derniers instants. Sa vie sera alors consacrée à la reconnaissance du talent de ce jeune poète et écrivain.
A travers la vie de Louis, de plus en plus solitaire et exclusivement dévoué à la mémoire de son ami, et ses rencontres avec différents artistes ou hommes de lettres qui connurent le poète ou travaillèrent à faire connaître son œuvre, Gabriel Fauré, Bernard Grasset, François Mauriac, le roman décrit de façon sensible le tragique isolement, le ressentiment, la honte et l’incompréhension qui séparèrent ceux qui connurent et vécurent le Front, ses combats, son bruit et sa fureur de ceux qui l’évitèrent, le fuirent ou ne firent que l’approcher.
Frédéric
Ben Fountain
Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michel Laderer
Albin Michel
400 pages, 22 €
9782226245182
Le jeune Billy Lynn et les autres soldats de sa compagnie sont accueillis en héros pendant deux semaines après une action d’éclat menée lors de la guerre d’Irak et largement médiatisée. Lors de Thanksgiving, ils sont reçus dans le stade de Dallas, lors d’une rencontre de football américain agrémentée d’un show de variétés, tout en devant mener des négociations pour l’adaptation du film hollywoodien retraçant leur aventure.
Le soldat qui a affronté bravement les patrouilles, les embuscades et le combat, conforté par l’entraînement et la camaraderie sur le champ de bataille, va découvrir le monde cynique et brutal de la finance, de la politique, du show pour lequel il risque sa vie et contre lequel sa naissance du mauvais coté de la société, son manque d’éducation, sa jeunesse et ses illusions ne l’ont pas armé.
Frédéric
Berta Marsé
En échec
Traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu
Christian Bourgois
200 pages, 16 €
9782267024609
Sept nouvelles où les protagonistes confrontés à un événement, une personne, une situation dans un moment anodin ou au contraire décisif sont mis en échec. L’échec prend son sens intime, propre à chacun avec son poids de mots, de relations, de secrets, les caractères et singularités : des dessins d’enfants dévoilent les mensonges d’une mère ou font soupçonner des actes pédophiles, une perruquière défiant pour l’honneur une diva sur la fin, un jeune couple qui n’en sera peut-être pas un, un père manigançant pour que son fils adolescent et mourant connaisse l’amour, les conséquences presque générationnelles d’une infidélité, un père qui tient sa promesse d’appeler sa fille… Un style pour chaque nouvelle – le ton diffère, plus ou moins grave, une certaine légèreté et un cynisme – qui permet à la mise en échec de se déployer, de s’étendre pour, au moment critique, modifier la donne, révéler, conclure parfois brutalement.
Marie-Hélène
Franck Maubert
Ville close
Écriture
184 pages, 18,95 €
9782359050554
Julien Collardeau tourne une page, déchu professionnellement il passe de critique gastronome à rédacteur de nécrologies, il abandonne sa vie parisienne pour s’installer, contraint, au bout du monde. Sa retraite n’est pourtant que la ville de Richelieu, la cité du cardinal, lequel la rêvait idéale, parfaite. Julien la connaît cette cité, il y a passé de bons moments avec sa tante, peut-être même son initiation sexuelle. Il revient donc en ce lieu soi-disant perdu qui se fait scène théâtrale, s’y révèlent les caractères ambigus et mystérieux des personnages, des événements : une ville close – ceinte de remparts, architecture à dessein – où les habitants quoique étranges sont avenants, où un corbeau fait son triste office, où les morts suspectes se succèdent, où les ombres du passé demeurent. Rien ne s’explique de la présence, de l’absence, des événements ; tout est laissé au mystère, en suspens, du début à la fin du roman, même les faits réels dont il s’inspire ; un lieu peut-être où chacun se perd. Un roman d’atmosphère, aussi plaisant que déconcertant.
Marie-Hélène
Kathleen Winter
Annabel
traduit de l’anglais (Canada) par Claudine Vivier
Christian Bourgois
464 pages, 20 €
9782267023725
Fin des années soixante, au cœur du Labrador, en un village reculé où les traditions restent honorées, par choix ou par obligation, où la nature tient lieu de métronome, Thomasina assiste son amie Jacinta qui met au monde son premier enfant. L’enfant de Jacinta et Treadway naît hermaphrodite, les deux sexes sont là, présents. D’emblée les interrogations et les doutes. Comment élever l’enfant ? Sous quel sexe ? Imposer ou respecter la nature profonde, mais laquelle ? Le test médical tranche, ce sera Wayne. Ainsi le jeune garçon grandit ; son père, au nom du sexe masculin, tâche de le guider dans ses activités ; sa mère est partagée, ressentant une part de féminité, et c’est en secret qu’elle appelle sa fille ; Thomasina lui confie le prénom de sa propre fille qu’elle vient de perdre, Annabel. Les années qui passent où la personnalité se forge, où la nature sexuelle s’affiche et revendique ; Wayne comprend, apprend sa différence, il la teste, se cherche, éprouvé dans ses propres sensations, questionnements. Son moi caché se manifeste en permanence. La détermination médicale, l’éducation peuvent-ils trancher lorsqu’une certaine conviction reste latente ?
Marie-Hélène
Ludvík Vaculík
Les Cobayes
traduit du tchèque par Alex Bojar et Pierre Schumann-Aurycourt [collectif]
36 dessins de Jérémy Boulard Le Fur
Attila
256 pages, 20 €
9782917084540
Vachek père, ayant décidé de transmettre une étude « animalière » à l’usage de ses enfants, des enfants en général, dresse finalement un exposé de ce qu’il advient de sa vie de petit employé de banque, confronté aux remaniements post-printemps de Prague.
Ce journal, il le tient après avoir offert à l’un de ses fils un cobaye. Animal, qui d’un passe à deux puis trois, qu’il se met lui-même à observer inlassablement, testant leurs capacités et comportements, procédant à des expériences ; il ne peut se passer de cet examen, ces bestioles impassibles prennent le pas sur sa propre vie, comme une obsession. Et au fil de ses analyses et observations qu’il écrit, ce sont les révélations d’une société tourmentée où l’économie frôle l’absurde, où la grisaille devient la trame de fond. Un roman dans la veine de l’univers Kafkaien, mêlant réel et illusion, le narrateur se revendique de Poe.
Marie-Hélène
Ariane Schréder
La Silencieuse
Philippe Rey
225 pages, 17 €
9782848762449
Silencieuse, Clara est murée dans son silence car les mots ne passent pas les barrières que ses expériences de vie ont dressées, ils lui pèsent et plutôt que de sortir ils disparaissent. Elle est ainsi, tout le monde s’accorde à le dire ou le penser. Pourtant jeune, pourtant douée. Sa rupture d’avec son compagnon la pousse à quitter Paris, et ses seuls parents, son seul ami, ce lieu où ses sculptures elles-mêmes ne peuvent plus exprimer. Elle choisit une grande maison, dans l’isolement d’un petit village de bord de fleuve. Comme un journal intime sans en être un, l’éveil à la nature qui l’inspire, la manifestation de la solitude qui perdure malgré ses rencontres, Omar, Thierry, l’Adorateur, Ameline, et le Dr Aubier… Clara fait sienne une citation de Paul Valéry – « Chaque atome de silence/Est la chance d’un fruit mûr ! » – et cherche sa propre consistance ; l’artiste se laisse inspirer et ses sculptures éthérées prennent vie, trouvent matière et ancre, Giacometti n’est pas loin. Un premier roman où la délicatesse prime, une écriture sobre qui ne cède pas au nombrilisme avec toutefois une forme de vague à l’âme persistant.
Marie-Hélène
Andrea Molesini
Tous les salauds ne sont pas de Vienne
Traduit de l’italien par Dominique Vittoz
Calmann-Lévy
360 pages, 20,90 €
9782702143995
1917, l’offensive autrichienne fait reculer les troupes italiennes. Défilé de soldats, l’armée réquisitionne. Non loin du Piave, près de Venise, s’étend le domaine de la famille Spada.
Ses membres sont bien nés, cultivés, respectés et méritants. Comme d’autres, ils ne seront épargnés, la présence autrichienne leur est imposée, partager les lieux, supporter ces étrangers… Mais les vols et réquisitions successives, le viol de villageoises provoquent un sursaut patriotique et chacun, à sa manière, se révolte. Villageois, « nobles », curé, petites mains… Paolo Spada n’a que 17 ans, orphelin recueilli par ses grands-parents, devient vite adulte auprès du gardien Renato, ancien combattant lié aux services secrets, et de la troublante Guilia ; la grand-mère, fière et silencieuse parvient à sauvegarder son domaine privé, d’où elle dirige les messages codés à faire parvenir aux forces anglaises ; le grand-père fantasque se dévoile, accompagne et soutient à la mesure de son courage ; la tante Maria, dans le maintien de son statut se fait négociatrice auprès du « Troisième fiancé ». Et la lutte de tous les autres aussi, leur servante Teresa qui ne mâche pas ses mots, sa fille Loretta… Un bon roman qui se fait fresque familiale.
Marie-Hélène
Olivier Bleys
Le Maître de café
Albin Michel
352 pages, 20 €
9782226245144
Le tonnerre gronde au palais du premier Italien en ce 5 juillet 1954 et le reste de la journée est en jeu : son sacro-saint café, celui que seul le maître de café, Massimo Pietrangeli, a l’art de préparer, est imbuvable. De fait, le vieux routier sait que sa fin approche ; Oreste son aîné alerte ses frères et sœurs. Tous, croyant se déplacer pour l’enterrement et l’héritage, rejoignent la maison familiale. Mais il tarde à mourir, il reprend vie après sa tasse de café quotidienne, concoctée avec les dernières fèves de sa cassette personnelle ; ces fèves, il veut les partager avec les siens, leur goût, leur histoire, son histoire… Persuadé qu’à l’épuisement des grains il mourra, il impose sa dernière lubie : se rendre au Costa Rica pour s’en procurer. Commence alors le voyage, riche en émotions, anecdotes et mésaventures. Un roman tout public très plaisant, la figure patriarcale est aussi belle qu’extravagante, les personnages sont attachants, et le roman se présente un peu à la manière d’un conte sans faire l’impasse sur l’humour.
Marie-Hélène
Fanny Chiarello
Une faiblesse de Carlotta Delmont
Éditions de l’Olivier
190 pages, 18 €
9782879298290
Paris, hôtel Ritz, avril 1927, la cantatrice Carlotta Delmont a ravi nombre de spectateurs. Déjà célèbre, en passe de devenir LA cantatrice, elle et son impresario, mentor et homme avec lequel elle vit, savent que cette gloire risque d’être éphémère tant elle a travaillé et forcé sa voix pour parvenir à un tel résultat. Carlotta est cependant insatisfaite, peut-être de ce qui l’attend, ou de sa vie intime, ou de cette renommée qu’elle a du mal à assumer. Elle est romanesque, elle aspire à explorer ce qu’éprouvent ses héroïnes, celles qu’elle incarne sur scène ou celles des livres lus. Un matin, Carlotta a disparu. Deux semaines où étonnement, inquiétude et enquête policière plongent son entourage et fascinent le public parisien. Sa réapparition ne fait point taire les interrogations, où, pourquoi, avec qui ? S’ouvre alors un autre type de renommée, salie, l’entravant de ses désirs et de sa liberté. Mélange de notes personnelles, de correspondances, d’extraits de journaux, ce roman évoque la croisée des regards, ce que l’on accorde à une légende.
Marie-Hélène
Hubert Haddad
Le Peintre d’éventail
Zulma
192 pages, 17 €
9782843045974
Dame Hison, ancienne courtisane, gère une pension perdue dans la contrée d’Atôra (île de Honshu, Japon) où elle accueille des personnes aux caractères singuliers, eux-mêmes un peu perdus ou se cachant, s’isolant. Ainsi cohabitent maître Osaki, vieux jardinier mais surtout peintre d’éventail ; Matabei, qui devient disciple d’Osaki et le remplacera au jardin ; le jeune Hi-Han découvrant les tourments de la passion ; la troublante Enjo et Aé-Cha, Monsieur Ho… L’auberge se fond dans un paysage entre monts et océan, comme au cœur d’une peinture où nature et beauté sont mises en avant. Jusqu’au chaos. Un lieu hors du temps où le Zen prime, évoluant entre les rites ancestraux et la modernité. Hors du temps… Tout n’est qu’allusion et métaphore sous la plume poétique d’Hubert Haddad, ses mots dépeignent avant de dévoiler le drame d’un 11 mars.
Marie-Hélène
Patricio Pron
L’Esprit de mes pères
Traduit de l’espagnol (Argentine) par Claude Bleton
Flammarion
208 pages, 18 €
9782081256804
Argentine, 2008, un père se meurt ; malheureuse occasion qui réunit ses enfants dont le fils, jeune écrivain qui vit en Allemagne. Retour au pays donc pour ce dernier qui, poussé par ses propres souvenirs, se plonge dans l’histoire paternelle. Père mais aussi journaliste, obsédé par la disparition et la mort irraisonnées, inexpliquées mais si communes en ces années d’« oppression politique » d’un simple quidam (?). Accumulation de documents, extraits d’articles, suivi complet de l’affaire… tout cela conservé par le père, lu et déchiffré par le fils. Ce n’est pas le drame d’une famille qui se décrit mais celle de toute une génération, d’un peuple silencieusement opprimé.
Marie-Hélène
Ron Rash
Le monde à l’endroit
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez
Seuil
281 pages, 19,50 €
9782021081749
Travis Shelton, jeune homme de 17 ans, découvre une plantation de cannabis alors qu’il rejoignait un bon coin pour la pêche à la truite. Il revend quelques plants volés au dealer local, ancien professeur déchu, et alors qu’il retourne sur les lieux dérober d’autres feuilles, il est surpris par le propriétaire du champ et son fils, deux hommes rudes et sans pitié.
Portrait âpre et sensible de la communauté d’une région marquée par la guerre de Sécession et ses exactions qui ont durablement divisés ses habitants, dont les jeunes sont privés d’espoir, sans ambition, hormis celle de consommer bières et drogues payés grâce à des petits boulots, et les paysans miséreux et travailleurs, mais dénués de compassion, de tendresse et inflexibles. Certes la nature y est belle, et est fort bien évoquée, les paroles poignantes et les voix bouleversantes des chanteurs de country émeuvent les foules, mais les fantômes et les souvenirs des meurtres d’hier imprègnent l’endroit de leur violence.
Frédéric
Tom McCarthy
C
Traduit de l’anglais par Thierry Decottignies
L’Olivier
428 pages, 24 €
9782879297576
Au début du XXe siècle, en Angleterre, Serge et Sophie sont élevés par deux parents fantasques et un précepteur dans un institut d’éducation pour sourds. Ils s’initient à la chimie et ses expériences dangereuses ou au maniement de la télégraphie sans fil.
Roman envoûtant et énigmatique, au titre singulier, C, comme Crépine (le voile fin qui, dans certains cas, recouvre le nouveau-né), comme Cyanure, Chute, Cocaïne à laquelle Serge va être initié, et surtout Communication, discipline et technologie dont l’essor, au début artisanal et aventureux, va accompagner le déclin et l’effacement d’un monde suranné, celui de l’élevage à domicile des vers à soie, des villes d’eau et des joutes guerrières individuelles et héroïques.
Frédéric et Marie-Hélène
Elsa Osorio
La Capitana
traduit de l’espagnol (Argentine) par Françoise Gaudry
Métailié, coll. « Bibliothèque hispano-américaine »
336 pages, 20 €
9782864248767
Micaela Feldman de Etchebéhère, Mika, est l’une des figures des milices du POUM pendant la guerre civile en Espagne. Elle participe dès les années trente au mouvement intellectuel à Paris, où elle rencontre l’homme qui partagera un pan de sa vie. Tous deux militants engagés, fondent la revue Que faire ?, dénoncent les injustices – ils en laissent les traces dans des carnets de notes –, se battent au nom de la liberté. En fuite permanente, leur amour et leurs aspirations communes les portent. Lui est malade mais c’est au combat qu’il succombe, dans la jeunesse de leur passion ; c’est dans la permanence de son souvenir que Mika continuera. Le titre de Capitana lui est donné par les miliciens eux-mêmes qui reconnaissent, malgré les réticences évidentes pour l’époque, le charisme, les capacités de décision et d’action de ce bout de femme qui lutte à leurs côtés : contre les fascistes, les staliniens, la Guépéou. Harcelée et poursuivie par ces différentes forces, elle connaît la prison et meurt à Paris en 1992. Loin d’être une biographie, ce roman est le portrait d’une femme passionnée et amoureuse que l’Histoire doit garder en mémoire.
Marie-Hélène
Tierno Monémembo
Le Terroriste noir
Seuil, coll. « Cadre rouge »
224 pages, 17 €
9782020986694
1940, un jeune soldat noir visiblement en fuite est trouvé endormi au pied d’un arbre des forêts vosgiennes. Le père et le fils qui le découvrent le mènent au village où il fera sensation. Charmeur, peu causant bien qu’il ait toujours conseil à prodiguer, sa présence ne laisse pas les villageois indifférents : qui de son intérêt, qui de sa haine. Les rancœurs se raniment et prennent prétexte ; d’autant que Addi Bâ, Guinéen, soldat du 12e régiment des tirailleurs sénégalais, déserteur, plaît aux femmes du village qu’il arpente sur son vélo deux ans durant. En 1942, il crée l’un des premiers maquis de la région, en collaboration avec la résistance, puis l’arrestation sur dénonciation… De qui la trahison qui conduira à son arrestation, la torture et la fusillade ? Roman hommage à l’homme qui sera décoré à titre posthume.
Marie-Hélène
Martine Desjardins
Maleficium
Phébus
176 pages, 15 €
9782752907349
Fin xixe siècle, sept hommes – marchand, lettré, scientifique… – séjournent qui en Afrique qui en Orient et croisent une créature troublante, porteuse de ce que chacun recherche avec passion. Chaque homme retrace sa rencontre dans la discrétion du confessionnal ; viennent-ils chercher le salut de leur âme ou celui de cette étrange femme qui aura deviné leurs faiblesses et aura voulu les punir ? Quelle volonté se cache derrière leurs confessions ? Dans un style un peu baroque les récits mélangent fantastique, exotisme, récit de voyage, érotisme.
Marie-Hélène
Aurélien Bellanger
La Théorie de l’information
Gallimard
487 pages, 22,50 €
9782070138098
A travers le parcours brillant d’un jeune informaticien doué, qui va s’enrichir en développant des services de rencontres sur Minitel puis va défier l’administration française des Télécoms et créer un important fournisseur d’accès à Internet – on peut là reconnaître, en partie, le parcours réel de Xavier Niel –, l’auteur retrace parfaitement les révolutions des communications et du partage de l’information vécues ces dernières décennies. Dans un final étourdissant et encore futuriste, les perspectives de stockage des informations entrevues grâce aux biotechnologies et leurs conséquences, inquiètent et peuvent nourrir une réflexion sur l’exploitation possible, et déjà effective, des profils personnels, des historiques des déplacements, transactions ou communications archivés dans des Data Center, propriétés de sociétés commerciales.
Frédéric
Makenzy Orcel
Les Immortelles
Zulma
144 pages, 16,50 €
9782843045882
Le séisme a détruit Port-au-Prince, les décombres ont enseveli nombre des consœurs de la femme dont le nom importe peu. Elles sont sans nom, elles sont oubliées, ne comptent pas. Alors cette femme, survivante, qui a repris son activité, le plus vieux métier du monde, passe un marché avec l’homme qui vient solliciter ses talents au bordel. Pour son corps, elle lui demande de retracer l’histoire des putains disparues, en particulier Shakira, qui toute jeune et ayant fui sa mère avait trouvé protection et enseignement auprès d’elle. Formée par ses soins mais toujours en révolte elle devint vite très convoitée mais sa mort – elle aura fini pas l’avoir au bout de douze jours de lutte sous les décombres – l’effacera des mémoires. Et cela, la femme dont le nom importe peu ne le supporte pas mais elle sait que les personnages des livres ne meurent pas, tout comme les putains sont des immortelles.
Marie-Hélène
Aki Shimazaki
Tsukushi
Leméac/Actes Sud
144 pages, 14,50 €
9782330008062
Mitsuba va avoir 13 ans, sa mère Yûko est en pleine préparation de la fête. Dans un tiroir, elle trouve une boîte d’allumettes dont l’image – « artistique et érotique » – de tsukushi (tige à sporanges de la prêle) accompagnée du mot fraternity l’attire. Et ce sont les treize dernières années (depuis ses fiançailles annulées avec T. Aoki, son mariage improbable avec Takashi, fils unique et futur héritier de la prestigieuse banque Sumida, la naissance de Mitsuba…) qui se rappellent à elle et qui par un jeu mêlé de mémoire, de dévoilements, de rencontres donnent un sens nouveau à ce que fut sa vie.
Marie-Hélène
Michela Marzano
Légère comme un papillon
Traduit de l’italien par Camille Paul
Grasset
352 pages, 18 €
9782246794394
Philosophe, Michela Marzano aborde dans ce récit la question de l’être, le « devoir être ». Elle part de sa propre expérience dont elle pensait ne jamais parler, garder secrète, celle de l’anorexie. Maladie qui l’a éprouvée longtemps et l’a conduite à faire une longue psychanalyse. Mais ce fut sans doute cela qui lui a permis de s’interroger, de questionner son engagement dans la philosophie et l’écriture (dans telle langue ou telle autre), son rapport aux autres, le poids de la vie. Il ne s’agit pas pour elle de témoigner de la maladie mais d’ouvrir à la réflexion, de faire « quelque chose » de ce trouble.
Marie-Hélène
Luigi Carletti
Prison avec piscine
Traduit de l’italien par Marianne Faurobert
Liana Levi
256 pages, 18,50 €
9782867465994
La Villa Magnolia est comme un quartier dans la cité, Rome. Résidence pour gens aisés, elle regroupe des immeubles au cœur d’un parc, agrémenté d’une piscine… laquelle tient lieu de place centrale : les habitants s’y rencontrent (propriétaires tels jours, employés le jeudi), les derniers ragots s’étalent au grand jour. Filippo est l’un de ces privilégiés, ayant hérité de ses parents de l’appartement et de l’Inséparable, le fidèle Péruvien au service de la famille depuis fort longtemps. Mais Filippo est fraîchement rescapé d’un accident et ne peut plus se déplacer qu’en fauteuil, il supporte mal cette nouvelle vie mais cache ses desseins et s’entraîne en secret. En attendant, il ne trouve pour seul plaisir que la contemplation des jeunes femmes du jeudi au bord de la piscine. Le quotidien est cependant bouleversé par l’arrivée d’un nouveau locataire qui sympathise avec Filippo et qui semble résoudre à sa manière certains problèmes… Les rumeurs vont bon train, des incidents surviennent, des morts étranges…
Marie-Hélène
Pascal Garnier
Nul n’est à l’abri du succès
Zulma
160 pages, 17 €
9782843045769
La vie de Jeff n’a rien de palpitant, il la laisse couler au jour le jour. Les ouvrages qu’il écrit laissent le public indifférent, il tente de maintenir un semblant de relation avec son grand fils, préfère le soutien de la boisson plutôt que celle de la cocaïne jugée plus saine par sa compagne Hélène. Mais son dernier ouvrage se voit primé par un grand prix littéraire qui lui vaut succès, interviews, reconnaissance et gratification. Son quotidien s’améliore, prend une autre voie : le quinquagénaire s’établit avec une très jeune femme dans un confort tout routinier. La crise de la cinquantaine sans doute, il souhaite retrouver sa jeunesse perdue. Où, sinon au contact de son fils ? Ils ne se sont pas vus depuis trois ans, les retrouvailles seront mouvementées.
Marie-Hélène
Marc Dugain
Avenue des Géants
Gallimard
361 pages, 21,50 €
9782070132355
Al Kenner reçoit la visite de Susan, qui lui apporte les livres qu’il pourra lire et enregistrer pour des associations de mal-voyants. Il aimerait qu’elle lui conseille un éditeur auquel il pourrait soumettre le manuscrit des mémoires qu’il écrit dans la cellule où il est enfermé depuis trente ans.
Inspiré de la vie du meurtrier en série Ed Kemper, ce récit glaçant est l’analyse d’une oppression familiale, d’une inadaptation à la vie sociale et un portrait de la Côte Ouest des Etats-Unis dans les années 60, de la vague hippie, de la liberté ressentie en parcourant les grands espaces en moto et de la violence et du malaise engendrés par les conflits passés ou en cours au Vietnam.
Frédéric
Ron Hansen
Une irrépressible et coupable passion
Traduit de l’américain par Vincent Hugon
Buchet Chastel
312 pages, 21,30 €
9782283025277
Ruth Snyder, voluptueuse et séduisante jeune femme, est marié à un homme rustre. Elle souhaite d’autant plus sa mort qu’elle lui a fait souscrire une assurance–vie avantageuse. Elle va intriguer et pousser son amant à commettre l’irréparable.
L’auteur retrace sobrement le fait divers qui s’est déroulé dans les années 20, aux Etats-Unis durant la Prohibition, et inspira James M. Cain pour l’écriture de Double Indemnity (Assurance sur la Mort). C’est le portrait d’une Amérique urbaine, s’éveillant aux loisirs et à la consommation, mais également puritaine, friande de scandales et d’images choc.
Frédéric
Galsan Tschinag
Chaman
Traduit de l’allemand (Mongolie) par Isabelle Liber
Métailié, coll. « Bibliothèque allemande »
252 pages, 20,50 €
9782864248576
L’auteur après avoir passé des années de par le monde (scolarité pendant les années cinquante staliniennes, études en Allemagne, enseignement en parallèle d’une carrière littéraire…), décide de rejoindre son peuple, les Touvas, dans le Haut-Altaï (nord de la Mongolie). Il en est le porte-parole, le chef de clan et chaman. Accompagné de sa femme et de l’un de ses petits-enfants, il met en branle la grande caravane et quitte le confort citadin pour un retour à la vie traditionnelle de son pays natal, aux coutumes, et se mêler des affaires de ses proches. Il arrive au milieu d’un conflit opposant deux jeunes chamanes, deux de ses anciennes élèves, mais, surtout, au sein d’une communauté qui, confrontée aux présences allemandes et russes, a dû mal à trouver sa voie entre maintien d’une vie nomade et le xxie siècle. Le récit de ce retour s’émaille de ses souvenirs, de rêves et de visions, invitant le lecteur à découvrir à la fois un peuple méconnu et le monde spirituel qui le singularise.
Marie-Hélène
Igor Štiks
Le Serpent du destin
Traduit du croate par Jeanne Delcroix-Angelovski
Galaade éditions
496 pages, 22 €
9782351761380
Richard Richter, romancier reconnu, vit à Paris depuis qu’il a quitté Vienne, sa ville natale, s’éloignant d’un passé douloureux : sa mère est morte peu après sa naissance, son père s’est suicidé quelques années plus tard et lui a été élevé par sa tante Ingrid. La crise de la cinquantaine peut-être, le départ de sa femme et la volonté d’un nouveau départ le poussent à retourner auprès de sa mère de substitution. En effectuant des travaux dans la maison familiale, il découvre un carnet bleu et une lettre jamais envoyée de sa mère. Des révélations s’ajoutent ainsi à son histoire obscure et mènent à Sarajevo qui est à feu et à sang. Grâce à ses connaissances, il se fait passer pour correspondant et gagne la ville assiégée où il se lie avec Ivor, Alma et Simon. Persuadé que sa quête sera une nouvelle naissance, il se laisse guider par ses désirs, ses rencontres, et les fils que la tragédie a tissés. Contraint à la fuite pour parer les événements, ne plus souffrir et ne plus faire souffrir, il écrit son ultime texte voué à la transmission. Deuxième roman d’un jeune auteur des Balkans traduit pour la première fois en France, Štiks mêle le contemporain de l’histoire, l’Europe, le quotidien de la guerre des Balkans au mythe d’Œdipe qu’il revisite.
Marie-Hélène
Bettina Balaka
Murmures de glace
Traduit de l’autrichien par Martine Rémon
Quidam
434 pages, 22 €
9782915018707
Balthasar Beck rentre chez lui, à Vienne, en 1922, après sept années de captivité dans les camps russes. Il retrouve Marianne, son épouse et sa fille Aimée qu’il ne connaît pas encore et son travail à la police criminelle. Aux difficultés des retrouvailles familiales s’ajoutent les soupçons qui vont peser sur lui lorsque sont découverts des cadavres d’hommes lui étant liés.
Très intéressant et attachant portrait d’un prisonnier de guerre au retour de captivité, tourmenté par les drames et désireux de ne pas révéler tout ce qu’il vécut, en difficulté dans ses relations familiales, mais déterminé à les épanouir et à ne pas faire revivre à sa fille ce qu’il connut avec son père. Enfin, l’ambiance d’après-guerre -le lent retour et la difficile adaptation des anciens prisonniers, les conditions de vie austères, les réflexions antisémites et nationalistes – est bien rendue.
Frédéric
Hubert Auque
Dans le regard d’Adria
Traduit du catalan par Hubert Auque, Sibylle Klumpp
Noviny 44, coll. « Fragile »
200 pages, 15 €
9791090086012
« Nous prions pour sa veuve », la formule énoncée par le père Ferrán résonne et amène les plus proches parents et amis d’Adrià à porter attention aux liens qui les unissaient à lui. Certes, il est vivement regretté mais c’est sans pathos que chacun confie les passions communes, les souvenirs, les joies, les peines. Chaque récit – Bernat, Mercè, Christa, Mateu, Ferrán, Rosario, Daniel et Hubert – révèle la force puisée, l’humanisme de l’être admiré. Depuis le monastère où certains furent admis en prévision de…, jusqu’à l’immeuble où bon nombre d’entre eux se trouvent à vivre ou à s’aménager les sacro-saintes pauses sur le toit-terrasse, à peindre ou poser, deviser ou écouter, et simplement se sentir bien. Les voix et les langues se mêlent.
Marie-Hélène
Mireille Juchau
Le Révélateur
traduit de l’anglais (Australie) par Josette Chicheportiche
Mercure de France, coll. « Bibliothèque étrangère »
382 pages, 23,50 €
9782715231559
Nathan a sauvé son épouse Lotte en fuyant Berlin et le nazisme pour l’Australie. Martine y naît ; leur quotidien s’imprègne des traces de l’ancienne vie et, à la mort de son mari, Lotte s’enferme dans ses souvenirs, vivants et morts tout aussi présents. Martine, artiste photographe, part s’installer à New York ; loin de sa mère qu’elle maintient volontairement à distance, elle rencontre Joe, et Ruby vient au monde. Les années passent, le couple est fragile, Martine fait face à la maladie de sa fille et accepte de revoir sa mère à Sydney, de nouvelles photos rappellent curieusement le passé que Martine s’évertue à écarter. Mais le drame survient, et le décès de Ruby la plonge à l’instar de sa mère dans une existence momifiée par la volonté du souvenir. L’album de photographies lui dévoile le secret enfoui de Lotte : l’occasion d’une quête.
Marie-Hélène
Edgar Hilsenrath
Nuit
Traduit de l’allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb
Attila
542 pages, 25 €
9782917084427
1942, Ranek tente de survivre dans le ghetto de Prokov, en Transnitrie, où le régime roumain du général Antonescu a déporté ses populations indésirables. Il cherche un abri pour la nuit, des vêtements, des chaussures, de la nourriture et espère rencontrer une relation qui pourrait le faire accepter dans une maison.
Description cruelle, réaliste et éprouvante d’une vie quotidienne perpétuellement tendue vers la survie, sans cesse occupée par la quête inquiète d’un quignon de pain, de chaleur, d’un toit, et de laquelle est absente toute compassion, les seuls moments de bonheur semblant être l’observation des péripéties dramatiques d’autrui. Les rares gestes de générosité et de dévouement sont un véritable soulagement dans cette fresque, témoignage d’une déportation vécue par l’auteur.
Frédéric
Nicole Roland
Les Veilleurs de chagrin
Actes Sud, coll. « un endroit où aller »
240 pages, 18,90 €
9782330002336
Les mots que la narratrice grave sont ceux qu’elle s’adresse à elle-même et au témoin discret (son psychiatre), qui ne les lira pas, de son avancée, son « processus de guérison ». Elle se bat avec son attachement fusionnel à un père indifférent de son vivant, à une mère castratrice placée en institution ; elle-même est divorcée et n’a jamais su trouver sa place. Seul son métier d’anthropologue lui assigne un rôle : veilleur de chagrin. Elle étudie les stigmates des ossements de corps (notamment ceux de charniers du Kosovo), aide à l’identification des disparus et par là même aide les survivants à ne pas espérer en vain : « Les disparus ne seront plus condamnés à errer dans le chagrin de leurs proches. Ils reprendront leur place parmi eux, honorés dans leur mort qui pourra enfin être dite, pleurée, dépassée. »
Marie-Hélène
Chloé Delaume
Une femme avec personne dedans
Seuil, coll. « Fiction & Cie »
144 pages, 15 €
9782021020946
« Je m’appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Un être d’autofiction. Qui à maintes reprises engage son lecteur à s’écrire par lui-même, à donner à sa vie une forme inédite dont il est le héros. Voilà ce que je dis, redis, écris sans cesse. Sauf que. » Sauf qu’elle, elle vit malgré ses pensées, ses propos et que ses lectrices meurent. Le « travail » d’écriture propre à l’auteur, une forme de culpabilité en plus peut-être et la sympathie en moins, pour une lecture qui reste de l’ordre de l’intime.
Marie-Hélène
Bruce Machart
Le Sillage de l’oubli
Traduit de l’américain par Marc Amfreville
Gallmeister
335 pages, 23,60 €
9782351780497
Texas, 1895, un fermier vit tragiquement la mort de son épouse alors qu’elle donne naissance à leur quatrième enfant, Karel, dans leur ferme isolée. 1924, Karel, emmène sa femme au village afin qu’elle accouche de leur nouvel enfant.
Emouvante reconquête de l’amour fraternel qui avait été mis à mal sous la férule d’un père autoritaire et taciturne, dans un monde et un environnement rural en pleine mutation, sociale et familiale.
Frédéric
Emmanuel Carrère
Limonov
P.O.L
489 pages, 20 €
9782818014059
L’auteur a croisé Limonov à Paris dans les années 80, puis en Russie, en 2006. Retracer le parcours étonnant de ce personnage qui connut les appartements mornes d’Ukraine, les palaces de New-York, les prisons en Russie, ayant entre-temps été écrivain à la mode à Paris, permet à Emmanuel Carrère, à la vie nettement plus rangée et lisse, d’évoquer précisément les années de la dissidence en Urss, la diaspora russe de New-York, les ghettos de la ville et ses immeubles luxueux, la trajectoire de Jean-Edern Hallier et de son journal L’Idiot international, la perestroïka imposée par Gorbatchev, les années Eltsine, la confusion des conflits des Balkans et le présent inquiétant de la Russie. Limonov en a été le témoin, un acteur, modeste, mais aussi ambitieux, ambigu, flamboyant et hors du commun.
Frédéric
Stefan Zweig
Légende d’une vie
Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine
Grasset
180 pages, 11 €
9782246785361
L’œuvre de l’écrivain adulé Karl Amadeus Franck se doit d’être honoré ; sa veuve Leonore, leur fils Friedrich, et le biographe Bürstein y veillent. Chacun ressent à sa manière le devoir d’assumer les responsabilités de cet héritage : écrire qui des poèmes, qui la biographie « officielle », décider de la parution ou non de textes inédits, honorer le nom et l’homme… une légende en est née que Leonore tient à maintenir envers et contre tout. À l’occasion d’une soirée d’hommage dans la maison-musée du disparu resurgit Maria, vieille femme qui réveille jalousie, passion, secrets de famille et, avec elle, des lettres et textes supposés détruits, menaçant la légende. Pièce en trois actes inédite en France.
Marie-Hélène
Jim Dodge
Not Fade Away
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Bru
Cambourakis
384 pages, 22,50 €
9782916589787
Après L’Oiseau Canadèche, un conte quasi métaphysique faisant se rencontrer trois personnages inattendus, Dodge laisse déborder la contre-culture américaine. George Gastin, dépanneur de la dernière chance, raconte à l’un de ses clients l’épopée hallucinée et engagée qu’il se composa en proie à une remise en question profonde à la fin des Sixties, entre génération Rock et Beat Generation. Alors complice de trafics à l’assurance, George accepta une dernière mission qu’il décida de transformer en hommage à l’amour et à la musique. Au volant de la Cadillac qu’il devait détruire, ce bon samaritain avala – outre les amphétamines et les bières – les kilomètres entre San Francisco et le Midwest croisant des êtres tous aussi azimutés que lui.
Marie-Hélène
Catherine Rey
Plus calme que le sommeil
Le Temps qu’il fait
64 pages, 11 €
9782868535627
Longue lettre d’adieu, d’oubli, chargée de remords et d’amour de l’auteur à l’homme qui fut le compagnon de sa vie avant qu’elle ne le quitte pour vivre une nouvelle vie. Cet époux dont elle n’a su apprécier en temps voulu l’affection, la tendresse, la sécurité et qu’elle avoue avoir blessé, mal aimé : « Le connais-tu, le doux songe de se délester du fardeau ? […] Et toi, malheureux, pourquoi as-tu rejoint la vaste armée des ombres ? Quelle idée t’a pris d’aller chevaucher à leur suite ? Tout ce qui était nous, tu l’as balayé d’un revers de main. Tu étais mon bateau à l’ancre, mon phare sur le rivage. Tu étais le visage de mes forfaits. »
Marie-Hélène
Richard Russo
Mohawk
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch
Quai Voltaire
448 pages, 22,50 €
9782710331667
Premier roman de l’auteur paru en 1986 aux États-Unis. La récession économique frappe Mohawk, au nord de New York, les tanneries et peausseries ont fermé et le chômage fait rage. Il ne s’y passe pas grand-chose, les habitants transformés en marginaux ressentent la forme d’attraction qu’exerce sur eux la cité ; les velléités de départs sont contrariées et les quelques fuites ne durent pas longtemps. Leurs vies sont liées par ces anciennes entreprises, restent ancrées dans ce passé ; certaines figures prédominent : Harry, propriétaire du bar-grill où se jouent les parties de poker clandestines, recueillant les « paumés » en mal de confidences et protecteur de Wild Bill (« accidenté » dans d’étranges circonstances), et Mather House qui garde en mémoire les secrets des uns et des autres, de la ville. Dans leur sillage, Dallas et Anne, leur fils Randall, Dan et Loraine… tentent d’articuler leurs parcours plus ou moins gâchés : ambitions déçues, amours, haines, banalités, sympathies… Le roman se construit au fil de flash-back, en une alternance de récits que le lieu par sa prégnance sur le temps, les êtres et les choses tend à rendre immuables. Richard Russo est également l’auteur des Sortilèges du cap Cod (même éditeur).
Marie-Hélène
Sandrine Soimaud
Tu
Buchet-Chastel, coll. « Qui vive »
216 pages, 17 €
9782283024850
Ambiance confinée, étriquée par l’espace même – une clinique, la chambre, le bureau du médecin –, réduite à quelques personnages, des ombres voire des fantômes, défilant en filigrane au gré de la recouvrance. Lisa est aux prises avec sa mémoire, peut-être l’a-t-elle perdue ou bien la renie-t-elle : elle voudrait l’oubli salvateur. Le récit d’une dynamique, celle de cette femme pour qui « je », « tu » et « on » alternent, se mêlent dans un passé retravaillé par la mémoire ; Lisa, poussée par la voix qui l’accapare et l’obsède, qui prend le dessus et la contraint à reconstruire sa mémoire sans céder à l’oubli, à la tentation d’un désir inassouvi, le désir d’être aimée.
Marie-Hélène
Laura Kasischke
Les Revenants
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Chédaille
Christian Bourgois
592 pages, 22 €
9782267022117
Perry et Nicole, deux amis d’enfance de Bad Axe, excellents étudiants, sont admis au Godwin Honors College. Nicole partagera sa chambre avec Josie, promises à devenir « sœurs » ; lui, sera avec Craig qui sera le petit ami possessif de la jeune fille jusqu’à la nuit du drame : l’accident, des circonstances étranges, un témoin unique mais officiellement nié… Tous, des étudiants aux professeurs, sont secoués, s’érigent en association à la mémoire de, anti-ceci ou cela, pour ou contre la thèse de l’accident. Mais l’université a déjà un passé, des disparitions, des morts… et des revenants. La mort se fait obsédante. Des mois plus tard, tout ramène à ce récent événement, qu’est-ce qui est « vrai », secret, apparent ou seulement vraisemblant ? Les questions jaillissent, les comportements sont exacerbés : Perry s’inscrit au cours de folklore de Mira, laquelle voit là matière à écriture ; Craig, réintégré, cherche à se remémorer cette nuit-là ; Shelly, tente de comprendre sa mise à l’écart ; Josie, troublante adepte de la sororité de l’OTT… Tous les récits, des vivants, révèlent une Nicole aussi pure que perverse, pourquoi ne pas interroger les morts ? L’auteur tisse son récit, construit entre fantastique et roman noir, alternant entre passé et présent, faisant défiler les personnages et plongeant dans les mœurs estudiantines américaines, les arcanes des groupes mi-sectes, mi-congrégations.
Marie-Hélène
Jérôme Lafargue
L’Année de l’hippocampe
Quidam éditeur
292 pages, 19 €
9782915018615
Félix tente d’échapper à sa vie de bourlingueur, il en a trop vu, a trop enduré. Il se réfugie dans une station balnéaire où il se rendait enfant, retrouvant son ami Tim, rencontrant l’amour auprès de Cigale et apprivoisant le jeune Aloïs, fils de Laure. Dans un dernier recours, un espoir de quiétude, toujours fort de ses illusions de jeunesse, il élabore un projet délirant et, s’imposant une discipline d’écriture, il s’engage à relater son quotidien : au rythme du calendrier et à celui d’un morceau de musique unique par jour s’égrène son témoignage. Les circonstances feront que la voix de Tim se substituera à la sienne, le projet de l’un à celui de l’autre. Félix, Tim… chacun semble habité de cette volonté de se réconcilier avec soi-même, d’une même aura forgée dans l’inquiétude, d’un goût commun pour la musique (les titres, les groupes s’énoncent les uns après les autres) et d’une vision égale de la société. Après L’Ami Butler et Dans les ombres sylvestres, l’auteur retrouve les thèmes du double, du lien étroit entre le rêve et la réalité qu’il aborde dans ce scénario à la fois surprenant et construit. Un roman à la structure originale mais dans un style moins poétique que les premiers.
Marie-Hélène
Olivier Sillig
Skoda
Buchet Chastel
112 pages, 11 €
9782283025222
Résolument actuel, un conflit armé, un pays sans nom mais avec des consonances où un raid aérien a fait plusieurs victimes, excepté un jeune militaire : Stjepan. Près du lieu du drame, une voiture de civils dans laquelle seul un bébé a survécu. Il troque son uniforme pour la chemise de l’homme : « Et les civils, est-ce que ça s’occupe des bébés ? » Garçon, fille ? il fait nuit, pas le temps d’aller y regarder mais le besoin de le nommer lui fait penser au véhicule dans lequel il l’a trouvé et ce sera son prénom, qui se prête si bien à l’indifférenciation du genre. En charge de Skoda, il erre, fuit à travers ces terres inconnues, rencontrant des êtres troublés ou troublants, tous plus ou moins dépassés par la situation de leur pays : un douanier aux mœurs douteuses ; Marija et sa famille ; le conducteur de la citerne de lait… auprès de chacun, il se fortifiera d’expériences, de conseils, d’attachement, de prudence. Les liens se tissent au cœur de la violence, une forme de promesse dans cet avenir incertain.
Marie-Hélène
Alissa York
Fauna
traduit de l’anglais (Canada) par Florence Lévy-Paolini
Joelle Losfeld
400 pages, 22,50 €
9782070787937
Sélection américaine Prix Page des Libraires 2011
Guy gère une casse auto, laquelle s’est vite transformée en lieu de refuge au fil de ses propres trouvailles, de ses propres rencontres… il recueille ainsi des animaux blessés voire des dépouilles qu’il s’empresse d’enterrer, et de ses congénères, âmes humaines un peu perdues, ceux marqués par la vie, en marge, cassés, des égarés. Ce sont des liens qui se tissent entre chaque protagoniste, chacun étant animé par un intérêt commun pour le monde animal. C’est ainsi que Edal, agente fédérale à l’affût des trafics d’animaux en tout genre, s’immisce dans cet univers décalé et protecteur où déjà s’activent Lily la jeune fugueuse et son chien Billy, Kate la véto qui vient de perdre sa compagne, et Stephen un ex-engagé qui aimerait bien oublier. Tout le monde cependant ne partage pas cet attrait pour la faune, la présence des coyotes aux abords de la ville en gêne certains dont Coyote Boy qui menace de les exterminer. Stephen, surfant sur Internet tombe par hasard sur son blog inquiétant et tente de l’en dissuader.
Marie-Hélène et Frédéric
Nicolas Shakespeare
Héritage
traduit de l’anglais par Karine Laléchère
Grasset
421 pages, 20,90 €
9782246772019
La vie morose d’Andy Larkham, obscur employé des éditions Carpe Diem, spécialisée dans les guides pratiques et les ouvrages de développement personnel, bascule en quelques jours : sa fiancée le quitte et il hérite, de façon totalement incongrue, de la fortune colossale de Christopher Madigan, un magnat du minerai de fer.
Un roman loufoque et rocambolesque, sans prétention, à lire ne serait-ce que pour le plaisir de parler du dernier Shakespeare et briller en société !
Sarah, Marie-Hélène et Frédéric
Fanny Saintenoy
Juste avant
Flammarion/Versilio
128 pages, 12 €
9782081267725
La Micheline s’arrête deux minutes en gare de Bergerac. Ce sera sans doute le dernier arrêt pour l’arrière-petite-fille qui vient rendre visite à sa chère Granny depuis quinze ans déjà à la maison de retraite. Un récit à deux voix où les générations se rencontrent : les trajectoires de chacune, les bons souvenirs, la confrontation des époques, les moments passés ensemble… un ton très sobre sans pathos qui aborde avec une certaine légèreté le thème de la fin de vie. Premier roman de l’auteur.
Marie-Hélène
Michel Quint
Les Amants de Francfort
Héloïse d’Ormesson
272 pages, 18 €
9782350871738
Florent, jeune éditeur juriste de formation, recule de longue date à retourner en Allemagne. Ce serait se confronter au souvenir de son père, assassiné par la bande à Baader du fait de ses relations avec d’anciens nazis. Lui, a hérité de la fortune mal acquise de son père, du devoir de s’occuper de sa mère quasi démente, et d’une germanophobie construite au fil du temps. Outre cet héritage lourd, il promet à sa future ex-femme (stade terminal d’un cancer), de l’aider à retrouver ses origines : elle a été adoptée par la famille de son « mari » au décès de ses propres parents.
Mais la Buchmesse de 2009 est l’occasion pour lui de placer ses éditions, d’obtenir de nouveaux contrats. Il y rencontre Lena, éditrice également, « hantée » aussi. La nuit où naît leur passion tumultueuse, un meurtre est commis dans l’hôtel où ils séjournent. Le passé est « réveillé », les faits et les protagonistes du passé sont liés. Florent se doit de fouiller dans ce passé commun, caché au mieux.
Un roman au style très « oral », des phrases courtes et incisives.
Marie-Hélène et Frédéric
Laurence Tardieu
La Confusion des peines
Stock, coll. « Bleue »
160 pages, 16 €
9782234070141
« Ce livre, Laurence, tu l’écriras quand je serai mort. » Et ce livre est acte de rébellion, ce pourrait être une longue lettre, car il est adressé au père, l’être de chair, vivant ; à la figure paternelle, perdue, comme morte. La chute, une dizaine d’années auparavant : l’homme déchu, impliqué dans une affaire de pots-de-vin, procès, jugement, prison disons améliorée… ; la mère qui décède d’une tumeur cérébrale… Pour l’auteur, il ne s’agit pas de régler des comptes, mais de dire, simplement dire : son sentiment de trahison, la honte de leur silence, sa difficulté à rassembler ce qui dans leur vie a explosé, et son amour. L’auteur évoque l’importance de l’écriture, de ce travail de mise en mots pour accéder à une forme de liberté, à « être dedans » : à entrer dans la vie. À défaut de vécu, ce texte au ton juste fait ressortir la petite touche « d’universalité », ce sentiment de proximité.
Marie-Hélène
Metin Arditi
Le Turquetto
Actes Sud
285 pages, 19,50 €
9782742799190
Sélection française Prix Page des Libraires 2011
Né juif en pays musulman (Constantinople), vers 1519, Elie, un gamin de douze ans fasciné par l’art, n’a le droit ni de calligraphier ni de dessiner. Il passe alors son temps à observer, à scruter les moindres détails d’un corps ou d’un visage, afin de les restituer en un dessin imaginaire, « pour la pile » qu’il s’est inventée dans le coin de pièce qu’il partage avec son père.
Des circonstances dramatiques pousseront le jeune garçon à s’exiler à Venise, où, sous une fausse identité, il devient élève de Titien, puis le plus grand peintre de son temps. Au sommet de sa gloire, admiré de tous, le Turquetto, qui entretient une liaison interdite avec une juive du ghetto, sera démasqué et traîné devant les tribunaux vénitiens...
Au travers de la biographie (imaginaire ?) d’un génie de la Renaissance italienne, Metin Arditi mène une réflexion sur les rapports complexes entre art, pouvoir et religion, mais aussi sur des thèmes comme l’identité, la filiation et le mensonge.
Sarah, Marie-Hélène et Frédéric
Régine Detambel
Son corps extrême
Actes sud
160 pages, 17 €
9782742799213
Alice, presque cinquantenaire, n’aime pas sa vie et rêvait de pouvoir l’effacer, et tout reprendre sur une page vierge. Une aurore étoilée, biche, travaux, glissade, freins défectueux, poteau… Le psychologue qui la suivra la fera réfléchir sur l’éventualité d’un accident « volontaire ». Alice cependant comprend que l’« on ne s’éveille pas vierge d’un coma » ; grièvement blessée, elle est dépossédée de son corps en reconstruction et expérimente, décortique chaque sensation médicalement assistée. Tout acte médical devient matière à penser ; deux années de suivi, de soins dans un décor qui ne l’engagent en rien à vouloir poursuivre. Seule la rencontre avec un autre patient l’aidera à se relever, à se libérer.
Marie-Hélène
Caroline Lunoir
La Faute de goût
Actes sud, coll. « Un endroit où aller »
128 pages, 16 €
9782742799503
Un endroit où aller pour la jeune Mathilde, qui se destine au barreau, mariée mais seule pour ces quelques jours autour du 15 août… la demeure familiale, celle de son enfance, transformée en lieu de retraite : grands-parents, grands-oncles et grands-tantes… tous s’y réunissent chaque été. L’occasion pour elle de renouer, quelque temps, le moins possible finalement et assez passivement, avec sa propre généalogie. Une fresque de la bourgeoisie, un peu dépassée au travers de conversations intimes, de non-dits et de bienséance.
Marie-Hélène
Arthur Miller
Présence : six nouvelles inédites
Robert Laffont, coll. « Pavillons »
traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Guglielmina
204 pages, 18 €
9782221114032
Des nouvelles inédites en France dans lesquelles Arthur Miller explore l’intimité de personnages qui ont une telle densité qu’il nous semble qu’ils ont existé. Êtres de fiction ou non, ils apparaissent au cours de rencontres singulières ; tous sont plus ou moins âgés, plus ou moins tourmentés, très souvent solitaires, mais tous empreints de sensualité et habités d’un désir. C’est à cette problématique du désir que Miller, toujours en observateur effacé, s’intéresse : il la sonde, en cherche l’essence. D’où émane le désir ; qu’est-ce qu’il affleure ; quelles réminiscences ; que bouleverse-t-il de l’existence ? Et, au-delà, il pose un regard attentif sur la nature humaine.
Marie-Hélène
Isaac Bashevis Singer
Les Aventures d’un idéaliste et autres nouvelles inédites
traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-Pierre Bay
Stock, coll. « La Cosmopolite »
252 pages, 19 €
9782234064355
Ce sont treize nouvelles inédites en France, publiées dans la presse (Forverts, The Jewish World…) en différentes époques, qui permettent de (re)découvrir cet auteur vingt ans après sa mort. Une âme de conteur qui déambule dans la ville, New York, offrant une vision méconnue d’une culture. Un univers fantasque parfois drôle parfois touchant, où un oiseau se fait réincarnation d’un amour déçu ; où l’idéaliste est celui qui se compose sa propre vie et la fait écrire ; où la frivolité est de mise ; où les couples se font et se défont dans la plus pure tradition ou le plus profond mépris de la religion, type « grand mélo » ou « farce », c’est selon ; où l’on se joue de la mort ou pas. Treize nouvelles donc qui dépeignent la société juive américaine dans une version « acidulo-sucrée ».
Marie-Hélène
Victoria Horton
Attachements
Quidam éditeur, coll. « Curiosa & cætera »
208 pages, 18 €
9782915018561
Marcel débarque dans leur vie – Charles, et ses enfants Henri et Anna – en 1967, à Paris ; eux, l’embarquent de Paris à Champvallon, l’accueillent, l’emploient, laissent faire. Juliette est là pour le ménage et fait figure de mère pour Anna. Juliette, mariée à Robert, déjà mère d’une tripotée ? Qu’à cela ne tienne : avec Marcel « ce sera pour la vie » mais tout comme avec le premier, ce ne sera pas. Juliette, bonne pâte, n’attire que les hommes violents. Anna inscrit sa vie dans son sillage ; elle rencontre Roland qu’elle finit par quitter, battue, avec le soutien de son frère et de son épouse, sa confidente.
Dans la plus complète ambivalence, chacun semble trouver son compte dans ces relations complexes mais la rupture gagne et chacun se perd de vue. Adulte, Anna vivote, se cherche, déprimée… 2007 : obsedée par une volonté de compréhension, de réparation, elle renoue avec les siens, retrouve Juliette, et plonge dans leur histoire – la reconstruit –, dans leurs histoires violentes de couple. Ce texte mélange les genres (récit de l’enfance, échanges par courrier et par courriel, témoignage de la vieille Juliette…). Le ton de chacun se fait voix, accent de la violence conjugale.
Marie-Hélène
Eric Poindron
De l’égarement à travers les livres
Castor astral, coll. « Curiosa & cætera »
208 pages, 16 €
9782859208554
Le narrateur est un « cas », observé et étudié en secret de longue date par un médecin qui le contacte. Ce dernier lui apprend qu’il souffre d’un bien étrange syndrome, la bibliopathonomadie (signifiant « de l’égarement à travers les livres) ; rare et sans gravité, cela se traduit par une confusion entre la littérature et la vie réelle. Son trouble lui permet de rejoindre la société secrète (le Cénacle troglodyte) et d’y être reconnu comme détective privé. Il s’engage alors dans l’histoire de la littérature pour tenter de faire la lumière sur les mystères de certains auteurs et/ou de leurs personnages. Voltaire, Lewis Carroll, Lovecraft, Hope Hodgson, Stendhal, Chamisso… font partie de ce roman-jeu de piste qui surprend mais auquel on se laisse prendre.
Marie-Hélène
Cesarina Vighy
Le Monde à ma fenêtre
Traduit de l’italien par Jérôme Nicolas
Seuil
240 pages, 18,50 €
9782021019100
« Le sens qui m’est le plus utile maintenant, nécessaire même, échappe au catalogage classique. C’est une chance que je l’aie, tout entier et peut-être légèrement méchant. C’est le sens de l’humour. » Et c’est avec celui-ci, caustique, que l’ancienne bibliothécaire Z s’accorde cette récréation depuis sa chambre où une maladie neurologique dégénérative chronique la cloue. Elle a préféré la compagnie de ses chats à celle de ses proches et laisse son cerveau fourmiller tant qu’il le peut : Z revient sur sa vie – racines, parents, enfance, rencontres, sexualité, psychanalyse, troubles politiques – entre Padoue, Venise et Rome et retranscrit ses pensées indésirables, l’écriture demeure son échappatoire, pied de nez à la souffrance et à l’humiliation. Un premier roman où Cesarina Vighy (décédée en 2010) a donné, très certainement, beaucoup d’elle-même parce qu’il l’a aidée à affronter une expérience similaire.
Marie-Hélène
Collectif
Nouvelles d’Islande
Traduit de l’islandais par É. Boury, R. Boyer, S. Daucourt-Fridriksson, C. Eyjólfsson, S. Le Breton
Magellan & Cie / Courrier international, coll. « Miniatures »
96 pages, 12 €
9782350741949
Six auteurs, six nouvelles qui donnent à voir un peu de la littérature islandaise ici plutôt narrative et portée par l’étrange : un réfrigérateur récemment récupéré se fait passeur de mémoire (S. I. Baldvinsson) ; une libraire déjà fascinante vit une métamorphose (G. E. Mínervudóttir) ; une plage noire excite les âmes et les corps (M. Sigurdsson) ; la célèbre marque de meubles s’apparente à l’Inferno (G. Elíasson) ; un linguiste sème la discorde (T. Eldjárn) ; le lien entre le café et la littérature n’est pas une idée reçue (E. M. Gudmundsson).
Marie-Hélène
Pierre Jourde
La Présence
Les Allusifs, coll. « Les peurs »
88 pages, 11 €
9782923682198
Premier titre de la nouvelle collection de l’éditeur : un auteur, une peur, un livre.
Récit intime où l’auteur fouille sa mémoire, évoque l’angoisse qui le hante et le rend vulnérable : sa peur primitive des maisons vides, la maison familiale en particulier. Depuis, dès qu’il franchit le seuil d’une maison délaissée — alternant entre envoûtement et exorcisme —, il lui faut aller dans le secret des choses, imaginer la présence, l’anticiper, la rechercher ; sonder l’ombre et le silence et céder à l’omniprésence du vide, à la fascination qu’elle lui procure. « Il faut, comme une nécessité, que le plus intime du lieu soit la demeure du monstre, c’est-à-dire de l’apparition, de l’apparition en soi, de ce qui se donne à voir comme l’incarnation spectaculaire de l’incompréhensible. »
Marie-Hélène
Annie Ernaux
L’Autre Fille
Nil, coll. « Les Affranchis »
80 pages, 7 €
9782841115396
Cette collection est un espace intime où l’auteur, dans une lettre qu’il ne pensait sans doute pas écrire, s’affranchit d’une vieille histoire. Annie Ernaux se laisse aller à la pensée magique et s’adresse à sa sœur aînée, celle qu’elle n’a jamais connue, avec qui elle n’aura partagé que l’exclusivité et le silence de ses parents. (Elle a dix ans lorsque, surprenant une conversation entre adultes, elle apprend l’existence et le décès de celle-ci, quelques années avant sa propre naissance.) Un beau texte quoique dérangeant où l’ambivalence est prégnante ; l’auteur s’interroge, passe au crible ses relations avec ses parents — respecter le secret et la souffrance, accepter ou non la place accordée —, cette sœur, son travail d’écriture. « Je ne peux te mettre là où j’ai été. Remplacer mon existence par la tienne. Il y a la mort et il y a la vie. Toi ou moi. Pour être, il a fallu que je te nie. »
Marie-Hélène
Percival Everett
Pas Sidney Poitier
Actes Sud
298 pages, 22,50 €
9782742794799
Pas Sidney Poitier est un jeune adulte riche, voire très riche et noir, voire « trop » noir. Après une enfance compliquée (comment expliquer à un gamin de neuf ans qu’on s’appelle Pas Sidney Poitier ?), notre héros qui ressemble à s’y méprendre à l’acteur de Devine qui vient dîner ? se lance dans un voyage initiatique pour découvrir qui il est : Pas Sidney Poitier ou pas. Il y croise Everett Perceval, un professeur de philo du non-sens, des femmes, des taulards, le shérif de Tête-de-Suie et des préjugés raciaux soit disant disparus. Un savoureux mélange d’autodérision et de comique de l’absurde qui en font un roman parfaitement déjanté.
Morgane Masquelier
Rosa Montero
Belle et sombre
traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse
Métailié
192 pages, 18 €
9782864247715
Belle et sombre est la sagesse de l’enfance. Belle est l’apparence, sombre la réalité. Une fillette, laissée à l’orphelinat à la suite du décès de sa mère, est reprise par sa tante qui la mène auprès des leurs dans un quartier populaire. Un environnement peu propice à l’enfance, où le quotidien s’exacerbe, imprévisible. Cette famille de saltimbanques y évolue, chacun à sa façon : Amanda, sa tante, par la soumission ; Segundo, son oncle avec violence et profit ; Chico, son jeune cousin, observe et s’adapte ; doña Barbara, grand-mère et matrone, se souvient ; Airelai, la naine, fait étinceler les paillettes, conte et raconte. La fillette qui attend inlassablement le retour – obligé, il ne peut en être autrement – de Maximo, son père idolâtré par tous, cède au pouvoir de l’imagination et colore au mieux la part d’ombre qui la ceint.
Marie-Hélène
Silvia Avallone
D’acier
traduit de l’italien par Françoise Brun
Liana Levi
400 pages, 22 €
9782867465673
Le soleil de plomb ne suffit pas à expliquer l’atmosphère étouffante qui règne sur Piombino, ville portuaire de la Toscane berlusconienne. La ville se concentre sur elle-même, sur ses quartiers populaires et son aciérie, comme narguée par l’île d’Elbe située juste en face qui focalise toutes les attentions. L’enfer et le paradis face à face. On leur a construit de belles et hautes barres d’HLM, les terrasses vers la mer, à ces familles ouvrières ; pas d’autre échappatoire, l’avenir s’arrête là pour nombre d’entre elles. Anna et Francesca, les deux lolitas, amies pour toujours depuis l’enfance ne dérogent pas à la règle. Belles à damner, provocantes, provoquées, riches de quelque espoir, elles s’adonnent, se donnent, tentent de ne pas sombrer, elles refusent de finir comme leurs aînés. Comment grandir lorsque, autour de soi, ne gravitent que des hommes violents, ouvriers, chômeurs, escrocs et des femmes… mères à quinze ans, fanées à trente, contraintes et résignées ; lorsque l’horizon est si étroit, les distractions limitées : boutiques, plage, mecs, sexe, drogue ? L’auteur de ce premier roman à l’écriture incisive, dresse un tableau noir de la société italienne, le drame est là, latent, ça fuse, pas d’attachement, une rébellion sourde.
Marie-Hélène
Erling Jepsen
Sincères condoléances
traduit du danois par Caroline Berg
Sabine Wespieser éditeur
336 pages, 23 €
9782848050942
Allan a acquis sa notoriété d’écrivain en étalant une enfance traumatisée, sa sœur Sanne et lui-même ayant été victimes de la perversité paternelle. Ni leur mère, Margrethe, ni leur frère Asger ne se sont opposés à la demande expresse du père : les ponts sont rompus, la famille ne s’est pas réunie depuis neuf ans. À l’annonce de la mort du père, l’indifférence est donc normale et attendue, mais une certaine culpabilité – simple bienséance à ses yeux – point : envoyer une couronne pour les funérailles, accompagnée de la fameuse formule. Ses « Sincères condoléances » annoncent les retrouvailles, interrogent les personnalités de chacun, leur place, leur rôle et leur culpabilité. Avec les souvenirs, les nouvelles questions : de quoi est-il réellement mort ; qui du pervers et qui du manipulateur ? Le règlement de comptes est ici traité avec humour, frôlant le burlesque.
Marie-Hélène
Guillaume Jan
Le Cartographe
Intervalles
190 pages, 19 €
9782916355498
Lazare a 25 ans et vivote à Paris, il se cherche. Il saisit l’opportunité d’accompagner un groupe de rock pour une tournée européenne qui tournera très court en Bosnie. Concours de circonstances, il doit retourner seul en France : au fil des rencontres, des événements – curiosité, sympathie et lassitude sous l’égide du vagabondage et de la clandestinité tracent la route –, son retour se fait périple, le roadie se fait rôdeur et l’itinéraire initial se modifie au gré de son errance. Il parcourt ainsi les Balkans dessinant sa propre cartographie, annotant la carte qui ne le quitte pas tel un journal intime. Premier roman.
Marie-Hélène
Rax Rinnekangas
La lune s’enfuit
Traduit du finnois par Jean-Michel Kalmbach
Phébus, coll. « domaine étranger »
160 pages, 17 €
9782752904898
À un âge serein, mature, Lassi revient sur l’année de ses 13 ans, période trouble de son existence durant laquelle tout en s’initiant aux plaisirs charnels, il décida de contrer la Mort. Tous les étés, il retournait à Latvala (Finlande), terre rurale de sa famille paternelle, marquée par l’abandon puis le retour du grand-père qui, comme damné, errait à peine toléré et solitaire. Dans un climat d’austère religiosité, les jeux enfantins partagés avec ses cousins Sonja et Léo, se font cette année-là ébats ; les trois adolescents envisagent l’avenir via leurs amours clandestines. Le décès brutal de Sonja ébranle leurs rêves : désespoir et culpabilité les hantent, il leur faut lutter ou s’abandonner ; seule la reconnaissance de l’aïeul pourrait les guider.
Marie-Hélène
Patrice Blouin
Baltern
Gallimard, coll. « L’Arbalète »
136 pages, 17,50 €
9782070132973
Avril 1981, un événement menace l’équilibre précaire mais tenace de l’organisation municipale de Baltern. Baltern, petite cité thermale des montagnes suisses où tous les acteurs américains sans trop grande renommée (ni trop de moyens) séjournaient à l’occasion. Baltern, devenue depuis vingt ans le lieu de résidence de ces acteurs des années cinquante désormais retraités. Baltern, où la fiction domine, où chacun doit tenir le rôle qu’il a le plus souvent porté à l’écran – ainsi est constituée l’administration ; mais la population est vieillissante, la ville se délabre, les finances sont délicates… La réunion de conseil municipal du 2 mai promet d’être agitée, le rôle du maire est controversé.
Marie-Hélène
Anton Valens
Homme de ménage
Actes sud
traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Kim Andringa et Annie Kroon
360 pages, 23 €
9782742772322
« Le verbe “aider” ne peut se passer de complément, [ce dont il] a besoin, c’est d’un objet direct en détresse », telle est la démarche du narrateur certainement inspirée par les propres expériences de l’auteur. Un jeune peintre, pour palier son mal d’inspiration, ses difficultés à suivre ses cours aux beaux-arts et pour gagner sa croûte, est engagé par une agence d’aide à domicile à Amsterdam. Cet aide-ménager hors pair et zélé dépeint neuf de ses interventions plus ou moins plaisantes, toujours brèves, auprès de vieillards. Il devient très vite leur seul lien avec une société qui ne les connaît plus et lui-même s’enrichit à leur contact : leçons d’histoire et création (quand les vitres se font toiles, les éponges, pinceaux…). Le regard inaccoutumé, celui d’un artiste, masculin (rôle plutôt tenu par des femmes), porté avec lucidité et sensibilité mais sans pathos sur des personnes démunies face à leur vie qui s’achève.
Marie-Hélène et Frédéric
Marie-Célie Agnant
Un alligator nommé Rosa
Vents d’ailleurs
192 pages, 17 €
9782911412806
Nombre de tortionnaires bénéficient de la protection d’États « bien [friands] des déchets des dictatures » dont la France des droits de l’homme. C’est dans le Sud qu’Antoine se fait engager par Laura en qualité d’infirmier/secrétaire pour s’occuper de Rosa Bosquet Alligator telle qu’il la renommera comparant leur cruauté. Une garde qui d’emblée se fait en toute reconnaissance, chacun se souvient des quarante années passées, plaisir et pouvoir dans un cas, souffrance et mort dans l’autre : ces années sous le régime Duvalier, de Papa Doc, en Haïti. Oublier, panser, révéler, se venger ou exiger que justice se fasse…
Marie-Hélène
Nuala O’Faolain
Ce regard en arrière et autres écrits journalistiques
traduit de l’anglais (Irlande) par Dominique Goy-Blanquet
Sabine Wespieser éditeur
426 pages, 24 €
9782848050935
Nuala O’Faolain, disparue en 2008, avait entamé sur le tard sa carrière de romancière mais cette anthologie nous donne un aperçu de son talent journalistique. Ce sont des chroniques publiées entre 1986 et 2008 pour The Irish Times, The Sunday Tribune, où elle dépeint la société dans laquelle elle évolue, actrice ou simple spectatrice, avec sensibilité et empathie, sincérité et non sans humour. Certains des articles choisis permettent de saisir certaines subtilités propres à l’Irlande, en expliquent le contexte politique que nous ne connaissons que de loin ; d’autres trouvent écho dans l’actualité : religion, situation des Roms, celle des femmes. Éclairage également sur ce qui a construit son écriture, ses préoccupations, son combat féministe.
Marie-Hélène
Anjana Appachana
Mes seuls dieux
Zulma
Traduit de l’anglais (Inde) par Alain Porte
304 pages, 19,50 €
97822843045097
Ce recueil dresse dans un style sobre le portrait de l’Inde contemporaine du point de vue de la femme – qu’elle soit jeune ou âgée, mariée ou non, mère ou pas, active ou non. Riches en drôlerie voire en cocasserie, en détails de la vie quotidienne, et parfois féroces, ces nouvelles révèlent la difficile coexistence de désirs individuels, de liberté et d’indépendance acquises d’avec les traditions ancestrales. L’incompréhension a la part belle ici, les cultures s’entrechoquent : entre passé et modernité, entre hommes et femmes, entre religions, entre société et individualité, entre Asie et Occident. Et l’on s’interroge…
Marie-Hélène
Sylvia Tabet
L’Atelier rouge
Éditions-dialogues.fr
136 pages, 14,90 €
9782918135180
New York, 1970, Mark Rothko met fin à ses jours. S’il agit en solitaire, un témoin invisible – Romain Gary, qui se suicidera 10 ans plus tard – est présent et relate la scène à laquelle il va assister : Nicolas de Staël, décédé 15 ans plus tôt surgit pour s’entretenir avec le nouveau défunt. Le huis clos qui se tient dans cet atelier rouge tient de l’irréel ; l’auteur, également peintre, fait référence au tableau de Matisse où « toute l’histoire de l’art [est] réunie en une seule toile » et compose le sien. Elle prête sa plume à Gary et convie des « fantômes » à se rencontrer et à dialoguer dans un espace-temps intermédiaire où chacun se raconte, où tous évoquent leurs passions, leur fragilité et leurs ascendances communes.
Marie-Hélène
Marcel Beyer
Kaltenburg
traduit de l’allemand par Cécile Wajsbrot
Métailié
367 pages, 22 €
9782864247203
Le narrateur, un ornithologue retraité, est sollicité par une interprète pour qu’il lui enseigne les caractéristiques physiologiques et linguistiques qui distinguent les oiseaux. Revenant sur sa propre carrière, il se souvient de son père spirituel et mentor, Ludwig Kaltenburg, un illustre ornithologue et chercheur d’après-guerre. Cette reviviscence est l’occasion d’éclaircir certains points de son passé restés obscurs ou niés. Au fil de son récit, les souvenirs, le mélange des époques et une forme de traité d’ornithologie alternent.
Marie-Hélène
Robert Cohen
Nuits insomniaques
Traduit de l’américain par Lazare Bitoun
Joelle Losfeld, coll. « Littérature étrangère »
464 pages , 25 €
9782070787876
Contrairement à certains ou certaines, Bonnie, à l’aube de ses quarante ans, prend sa vie en main et décide de contrer les difficultés qu’elle accumule depuis longtemps : élever seule deux garçons ; des aventures amoureuses moins que satisfaisantes – la dernière donne son fruit ; une absence de statut professionnel : prof sans diplôme, éternelle étudiante, dont les cours lassent les étudiants ; des difficultés financières… Mais surtout, SON insomnie, celle qui la rend aigrie et vieille avant l’âge mais qui la distingue. Ainsi, après avoir testé les blogs, elle devient cobaye humain pour une firme pharmaceutique. Elle rencontre ainsi Ian – tout aussi mécontent de son existence –, le psychiatre qui dirige la recherche sur le sommeil paradoxal et qui doit évaluer un nouveau médicament, produit miracle aux effets encore bien incertains : elle sera son sujet. Leur relation est l’occasion de ce récit aux confins du cerveau, de son fonctionnement, mâtiné d’humour.
Marie-Hélène
Chantal Pelletier
De bouche à bouches
Joelle Losfeld
134 pages, 12,90 €
9782070787814
Une jeune photographe, plus par stimulation paternelle que par passion, promise à une certaine renommée perd toute sensation de goût à la suite d’un accident de voiture. Perte qui la plonge dans un profond dégoût d’elle-même et de la vie. Égoïste et tenace, « Bouche morte » s’engage alors dans une quête de sensations gustatives, saveurs en tout genre à travers le monde et pousse à l’extrême toute nouvelle rencontre. Chaque aliment, chaque mets, et chaque personne se trouvent associés en un jeu linguistico-érotico-gustatif.
Marie-Hélène
Brian Chikwava
Harare Nord
traduit de l'anglais par Pedro Jimenez Morras
Zoé, « écrits d’ailleurs »
272 pages, 20 €
9782881826849
L’effronté narrateur débarque à Londres – qu’il surnomme Harare Nord – 4 £ en poche, le sourire aux lèvres et l’optimisme en lui. Il a quitté son Zimbabwe natal où il était engagé politiquement et la vie au sein de la capitale anglaise s’avère très très vite plus difficile que prévu : impossibilité d’obtenir des papiers, un travail, de gagner de l’argent. Après un court et houleux séjour chez un cousin, il rejoint un squat occupé par quatre de ses compatriotes. Chacun fait comme il peut. Nous sommes ici plongés dans l’univers propre au narrateur : expressions, vocabulaire.
Marie-Hélène
Roberto Piumini
L’Ange de l’autoroute
Traduit de l’italien par Lucie Moreno
Rouge inside
94 pages, 12 €
9782918226024
Il roule, sans fin semble-t-il, et nous apprendrons qu’il y est habitué ; pour rompre cette monotonie, il joue – jeux qu’il a inventés –, observe l’humain qui l’entoure, se retranche dans des pensées qu’il nous dévoile kilomètre par kilomètre. Mais ce jour-là, un jour comme un autre sur une autoroute comme une autre, il s’étonne que la superbe autostoppeuse ne trouve pas de chauffeur. Et son étonnement va grandissant, la belle, il la retrouve plus loin, et encore plus loin… elle l’attend, l’espère. La tentation est trop grande, il cède. Les événements se succèdent, dans une logique que l’on ne sait si elle appartient au monde réel ou au rêve.
Marie-Hélène
Jehan Rictus
Fil de Fer
La Part commune
480 pages, 18 €
9782844182128
Seul roman du poète où il raconte ce que furent son enfance, martyre, et le début de son adolescence dans le quartier particulier et naissant de Pigalle à la fin du xixe siècle. « Fil de Fer », son surnom, dissèque la relation étrange qui l’unit à sa mère, une histoire à la Poil de Carotte mais où l’opinion publique (pitié, risée…) se fait majeure. Cette chronique burlesque en dévoile autant sur Jehan Rictus que sur sa mère : ils avaient en commun un langage imagé, une volonté presque maladive de bien paraître, nombre d’obsessions, et une mégalomanie qui joua pour l’un comme pour l’autre un rôle déterminant.
Marie-Hélène
Nick Harkaway
Gonzo Lubitsch ou l'incroyable odyssée
traduit de l’anglais par Viviane Mikhalkov
Robert Laffont
660 pages, 23 €
9782221110355
Gonzo Lubitsch, dans un monde post-apocalyptique, est appelé avec son groupe d’aventuriers à la réparation d’une canalisation assurant la survie de l’humanité. Rompu aux coups de main audacieux, il se lance à l’aventure.
Roman d’aventures, d’anticipation, drôle, foisonnant, peuplé de multiples personnages pittoresques et attachants, fantastiques, volubiles, dont les intrigues et le propos évoquent des réalités géo-politiques contemporaines.
Frédéric
Edna O’Brien
Crépuscule irlandais
Sabine Wespieser
traduit de l’irlandais par Pierre-Emmanuel Dauzat
442 pages, 24 €
9782848050874
Dilly, âgée et malade, est hospitalisée et espère la venue de sa fille – romancière controversée, riche et multipliant les amants – à qui elle a toujours écrit malgré les circonstances et l’éloignement. Lors de sa visite furtive, entre deux étreintes, Eleanora oublie son journal intime, livrant à sa mère ce qu’elle n’a su ou voulu lui dire. Des lettres et des souvenirs, deux voix dans leur tonalité propre qui se mêlent comme en écho, la reproduction d’une trame de vie, et des désirs finalement partagés, pour preuves d’un amour dévoué jamais compris.
Marie-Hélène
Arnost Lustig
Elle avait les yeux verts
Galaade
traduit du tchèque par Erika Abrams
475 pages, 23 €
9782351761038
Instinctivement, la fille aux cheveux rouges et yeux verts choisit l’une des deux voies « offertes » sur la rampe d’Auschwitz. Hanka, 15 ans, se fait passer pour aryenne et sera prostituée dans un bordel miltaire, le 232 Est. Une réflexion sur la survivance – une autre et non une de plus, ce point de vue n’a pas été souvent abordé –, mais surtout sur ce qu’elle génère en matière de culpabilité et de décision de vie. « Dire qu’elle préférerait être morte, ce serait mentir. Son papa la croirait-il ? Était-ce un péché de vouloir vivre ? »
Marie-Hélène
Heimito von Doderer
Mort d’une dame en été
traduit de l’autrichien par François Grosso
Sillage
46 pages, 5 €
9782916266695
Sillage propose de (re)découvrir des auteurs, des textes oubliés voire inédits. Celui-ci a été publié pour la première fois en Autriche en 1966, année du décès de l’auteur. Un été à Vienne, la ville est désertée ; le narrateur – écrivain –, s’appuyant sur l’idée que les liens, familiaux ou autres, peuvent unir comme ils peuvent entraver, envisage de profiter de la situation pour écrire ou, à défaut, trouver l’inspiration. Dans son entourage, une veuve qu’il estimait vient à mourir ; la période estivale et la solitude de cette femme le poussent à se charger des funérailles.
Marie-Hélène
Antoine Bello
Enquête sur la disparition d’Émilie Brunet
Gallimard, coll. « Blanche »
256 pages, 17,50 €
9782070130405
Un détective, fervent admirateur d’Agatha Christie et autres auteurs de cet acabit, mais qui souffre d’amnésie (mémoire immédiate), est sollicité par son chef pour enquêter sur la disparition d’une femme riche et épouse d’un spécialiste de la mémoire. Pour palier ses déficiences, il décide de tenir un journal auquel répond le suspect qui prétend avoir perdu… la mémoire !
Marie-Hélène
Bernardo Carvalho
’Ta mère
traduit du portugais (Brésil) par Geneviève Leibrich
Métailié
216 pages, 17 €
9782864247128
Sur fond de guerre de Tchétchénie, les histoires d’une poignée de femmes et de trois jeunes hommes s’entrelacent dans le Saint-Pétersbourg en reconstruction – illusoire, celle de la « vitrine » – à la veille du tricentenaire de la ville. Ce sont des mères en lutte – contre elles-mêmes, l’absence des pères, la patrie – tentant de sauver leurs fils de la guerre, du crime, de la solitude et de la perdition ; ce sont des jeunes égarés. Nul n’est à sa place en ce lieu, ce temps, chacun se cherche et les trajectoires se mêlent. La maternité et les rapports mères/fils tissent les liens de ces différents récits.
Marie-Hélène
Jean Bernard-Maugiron
Du plomb dans le cassetin
Buchet-Chastel
106 pages, 11 €
9782283024638
Le narrateur, gentiment naïf, dangereusement obsessionnel, méchamment empoisonné (plomb) se doit d’écrire un article, il se lance avec maladresse : un petit aperçu sans prétention des coulisses de l’édition, la presse plus précisément. Ce petit monde ouvrier, ces petites mains qui composent, corrigent, impriment mais dont on tait le nom…
Marie-Hélène et Sarah
Jakob Wassermann
L’Affabulateur
traduit de l’allemand par Dina Regnier Sikirié et Nathalie Eberhardt
La Dernière Goutte
176 pages, 17 €
9782918619000
C’est en 1926, en réponse aux grandes questions sociétales de ces temps de crise sous la République de Weimar, que Wassermann écrivit ce texte aujourd’hui, pour la première fois, traduit en France. Le Damoiseau, délaissé par sa mère est éduqué par son oncle, évêque investi par la Sainte Inquisition. À l’instar du joueur de Hammelin, ce jeune adolescent ensorcelle les foules par ses dons : raconter des histoires et « mettre un nom sur ce qui est merveilleux et à oublier ce qui est triste. » Son arrogance naturelle, sa liberté d’esprit et le plaisir qu’il procure menacent l’ordre établi par les puissants et lui-même se voit accusé de sorcellerie. C’est le conte d’un conteur, un texte qui donne la part belle à l’imaginaire et à la poésie.
Marie-Hélène
David Grann
Trial by Fire
traduit de l’américain par Marianne Reiner
Allia
128 pages, 3 €
9782844853578
En décembre 1991 à Corsicana, nord-est du Texas, l’incendie d’une maison emporta trois enfants en bas-âge. L’enquête des experts a conclu à la culpabilité du père. Ce pourrait être un cas, parmi tant d’autres, de condamnation suspicieuse ou un traité sur l’éthique… mais le journaliste David Grann établit de manière factuelle les incohérences du système juridique et son cortège de lois et d’expertises controversées – que l’on songe au certificat de décès de l’exécuté qui mentionne « homicide » comme cause de la mort.
Marie-Hélène
Sophie Kepès
Le Fou de l’autre
Noir sur blanc
236 pages, 12 €
9782882502315
Un recueil de nouvelles à l’écriture sobre qui dresse des portraits de la femme et de l’homme, saisis dans ce qu’ils peuvent avoir d’universel – ce que l’on attend d’eux – lorsqu’ils sont face à face. L’« autre » est femme – jeune, adulte ou mature ; célibataire ou mariée ; fidèle ou non ; actuelle, toujours – et parle de sa relation à ce « fou » qui l’obsède, l’accapare : l’homme, qu’il soit voisin, amant, mari, ex, père. Reprenons la citation en exergue qui donne le ton : « Il est difficile d’être une femme, toutes s’en plaignent. Il est impossible d’être un homme, aucun n’y parvient. » (Ferdinando Camon.)
Marie-Hélène
Jean-Philippe Mégnien
La Voie Marion
Le Dilettante
157 pages, 15 €
9782842636357
Une jeune femme s’installe au pied des monts de son enfance. Elle y ouvre une librairie, occasion de belles rencontres, en particulier celle avec son futur mari, guide de montagne, qui l’initie aussi bien à sa propre passion qu’à l’amour. Mais les absences de l’un et le défaut de l’autre mènent Marion à trouver sa voie.
Marie-Hélène
Librairie interlignes