Littérature

Marie-Hélène Lafon

Nos vies

Bûchet Chastel

192 pages,, 15 €

9782283029763

 

Paris, rue du Rendez-Vous… son Franprix, ses habitants. Une femme retraitée et solitaire observe ces gens qu’elle croise dans le magasin, elle imagine ce que pourrait être leur existence. Gordana en premier lieu, la caissière auprès de qui elle s’attache à passer tout comme le jeune homme fidèle au rendez-vous le vendredi matin. Et de là, en créant ces vis ordinaires elle remonte dans le temps vers sa propre histoire.

Marie-Hélène

 

Gaëlle Josse

Un été à quatre mains

Ateliers Henry Dougier, « Du monde entier »

96 pages, 8,90 €

9791031202587 

 

Roman qui s’inspire de faits réels mais qui laisse la part belle à la fiction. Franz Schubert est déjà un compositeur reconnu même si ces œuvres ne reçoivent pas un accueil unanime. Il est désargenté et accepte l’invitation de la famille Esterhazy d’être le maître de musique dans leur résidence d’été en Hongrie. Il se charge donc de donner des leçons aux deux comtesses et s’éprend de Caroline, la plus jeune la plus talentueuse. L’histoire silencieuse d’une passion peut-être partagée mais que les conventions interdisent.

Marie-Hélène 

Michel Bernard 

Deux Remords de Claude Monet 

La Table ronde 

224 pages,  20 € 

9782710380702 

 

Peu avant de mourir, Claude Monet, émit une exigence concernant le don à l’État des Nymphéas. Ce dernier devait acquérir une toile peinte une soixantaine d’années plus tôt et l’exposer au Louvre. Aucune explication ne fut fournie. Ce roman la propose en retraçant ce qui hanta le peintre toute sa vie. L’histoire de sa relation avec Marthe, sa muse ; le décès d’un ami proche, peintre de l’époque… Un très beau roman magnifiquement écrit.

Marie-Hélène

Louis Roubaud 

Démons & Déments 

L’Éveilleur, « Reporter » 

165 pages, 18 € 

9791096011070 

 

Texte initialement paru en 1933, dans une revue de l’époque, comme une série d’enquêtes accompagnées d’un reportage photo. Le journaliste suit avec empathie de nombreux patients de plusieurs hôpitaux psychiatriques du département de la Seine. Il leur fait raconter leur histoire dans un souci de reconstruction.

Marie-Hélène

Christian Oster

La Vie automatique

L’Olivier

137 pages, 16,50 €

9782823608786

 

L’incendie de sa maison tombe comme un prétexte à l’oubli ; Jean, acteur de séries B, décide de s’oublier dans la vie qu’il a menée jusqu’ici. La fiction prend la part belle. Peut-être l’occasion d’un nouveau départ s’annonce-t-elle avec la rencontre de France Rivière, une ancienne actrice. Elle lui propose de s’installer chez elle, et il aura pour charge de veiller sur son fils tout juste sorti de l’hôpital psychiatrique. Jean va se laisser mener par les circonstances et événements, dans le plus total renoncement.

Marie-Hélène

Ceija Stojka

Je rêve que je vis ?

Editions Isabelle Sauvage, « Chaos »

Traduit de l’allemand (Autriche) par Sabine Macher

116 pages,  17 €

9782917751664

 

Un document rare qui se lit comme un roman, que l’on a l’impression d’entendre aussi. Le récit des quatre mois passés par l’auteure dans le camp de Bergen-Belsen en 1945, juste avant la libération du camp vécue aussi. Alors fillette, elle relate ses souvenirs, douleurs, moments de joie, et ce avec les mots de l’enfance, naïfs mais crus aussi. Document rare car il s’agit là de la transcription d’un témoignage oral d’une Rom, qu’elle en revient et ne peut oublier.

Marie-Hélène et Frédéric

Michèle Audin

Mademoiselle Haas

Gallimard, « L’arbalète »

188 pages, 18 €

9782070178124

 

Elles sont de tous les corps de métiers, petites mains ou non, toutes se nomment Mademoiselle Haas, chacune traverse le quotidien avec sa volonté propre, toutes résistent à leur manière. Des petits récits qui se croisent parfois se suivent, et qui retracent les années 1936-1945, la montée du nazisme, l’entrée en guerre.

Marie-Hélène

Gaëlle Josse

L’Ombre de nos nuits

Notabilia

206 pages, 15 €

9782882504012

 

Un tableau de Georges de La Tour est au cœur de ces deux récits. C’est en visitant un musée qu’elle tombe en arrêt devant l’oeuvre et que l’attitude du personnage féminin, sa compassion la plongent dans la réminiscence. L’occasion donc pour elle de revenir sur sa relation avec l’homme qui habitait sa vie. En parallèle, l’histoire de la composition du tableau, 1639, en Lorraine, la guerre de Trente Ans en toile de fond. Toutes les étapes sont esquissées jusqu’à la volonté du peintre de faire de ce tableau un chef d’œuvre, avec son départ pour la cour du roi de France…

Marie-Hélène

Bob Shacochis

La Femme qui avait perdu son âme

Traduit de l’américain par François Happe

Gallmeister, coll. « Americana »

789 pages, 28 €

9782351781036

 

Une ressortissante américaine, photographe, est tuée en Haïti. Ce meurtre semble crapuleux, mais paraît énigmatique à un avocat et à un ancien membre des forces spéciales qui avaient rencontré cette compatriote lors d’une mission sur l’île, quelques années auparavant.

Tout à la fois tragédie familiale, initiée en Croatie pendant la Seconde Guerre mondiale, par sa description des relations tout à la fois confiantes, admiratives et tourmentées entre un père et sa fille, et évocation des diverses interventions américaines au cours des décennies 80 et 90, entre Afghanistan, Turquie, Bosnie et Haïti, ce roman complexe, magnifique et envoûtant trace les prémices des grands bouleversements de l’après 2001.

Frédéric

Violaine Bérot

Des mots jamais dits

Buchet Chastel

192 pages, 14 €

9782283028735

 

Elle est l’aînée. Désarmée par l’indifférence d’une mère souffrant d’un mal étrange, par l’amour détaché d’un père dévoué, par leur amour infaillible, elle tient le rôle de maîtresse de maison. Les rôles sont inversés, elle se fait mère, confidente, s’occupe du père, de la mère, des frères et sœurs et des connaissances en général. Elle ne peut se défaire de cette attitude, sa vie amoureuse se fait compliquée, cherchant à reproduire cet amour parental qui la fascine. Le lecteur est pris à partie, observateur. Des propos sobres, à la limite de la froideur mais cela ajoute à l’ambiance intimiste et attachante.

Yan Lianke

Les chroniques de Zhalie

Traduit du chinois par Sylvie Gentil

Philippe Picquier

514 pages, 23 €

9782809711158

 


Jon Kalman Stefansson

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds

Traduit de l’islandais par Eric Boury

Gallimard, coll. «  Du monde entier »

443 pages, 22,50 €

9782070145959

Deux livres magnifiquement écrits, porteurs d’une thématique universelle : sur plusieurs décennies, le parcours de familles malmenées et fragilisées par les bouleversements profonds de la société.

Le roman chinois, dans une langue et des images fortement symboliques, décrit les mutations qui vont permettre à un modeste village de devenir en une génération une mégalopole gigantesque, sous l’impulsion de l’ambition démesurée d’un couple, bientôt désuni, mais toujours acharné à obtenir l’accès aux plus hautes fonctions de l’état. Rapines et marchandisation des corps, délires architecturaux, mégalomanie administrative, destruction des patrimoines paysager et urbain, emballement militaire et éclatement familial vont accompagner cette volonté de toute puissance.

A l’inverse, le roman islandais, dans une forme bien plus mélancolique et poétique, montre une société qui s’effondre, se délite, se transforme et s’adapte tout en  conservant une fragilité et une brutalité inhérentes à la condition humaine. La petite ville de Keflavik vécut quelques années prospères d’après-guerre, lorsqu’une base militaire américaine et une dynamique pêche artisanale assuraient travail et revenus pour tous. Des tensions apparaissaient déjà entre les planqués de la base et ceux qui vivaient dangereusement sur leurs bateaux, entre les esprits poétiques et rêveurs et les hommes rongés par l’alcool et la violence. Mais la disparition de la base militaire et l’apparition des quotas de pêche qui ont entraîné des fortunes artificielles et des déclassements de patrons pêcheurs n’auront évidemment pas épargné la société. A l’occasion de son retour au pays, auprès de son père malade, un éditeur se souvient de toutes ces périodes et les revit lorsqu’il rencontre sur son chemin, entre l’aéroport et son hôtel,  celles et ceux qui partagèrent sa jeunesse.

Frédéric

Angela Lugrin

En dehors

Éditions Isabelle Sauvage, coll. « singuliers pluriel »

160 pages,  18 €

9782917751572

 

Elle est professeur de littérature et pour une année elle donnera des cours à des prisonniers. Au-delà des a priori, elle découvre un monde inattendu. Elle construit sa propre vision, établit une relation avec ses élèves. Un récit qui se déploie par scènes, où Le Cid et Les Liaisons dangereuses titillent le lecteur, où ces détenus malgré leurs « crimes », ils ne sont pas tus ni omis, redeviennent des personnes. La place est donnée à la parole, constructive dans cet espace de l’enfermement.

Marie-Hélène et Frédéric

Carole Martinez

La tour qui penche

Gallimard, coll. « Blanche »

368 pages,  20 €

9782070149926

 

Alternance des souvenirs et récits de deux âmes, celles d’une seule personne : Blanche. Blanche est d’une part cette jeune adolescente que le père confie à la famille de son futur époux, au domaine des Murmures. Son présent est riche d’expériences, de rencontres, de tentations et de découvertes. Blanche, est aussi cette jeune fille qui meurt en 1361 et qui demeure dans le temps, vieillissante, une âme hantée par sa jeunesse. C’est encore un univers magique et poétique que Carole Martinez évoque là, à la limite des contes, plus sombre cependant.

Marie-Hélène

Marie-Hélène Lafon

Chantiers

Des Busclats

112 pages, 12 €

9782361660321

 

Les chantiers de Marie-Hélène Lafon sont ses mises en acte, ce qui de la parole, de l’anecdote, du vécu fait matière et devient écriture. Ainsi, elle passe en revue son quotidien, son enfance paysanne et empreinte de catholicisme, ses rencontres littéraires – Flaubert, Simon et tant d’autres. Un récit émouvant magnifiquement écrit.

Marie-Hélène

James Lever

Moi, Cheeta. Une autobiographie hollywoodienne

Traduit de l’anglais par Cyril Gay et Théophile Sersiron

Le Nouvel Attila

368 pages, 22 €

9782371000056

 

À 76 ans, toujours bien portant, Cheeta (c’est un mâle !) décide d’écrire ses mémoires. Première étape difficile franchie (trouver un titre), s’étirent en long en large et surtout en travers les méandres hollywoodiens. Mémoires on ne peut plus ironiques où les mœurs, rouages, amitiés et inimitiés, gloire et déboires sont étalés pour le plaisir du lecteur. Cheeta a eu la gentillesse de fournir un album souvenir !

Marie-Hélène

Angela Lugrin

Marie,

éditions isabelle sauvage

72 pages, 15 €

9782917751404

 

Ce n’est pas un hommage, cela ne se veut l’être. Mais une lettre, la lettre impossible. Celle où l’on ose dévoiler, dire son intimité et évoquer celle de son correspondant. La lettre d’une femme à une autre que la vie a fait se rencontrer à un moment clé, que beaucoup de choses séparent et beaucoup d’autres rapprochent. La lettre impossible par laquelle chacune pourrait remercier l’autre, d’être, d’exister simplement. L’une faisant figure de mère peut-être, LA mère. Une composition en blocs, par thèmes pour définir une personnalité, en révéler des pans et les sentiments, les émotions qui s’y accrochent. La virgule a son importance, elle marque l’introduction d’une libération, l’entrée dans un monde de possibles car parlant d’émotions elles n’ont pas de fin.

Avec un post-scriptum de Marie Depussé, l’auteur de Dieu gît dans les détails et La nuit tombe quand elle veut (coup de cœur en 2011).

Marie-Hélène

Imma Monsó

Un sacré caractère

Traduit du catalan par Marie Vila Casas

Jacqueline Chambon

248 pages,  22 €

9782330030421

 

Nouveau départ pour la narratrice, trentenaire sans emploi, elle compte reprendre ses études et s’installe chez sa mère. La cohabitation n’est pas difficile en soi, mais elle se fait détonante. L’opposition de caractère et de personnalité – un pessimisme transfiguré en optimisme versus un fatalisme inexorable ; extraversion/introversion ; vivre ancrée dans le présent au plus-que-parfait contre vivre sans envisager aucun lendemain… – donne le la aux anecdotes, souvenirs, le tout drapé d’une mauvaise foi aussi drôle qu’émouvante. Un huis clos dépeint avec humour, finesse et tendresse.

Marie-Hélène

Sergi Pàmies

Chansons d’amour et de pluie

Traduit du catalan par Edmond Raillard

Jacqueline Chambon

144 pages,  16,50 €

9782330030209

 

Vingt-six nouvelles, Pàmies y excelle. Là, toujours avec son humour si particulier et son écriture fine, incisive, il se laisse aller à se dévoiler. Ses personnages, les situations prennent alors un ton ou une tournure encore plus touchants que dans ces précédents ouvrages. L’émotion imprègne ces textes parfois si courts mais si forts. Il y aborde la littérature, un dîner mémorable avec Auster et Hustvedt ; amours déçues ou non, mouvementées en tout cas ; une forme d’hypocondrie… Alors qu’il s’agit souvent de lui, de ce qui le touche, Pàmies parvient à éloigner narcissisme, nombrilisme et mélodrame.

Marie-Hélène

Ugo Riccarelli

L’Ange de Coppi

Traduit de l’italien par Louise Boudonnat

Phébus, littérature étrangère

219 pages, 19

9782752906076

 

Dix nouvelles, au cœur et dans l’âme du sport, dont les héros sont Fausto Coppi, Guy Moll, Emil Zatopek, Garrincha, Pier Paolo Pasolini, Edward Whymper … en soulignent la noblesse et la force lorsqu’il est porté par l’effort et le plaisir collectifs, la conquête ou la conservation de la dignité face aux dictatures, au racisme ou à la misère. La cruelle déchéance des idoles, la tragédie de la conquête, les doutes et la solitude du compétiteur peuvent être le prix à payer pour un temps de gloire conquis sur l’infirmité, l’accès à des territoires, des vitesses ou des sensations jusque là jamais atteints, ou des moments de grâce et d’abandon.

Frédéric

Pete Fromm

Comment tout a commencé

Traduit de l’américain par Laurent Bury

Gallmeister, coll. « Nature Writing »

334 pages, 23,70

9782351780657

 

Dans une petite ville du Texas se lève en rafales le vent du Nord. Le jeune Austin, blotti dans sa chambre, attend le retour de sa grande sœur Abilène dont la famille est sans nouvelle depuis plus d’une semaine.

Dans un précédent recueil de nouvelles, Pete Fromm avait déjà évoqué la famille et les difficultés d’y cohabiter en s’épanouissant. Dans ce dernier ouvrage, la jeune Abilène, qui souffre de troubles bipolaires et alterne donc des périodes de grand enthousiasme ou de profond abattement, plonge ses parents dans le désarroi et l’incompréhension et oblige son jeune frère à une alliance inconditionnelle et soumise.

Les maladresses, les silences, les phrases malheureuses, les impressions fausses tissent autant de pièges dans lesquels tombe chacun. L’abandon qui a frappé la petite ville, la violence des phénomènes climatiques, la mythologie entourant les vedettes du sport américain, le sexisme, la possession des armes à feu fournissent autant de contextes traumatisants ou menaçants à ce drame familial.

Frédéric

Jean-Claude Ellena

La Note verte

Sabine Wespieser

144 pages, 16 €

9782848051468

 

Claude Nael est un créateur parfumeur à l’ancienne, prenant le temps de l’élaboration, de la pensée, dosant à la goutte près et faisant fi des règles modernes du marketing. Depuis plus de vingt ans, il compose les parfums de la maison Robert Gallot ; elle lui doit ses plus beaux succès. Le nouveau « féminin » sur lequel il travaille depuis déjà plusieurs mois est en phase d’achèvement : réunion décisive avec le président Philippe Mazuret et sa nouvelle équipe, il a fait livrer des litres de l’essai choisi. La déconvenue est de taille, Mazuret lui retire le marché, préférant Nicolas Daglance, nouvelle école, un jeune loup qui, à défaut de proposer sa propre note, sa propre création, doit reproduire. Or, la note verte, se révèle compliquée à identifier. L’auteur, parfumeur, décrit avec subtilité et passion cet art de composer, sans dévoiler son parti : façon traditionnelle ou « moderne », l’une et l’autre ont leurs atouts et leurs inconvénients mais l’art demeure.

Marie-Hélène

Sylvie Weil

Le Hareng et le saxophone

Buchet-Chastel

485 pages, 23

9782283026274

 

Sylvie Weil

Chez les Weil, André et Simone

Libretto

208 pages, 8,70 €

9782752908728

 

Dans le livre Chez les Weil, paru en 2009, Sylvie Weil retraçait la vie de sa famille, depuis la venue des ancêtres de Galicie, province partagée entre Pologne et Ukraine, jusqu’à ses rapports avec André Weil, son père, génial et incontournable mathématicien, intransigeant et exigeant, et avec le personnage de Simone Weil, sa tante, philosophe, qui mourut en 1943 peu après la naissance de Sylvie qui devenait alors le réconfort d’une famille brisée par le chagrin.

Dans le livre Le Hareng et le saxophone, elle conte l’histoire de sa belle-famille, qu’elle va découvrir après avoir épousé Eric, aux Etats-Unis, en 1980. Ils avaient fui l’Ukraine et ses pogroms pour s’installer à New-York au début du XX eme siècle.

Tout à la fois pétillants et graves, ponctués d’anecdotes pittoresques ou de considérations historiques plus générales, alternant des scènes de grandes convivialité avec des moments de mesquinerie et de déchirements familiaux incompréhensibles, ces deux ouvrages, le premier plus introspectif, le second plus espiègle, livrent les portraits de familles bousculées, fragilisées et éparpillées par le cours tragique de l’Histoire, mais dans lesquelles demeurent, dans un savant équilibre, son lot d’affections et de ressentiments.

Frédéric

Philippe Videlier

Dîner de gala – L’étonnante aventure des Brigands Justiciers de l’Empire du Milieu

Gallimard

610 pages, 23,90 €

9782070137213

 

A la manière des romans classiques chinois du XIVeme siècle, l’auteur nous conte la conquête et la conservation du pouvoir en Chine par Mao et ses disciples. Longue Marche héroïque, reconquête du pays sur les Japonais, lutte militaire farouche contre le Kuomintang, victoire et arrivée au pouvoir, puis maintien à la tête du pays en manipulant et excitant les opinions et en purgeant le Parti Communiste Chinois lors du Grand Bond en avant ou de la Révolution Culturelle sont les grandes étapes de cette épopée.

Ce roman, duquel sont exempts dates et noms des protagonistes remplacés par des surnoms et dans lequel les chapitres s’enchaînent à la façon de feuilletons à suspens, décrit au mieux ce qui fait la permanence des dictatures et des régimes autoritaires : le repli et l’exaltation identitaire, le culte de la personnalité, l’isolement et l’aveuglement face aux réalités ainsi que la complaisance des visiteurs étrangers prestigieux bien vite charmés.

Frédéric

Rick Bass

Nashville chrome

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Rabinovitch

Christian Bourgois

374 pages, 25 €

9782267023305

 

Issu d’une famille modeste du Sud de l’Arkansas, le trio The Browns parvient parmi les plus populaires des ensembles country durant les années 50 avant de voir leur étoile lentement pâlir. Chacun des membres va affronter cette perte de notoriété avec des sentiments et des réactions différentes.

Sensible et émouvante évocation d’un groupe de frère et sœurs ayant inspiré ou côtoyé Elvis Presley, Chet Atkins, The Beatles, évidemment aux mains d’un manager indélicat, dont l’harmonie vocale apaisante et sereine avait été perçue dès l’enfance dans la scierie familiale. Leur temps s’est achevé à l’avènement de l’industrie du spectacle par leur inadaptation à ses exigences. Leur séparation fut rendue plus délicate encore par les liens familiaux qui les unissaient et le ressentiment, la frustration ou l’apaisement que chacun ressentit alors.

Frédéric et Marie-Hélène

Louis Wolfson

Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne à minuit, mardi à mercredi, au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Memorial à Manhattan

Attila

304 pages, 19 €

9782917084489

 

Les éditions Attila font de cette version augmentée de Ma mère… une œuvre littéraire, un « ovni » et non plus (?) comme en 1984 un texte d’étude (?) des sciences humaines, de la psychanalyse. Texte introuvable jusqu’à ce jour, l’auteur l’a repris en 2011-2012, complété, annoté et selon ses termes « corrigé »… Pas de travail « volontaire » d’écriture si ce n’est celui de la langue choisie, le français, un effort pour contrer la prévalence de l’anglais, honni, refusé. La force de cette « chronique » tient à ce système linguistique riche en allitérations, répétitions, jeux de mots et de sens, en fautes (syntaxe, grammaire, orthographe) non corrigées… Un mode d’écriture libre pour la liberté d’expression d’un homme diagnostiqué schizophrène (et se reconnaissant tel), et qui soulève maintes interrogations sur « sa » folie. Louis Wolfson s’est senti « inspiré » par un journal tenu par sa mère à l’annonce d’un cancer dont elle mourra ; il l’annote, le commente, digresse, se laisse emporter par ce qui le concerne au moment dit. Alors ce sont les courses de chevaux, la paranoïa, la politique, la santé du monde, le cancer, les langues, la mort… et une ambivalence omniprésente – l’anglais est la langue maternelle mais sa mère, sa perte, l’habite. Et le tout se mêle.

« (Tout cela peut-être ne veut rien dire, excepté qu’en quelque sorte rien ne signifie rien en fin de compte. Néanmoins, je l’ai bien mentionné au tout commencement [sinon au titre !] et je répète encore ici et toujours “pour le dossier” et parce que la découverte, la prise de conscience de ces coïncidences, allitératives et numérique, m’avaient bien fait quelque chose […]). »

Marie-Hélène

William Wharton

Birdy

Traduit de l’américain par Matthew du Aime et Florent Engelmann

Gallmeister, coll. « Americana »

384 pages, 24,50 €

9782351780541

 

Outre leur milieu social pauvre mais non miséreux, tout devrait opposer Al et Birdy : le premier est sicilien, athlétique et bagarreur, il en a à démontrer, à son père en particulier, et ses journées sont vouées au sport et à l’entraînement. Le second est rêveur, paraît chétif et se consacre à sa seule passion, les oiseaux. Dès l’enfance ils deviennent inséparables et l’intérêt pour les volatiles leur est commun : ils chassent les pigeons, les capturent puis les vendent. Moyen de gagner de l’argent et occasion d’étude, Birdy, le plus sérieusement possible veut voler. La Seconde Guerre mondiale éclate, Al et Birdy ont combattu chacun de son côté, tous deux sont blessés. Al est convoqué au chevet de Birdy, enfermé dans un hôpital psychiatrique, mutique et prostré. Il lui est demandé de rappeler leurs souvenirs communs pour tenter de le « ramener » parmi les hommes, lui devine l’oiseau en Birdy mais simule-t-il ou bien s’est-il comme métamorphosé ? Deux monologues où s’égrènent les souvenirs, marques d’une amitié profonde, sincère et respectueuse ; le rêve y a la part belle à la limite de la folie, à la limite de la schizophrénie ; et les oiseaux, presque une étude d’ornithologie… Une aspiration à la liberté. Ce roman est signé Wharton, nom de plume de l’artiste peintre Albert du Aime qui s’est inspiré de ses propres expériences ; paru une première fois en France dans les années 1980, il est connu pour l’adaptation cinématographique d’Alan Parker.

Marie-Hélène

Marie Depussé

La nuit tombe quand elle veut

P.O.L

128 pages, 12 €

9782818014233

 

Son frère va délaisser la meilleure place qu’il occupe au sein de la famille, celle du héros, il ne l’avait pourtant pas choisie. Mais avant sa disparition, c’est le parcours de l’homme et des siens dans la « ville blanche ». L’hôpital Mondor une usine comparée aux hôpitaux de campagne qui disparaissent, un lieu en perdition où l’espace fait se perdre le patient dans le dédale des couloirs, des démarches, parmi des gens qui se croisent, se voient simplement sans se toucher, personne n’y a vraiment sa place, chacun cherche à conserver l’espoir (la précision des gestes des soignants, « automatisée »), un peu d’humanité et désespère de l’attente. Mais ce récit est un bel adieu, les gestes et paroles du futur disparu ne prennent que plus de valeur au cœur de ce milieu inhospitalier.

Marie-Hélène

Hans Keilson

La Mort de l’adversaire

traduit de l’allemand par Dominique Santoni

Seuil

252 pages, 22 €

9782021045826

 

Ce roman, malgré une quatrième de couverture qui « gâche » un peu la lecture, est une belle rencontre, avec l’écriture d’un auteur méconnu en France et récemment décédé,avec un récit fort et finement travaillé où priment l’allusion et la métaphore. Hans Keilson l’a initié avant 1942 mais ne l’a achevé qu’après la guerre. Si l’on sait, si l’on sent que la réalité constitue la toile de fond, rien n’est « dit », tout est de l’ordre de la suggestion, de l’anonymat même les personnages. Inspiré par une vieille histoire racontée par l’ami – déchu – d’enfance, le narrateur décortique avec un détachement troublant sa propre fascination mêlée d’angoisse, il s’essaie à comprendre la dépendance qui semble exister entre un persécuteur et un persécuté, un bourreau et une victime.

Marie-Hélène

Andrés Trapiello

Heureux comme jamais

traduit de l’espagnol par Carole Paget

La Table ronde, coll. « Quai Voltaire »

288 pages, 21 €

9782710365174

 

Max et Claudia se connaissent de longue date. Chacun a construit un train-train madrilène : les couples respectifs (conjoints plus âgés) avec ou sans enfants évoluent comme tant d’autres dans un quotidien confortable, sans heurts. Ils décident de se retrouver à Constanza où Max, ingénieur, est missionné et où doit se dérouler le mariage d’Isabel, meilleure amie de Claudia. Constanza se fait marque de leur vie future, un amour hors normes, libre et naturel sans ce besoin de manifestation outrancière, au-delà des convenances sociales et des apparences, des implications qu’il peut susciter, au-delà du désir. Un amour « heureux », à jamais. Un beau roman où le scandaleux est omniprésent, la bienséance et le bien-pensant sans cesse y sont bousculés, mais la Beauté et la Vérité animent les personnages, donnant le sentiment que l’« honneur » est sauf malgré un certain malaise.

Marie-Hélène

Linda Stift

… plus gros que le ventre

traduit de l’allemand (Autriche) par Odile Vandermeersch et Chantal Niebisch

Absalon

187 pages, 18,50 €

9782916928180

 

Tranquille quant à ses propres démons, la narratrice les voit ressurgir à la suite d’une rencontre étonnante devant une pâtisserie viennoise. Elle cède à l’invitation, à sa tentation, d’une étrange femme en noir style vieil empire – la duchesse Hohenembs – et accepte de partager avec elle et sa dame de compagnie un kouglof. Les invitations s’accumulent, intempestives et parfois rocambolesques : promenades, pique-niques, visites de musées ; toutes s’avèrent calculées, liées à la personnalité même des protagonistes et empreintes de l’aura de Sissi. Les quinze années durant lesquelles la narratrice a su dompter ses obsessions – mettant fin du moins l’espérait-elle) à des crises de boulimie – et leurs travers s’estompent sous le caractère dominateur de cette femme. Un roman fascinant sur l’emprise psychologique, la dépendance et l’on pourrait l’affubler d’une majuscule tant elle concerne de nombreux domaines…) ; les personnages sont finement analysés, les comportements alimentaires décrits sont à donner la nausée, à dégoûter… et pourtant, on reste comme possédé à la lecture de cet ouvrage alliant baroque et modernité et où s’entremêlent en un glissement continu, suspens, humour, macabre, psychologie. Particulièrement étrange et déroutant.

Marie-Hélène

Sergi Pàmies

La Bicyclette statique

traduit du catalan par Edmond Raillard

Jacqueline Chambon

112 pages, 14,50 €

9782330000349

 

« Il était une fois, une fois qui n’était pas comme les autres fois. […] Lorsqu’elle grandit, elle se mit à envier les fois qui, elles, étaient comme les autres fois. » Voilà pour le ton de ces vingt nouvelles décalées – à la limite de l’absurde – à l’écriture fine et poétique. Pàmies y aborde avec humour et tendresse la thématique de la maturité, la sienne et celle d’hommes et de femmes aux prises avec des décisions qui leur paraissent de véritables montagnes, cherchant à concilier leurs propres tiraillements existentiels ; le temps comme en suspension. Et, ainsi, ce sera la lecture du Petit Prince, différée à l’âge d’homme ; une nuit d’amour qui se devra d’être tout à la fois première, seule et dernière ; la mise en pratique d’un voyage à l’intérieur de soi ; les murs de l’appartement familial qui, au fil des ans parés des gribouillis, dessins et slogans, semblent se délaver au mûrissement de chacun. Ces nouvelles rappellent l’écriture « en marge », l’atmosphère où absurde et profondeur sont intimement liés, du Catalan Quim Monzó (Mille Crétins aux éditions J. Chambon).

Marie-Hélène

 

Adam Levin

Les Instructions

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Barbara Schmidt et Maxime Berrée

Inculte

1052 pages, 29,90

9782916940564

 

Gurion ben-Judah Maccabee, 10 ans,érudit, surdoué et hyperactif, est un élève renvoyé de nombreuses écoles pour faits de violence, et arrive dans un nouveau collège, où il est placé dans la Cage, lieu de punition d’où il va mener ses prêches, lever une armée de jeunes partisans et lancer une révolte désespérée.

Foisonnant et obsédant, ce roman protéiforme, incluant de vastes notes de bas de page, des échanges de courriels, des calligrammes, relate quatre jours de tension et de violence croissantes, de tentatives d’alliances, de relations biaisées entre des groupes de collégiens placés sous l’autorité et le contrôle maladroits d’adultes dépassés. L’explosion finale est la conséquence d'une croyance aveugle, d’une obsession et d’un désespoir profonds, résultant d’un enfermement, dans un rôle et dans un lieu.

Frédéric

Halldor Kiljan Laxness

La Saga des Fiers-à-Bras

traduit de l’islandais par Régis Boyer

Anacharsis

382 Pages, 21 €

9782914777766

 

Deux jeunes gaillards islandais, l’un assoiffé de la gloriole du combattant et du guerrier, l’autre désireux de devenir le poète, le scalde, de ses exploits, sont pris dans la tourmente de l’époque médiévale et doivent en rabattre, dans un monde où compromissions, alliances et conversions de circonstance sont la règle.

Le Prix Nobel de Littérature de 1955 écrivit cette parodie de saga viking en 1952. On y voyage beaucoup, de l’Islande à Chartres, en passant par Londres, et jusqu’au Groenland. Nos deux héros, impétueux jeunes gens sans grande clairvoyance, sont grandement inadaptés dans un contexte où les autorités politiques et religieuses tentent d’en imposer à des populations laborieuses dont le seul souhait est de travailler et prospérer en paix, loin de toute autorité.

Frédéric

John Gierach

Même les truites ont du vague à l’âme

traduit de l’américain par Jacques Mailhos

Gallmeister, coll. « Nature Writing »

222 pages, 22,50

9782351780459

 

Du bon choix du coin de pêche, qu'il soit étang de ferme, trou d’eau, berge d’un torrent, à la détection précise du jour d’éclosion des mouches du saule, en passant par le choix de cannes en bambou de 7 pieds pour soie de 3, l’auteur nous fait partager dans ces chroniques chaleureuses les affres du pêcheur à la mouche et nous embarque avec lui dans la quête humoristique, sage, existentielle, des conditions idéales pour la pratique de ce sport.

Frédéric

Allain Glykos

La Signature

L’Escampette

126 pages, 15 €

9782356080325

 

Imaginez : vous êtes en vacances dans une station balnéaire, et lors d’une de vos journées de promenade dans la cité, à l’entrée d’une librairie, vous voyez – ou ne voyez pas – un homme assis devant une table de formica où trônent, à peine, quelques livres… Vendeur, démarcheur, manifestant ? Non, un auteur. Un auteur invité à présenter et dédicacer son dernier ouvrage, Nunca más. Seulement… il n’est pas très connu malgré plusieurs ouvrages à son actif (mais parus chez une petite maison d’édition) ; la bonne volonté des libraires n’a pas été poussée (pas de promotion : ni d’effet pile ni de photos, ne parlons surtout pas de médiatisation !), il s’agit surtout de créer une animation ; c’est la crise et son livre, 15 €, n’a que 108 pages ; et puis, il lui faut se l’avouer, son dernier ouvrage ne fait pas très « été » (une réflexion autour de la violence conjugale…). Il est abandonné à son triste sort alors pour contrer l’ennui – à la limite de l’invisibilité, de l’indifférence, sauf canine et enfantine –, il va occuper son temps : c’est vous qu’il regardera. Un récit léger (mais pas tant que ça) à l’écriture sobre et fine où l’auteur, observateur quasi blasé, dresse une chronique désopilante de ses contemporains en un lieu touristique.

Marie-Hélène

André Benchetrit

Le Livre de Sabine

Rouergue, coll. « La Brune »

72 pages, 12 €

9782812602153

 

2003, il ouvre un cahier neuf. Entre celui-là et le précédent il a écrit, rompu dans la violence et la douleur, et rencontré Sabine. Sabine, atteinte d’un cancer au poumon, pour qui le temps déjà est compté, mais avec qui il souhaiterait ne pas avoir à compter le temps. Leur passion s’aménage autour de la maladie, son quotidien, l’espérance puis l’inexorable ; c’est ensemble qu’ils iront, dans l’air du temps, au rythme de la maladie… Profiter de chaque instant, de chaque occasion dans cet espace-temps ambigu, à la fois en accéléré et au ralenti. Ce carnet d’écriture est le récit bouleversant de leur traversée qu’il compare presque symboliquement à L’Odyssée de l’« Endurance » d’Ernest Shackleton.

Marie-Hélène

Helle Helle

Chienne de vie

traduit du danois par Catherine Lise Dubost

Le Serpent à plumes

230 pages, 19 €

9782268070711

 

Un matin d’hiver, Bente (mais est-ce bien son prénom ?), écrivain en panne d’écriture depuis plusieurs années, quitte brutalement son mari, monte dans un bus et atterrit au bout du Danemark, au bord de la mer. Elle est immédiatement adoptée par Johnny et Cocotte, un couple uni qui ne pose pas de questions…

Une tranche de vie particulière, décrite avec finesse et non sans drôlerie, dans un style intimiste, où les petits gestes quotidiens, comme improviser un couchage dans le canapé du salon, partager un « vrai bon café » ou se lancer dans une partie d’Uno au milieu de la nuit, étendent un baume sur les blessures, plus sûrement que les mots.

Sarah

Pete Fromm

Chinook

traduit de l’américain par Marc Amfreville

Gallmeister, coll « Nature Writing »

226 pages, 22,20

9782351780411

 

Un père emmène son fils au-delà de la frontière sans avoir averti la mère dont il est séparé; deux frères se retrouvent à la ferme familiale après plusieurs années de séparation; un jeune garçon s’égare dans un champ de maïs proche d’une rivière; les ormes, malades, d’une petite ville doivent être abattus …

Nouvelles centrées sur la famille, les relations riches et ambigües liant ses membres, les silences, malentendus, peurs, rendus plus sensibles encore lorsque les paysages, la rivière, les arbres ou le vent imposent ou soulignent le danger, le malaise.

Frédéric

Jean-François Beauchemin

Le Jour des corneilles

Les Allusifs

168 pages, 15 €

9782922868593

 

Un texte étonnant qui, par sa structure même, relève à la fois du récit, du conte et de la fable. L’auteur nous transporte dans une créativité langagière maîtrisée : une syntaxe travaillée (tournures archaïques et contemporaines, métaphores) et un champ lexical riche – mots oubliés et ressurgis, argotiques, issus de régionalismes, ou créés – composent cette construction littéraire décalée aux notes moyenâgeuses et modernes à la fois. Langage propre au narrateur sans doute, un homme illettré à qui l’usage du vocabulaire est enseigné en prison et qui comparaît devant un tribunal ; pour aider ses juges à trancher son cas, il va relater sa vie et celle de son père. L’existence marginale (en pleine forêt, en un lieu et un temps indéfinis) de deux êtres sauvages, évoluant au plus près de la nature. L’un est sourcier, vieillissant, craint la mort, reçoit la visite de ses gens en son casque et lit dans les astres ; l’autre, suiveur obéissant qui subit les foudres paternelles, se confronte aux mondes des vivants et des morts (il côtoie les outrepassés), en proie au grand questionnement, celui de l’amour en particulier.

Marie-Hélène

Laurent Mauvignier

Ce que j'appelle oubli

Minuit

62 pages, 7 €

9782707321534

 

« Quand il est entré dans le supermarché, il s'est dirigé vers les bières. Il a ouvert une canette et l'a bue. A quoi a-t-il pensé en étanchant sa soif, à qui, je ne le sais pas. Ce dont je suis certain, en revanche, c'est qu'entre le moment de son arrivée et celui où les vigiles l'ont arrêté, personne n'aurait imaginé qu'il n'en sortirait pas. »

Des premiers aux derniers mots (« et ce que le procureur a dit, c'est qu'un homme ne doit pas mourir pour si peu [...] pas maintenant, pas comme ça, pas maintenant »), la boucle de ce récit formé d'une seule phrase de 60 pages vous laisse le souffle court et la gorge serrée.

Texte implacable sur la violence ordinaire, le hasard et la mort, inspiré d'un fait divers survenu à Lyon en 2009, Ce que j'appelle oubli n'est pas prêt d'y tomber...

 

Signalons également la sortie en poche (collection « Double », Minuit, 8,50 €) du précédent roman de Laurent Mauvignier, Des hommes, un texte magistral sur la guerre d'Algérie, la génération perdue de ceux qui l'ont vécue et les raisons de leur silence. Prix des Libraires 2010.

Sarah et Marie-Hélène 

Pan Bouyoucas

Portrait d'un mari avec les cendres de sa femme

Les Allusifs

129 pages, 14 €

9782923682112

 

Un ton posé, une ballade un peu hors de temps ou plutôt dans un ailleurs. Un homme veut honorer les dernières volontés de sa défunte. Quelles sont-elles ? À la recherche de réponse, c’est une quête de l’Homme, de son destin qu’il effectuera.

Marie-Hélène

Maria Velho da Costa

Myra

La Différence

traduit du portugais par Maria do Carmo Vasconcellos

227 pages, 20 €

9782729118952

 

Est-ce la poésie qui émane de ce texte, la structure du conte qui opère ? Je dirais que c’est une complainte envoûtante. Rien ne se fige et rien ne s’oublie, récit, décor, personnages, tout semble évoluer dans un mouvement perpétuel, lent et surréaliste où l’ambivalence domine. Et l’on ne peut se résoudre à délaisser la jeune fille prépubère, sans papiers et comme orpheline, accompagnée de Rambô, le chien de combat blessé, sauvé. Myra (est-ce le prénom qui nous sied ?) cherche à retrouver un bonheur perdu, à contrer sa destinée ; elle adapte ses identités et origines au gré de ses rencontres – autant de figures auxquelles rattacher vices et vertus –, elle tisse ses histoires, mêlant les temps, et arpente le Portugal vers l’Est qu’elle croit sien et meilleur.

Marie-Hélène

Chloé Delaume

Éden matin midi et soir

Joca Seria

45 pages, 10 €

9782848091068 

 

Cela remue les tripes, un texte qui colle au plus enfoui de la narratrice, ce qu’elle tait, terre, recèle en elle de plus intime et de secret. Elle livre au lecteur ce qu’elle devrait/pourrait tenter d’expliquer au psychiatre qui va la recevoir après son acte désespéré et une fois de plus raté.

Marie-Hélène

Tibor Déry
Niki (l’histoire d’un chien)
traduit du hongrois par Imre Laszlo
Circé Poche
158 pages, 7,50
9782842422844

 

A priori, rien de sensationnel dans cette histoire ordinaire d’une chienne fox-terrier, Niki, et de ses maîtres, les Ancsa. Sauf à la situer dans la Hongrie des années 50, où l’avenir radieux se transforme peu à peu en cauchemar stalinien. Un texte fort, remarquablement écrit, sur l’hypocrisie et l’absurdité du pouvoir. Les rapports entre l’homme et l’animal, très finement décrits, évitent les pièges de l’anthropomorphisme.

Sarah 

Angel Vazquez

La Chienne de vie de Juanita Narboni

traduit de l’espagnol (Tanger) par Selim Cherief

Rouge Inside

350 pages, 20 €

9782918226000

 

Je déplore d’avoir abordé cette Chienne de vie, qui date de 1976, sans la connaissance – historique, culturelle, sociétale – à laquelle elle se réfère, quoique ce puisse être l’occasion d’aller plus loin. C’est d’une fresque qu’il s’agit, celle d’une époque, d’un lieu, d’un métissage : le Tanger de l’entre-deux-guerres à 1956. Juanita est une « vieille fille » modeste, née d’une mère andalouse et d’un père britannique, qui se donne des airs, fréquente assidûment les cinémas et fredonne des chansons populaires. À la fois tendre, drôle, généreuse, rapiate, « bien élevée » et cynique, elle arpente les rues de ce Tanger qu’elle voit changer sous ses yeux. Dialogue, soliloque, discours tout à la fois, ses propos tournent autour d’elle-même, de ses proches et contemporains, de sa ville et de son histoire. Le langage est coloré (expressions et vocabulaire issus de dialectes, de langues différentes), l’interlocuteur n’est guère identifiable mais peu importe car nous la suivons avec plaisir dans sa longue et belle balade, « ballade » serait aussi approprié.

Marie-Hélène

Jean-Pascal Dubost
Le Défait (récit)
Champ Vallon
157 pages, 15
9782876735293

 

« Défait », le narrateur (tour à tour il et je) qui vient faire retraite dans la ferme de son enfance, car « voilà longtemps que le travaillait l’idée d’affronter une certaine solitude ».
« Défait », le temps, passé et présent emmêlés. Temps des souvenirs et temps de l’écriture ne concordent plus. Il faut accepter, dans le même temps, « de renoncer ET de ne pas renoncer », « il faut infinir ».
« Défait », le style si totalement libre et hardi de Jean-Pascal Dubost, où les virgules servent à figurer la pluie et les iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii à tuer le cochon !

Sarah et Marie-Hélène 

Jacques-Etienne Bovard

La Cour des grands

Bernard Campiche

307 pages, 17 €

9782882412706

 

Xavier, ancien judoka de niveau international, jeune Suisse au caractère bonhomme et auteur de romans de gare, est invité à une Escapade, hommage à la littérature helvète dans le Nord-Est de la France.  Il rencontre et sympathise avec les collègues de sa maison d’édition, Charlène, spécialiste des récits de voyage, et Borloz, le romancier pornographe. Mais les pitres qu’ils paraissent être aux yeux de la fine fleur de la littérature romande vont devoir faire front et contrer les attaques du grand Montvalon, irascible et pédant nobélisable.

Truculent et généreux, truffé d'expressions savoureuses, ce récit de l’ouverture au monde d’un géant débonnaire, de son désir, jusque-là enfoui et inexprimé, de dépassement et d’exigence, sans pour autant devoir renier et enfouir sa nature amicale, est un joyeux moment d’optimisme, une simple leçon de vie et une déclaration d'amour à l'écriture.

Frédéric et Sarah 

Jean Echenoz

Des éclairs

Minuit

176 pages, 14,50 €

9782707321268

 

Une évocation de la vie de l’ingénieur Nikola Tesla, rebaptisé Gregor, né lors d’un orage si violent qu’il en devient « précocement antipathique », mais également  d’une intelligence fulgurante, à l’image de sa morphologie, hors norme. Outre le courant alternatif, il sera à l’origine d’à peu près toutes les avancées scientifiques du XXe siècle, sans en tirer aucun bénéfice….

Après Ravel et Courir (sur le champion olympique Emil Zatopek), Jean Echenoz achève ici sa réjouissante suite de trois vies. De son écriture sautillante et espiègle, l’auteur nous livre les biographies librement inspirées de ces grands hommes, compositeur, sportif ou scientifique. Une lecture jubilatoire !

Sarah, Marie-Hélène et Frédéric 

Éric Faye

Billet pour le Pays doré

Cadex, coll. « Texte au carré »

49 pages, 10 €

9782913388635

 

Pour contrer la monotonie de sa vie (père, mari et employé dévoué), un homme s’accorde une part de rêve : l’illusion de gagner le fameux billet du train qui mène au Pays doré. Il a gagné mais n’est pas le seul à avoir joué.

Marie-Hélène

Jacques Josse 

Cloués au port

Quidam

91 pages, 12 €

9782915018547

 

Jacques Josse semble avoir construit son récit sur cette phrase de Patrick Kermann, placée en exergue du livre : « Ce n’est pas parce qu’on est mort qu’on n’a plus rien à dire. » Le Capitaine, figure du bar Chez Pedro, situé dans un petit bort breton, parle aux morts et raconte les morts. Pendant qu’il déblatère et convoque Stevenson, Albert Londres ou Melville, les vieux du village tombent comme des mouches, victimes de la canicule. Un court roman avec lequel, à l’instar de Jimmy, ex-grutier chômeur et alcoolique, nous resterons cloués au port.

Sarah

Tom Robbins

Une bien étrange attraction

traduit de l’américain par François Happe

Gallmeister, Coll. Americana

389 pages, 24,50 €

9782351780374

 

Amanda, mère du petit Thor, et son mari John Paul Ziller, dit "Le Magicien", après avoir été membres d’un cirque, s’installent dans une station en bord de route, vendent des hot-dogs et proposent les visites d’un zoo abritant des espèces en voie de disparition et d’un cirque de puces dressées à la représentation de courses de chars. Ils sont rejoints par Marx Marvelous, un scientifique en rupture de ban, puis par leur ami Plucky, instructeur de karaté chez les Gardes Suisses au Vatican, d'où il revient avec une momie qui pourrait être le corps de Jésus. La révélation de l’existence de ce corps pouvant ébranler l’Institution catholique, des émissaires du Vatican, secondés par la CIA et le FBI, tentent de se le réapproprier.

 

Des images surprenantes, des situations ubuesques, on s’amuse à la lecture de ce roman, écrit en 1971, dans lequel on retrouve le parfum, les images et l’atmosphère de la Cote Ouest et des années 60, et où devisent et s’interrogent sur la science et la religion des personnages méditatifs, sereins et attachants.

Frédéric

Chochana Boukhobza

Le Troisième Jour

Denöel

300 pages, 20 €

9782207101568

 

Deux violoncellistes, maître et élève, sont invitées à quitter New York, où elles vivent, le temps d’un concert pour se produire à Jérusalem, la terre natale. Chacune renoue avec son passé lié à l’Histoire, d’un drame à l’autre, et le Temps, celui de la transmission et de la survivance, sans fin.

Marie-Hélène

Françoise Moreau

Des gourmandises sur l’étagère

L’Escarbille

44 pages, 6 €

9782913399068 

 

Un très court texte qui retisse les liens d’une jeune femme anorexique avec sa propre histoire, ses parents diplômés ès pâtisseries et fin gourmets, sur fond… de gourmandises.

Marie-Hélène

Jean-François Haas

J’ai avancé comme la nuit vient

Seuil

390 pages, 21 €

9782021011982

 

Merel est guide touristique pour la Compagnie des transports urbains et interurbains, et les visites de lieux historiques ou artistiques sont, pour lui, l’occasion de rappeler la générosité et la compassion exprimée par certains de ses compatriotes. Mais, indifférence, affiches nationalistes tapissant les murs, misère aperçue dans les rues, errance des migrants, le heurtent quotidiennement.

Brassant à la fois des lieux, des personnages, artistiques, religieux, ou historiques, imaginaires, mais évocateurs, ou réels, ce roman, puissant par sa forme, place le lecteur au pied du mur : que faire individuellement pour exprimer son humanité face à la détresse, l’égoïsme, la haine ?

Frédéric et Sarah 

Franz Bartelt

Parures

Atelier In 8

72 pages, 12 €

9782916159881 

 

Une mère et son fils vivent seuls, tenus à l'écart dans un quartier pauvre. La seule dignité de la mère est d'habiller somptueusement, flanelle grise  et blazer, son fils, gêné, honteux et raillé à l'école pour cette distinction, mais également fier de sa mère. Lorsque l'Assistance sociale tente de raisonner la mère et de la convaincre d'une meilleure utilisation de l'aide sociale, un fragile équilibre est rompu.

Court texte, sensible et ambigu, sur le désir de singularité de chacun et le désarroi pouvant s'emparer de nous lorsqu'il nous est dénié.

Frédéric et Marie-Hélène

Roberto Saviano

Le Contraire de la mort

Traduit de l’italien par Vincent Raynaud

Robert Laffont, coll. « Pavillons poche »

108 pages, 6,90 €

9782221115381 

 

Belle écriture pour un sujet qui ne se prête pas forcément aux envies de légèreté, de farniente puisque l’auteur de Gomorra revient au travers de deux récits sur l’histoire de son pays natal, la Mafia, le crime organisé et la violence. Travail de deuil, amour et quête sont les seules armes qui demeurent.

Marie-Hélène

Gary Victor

Le Sang et la Mer

Vents d’ailleurs

192 pages, 17 €

9782911412738

 

Le père, spolié, vient de décéder, la mère se meurt et Estevèl, fort de sa naissance quasi magique sous le signe de la mer, lui jure qu’il prendra soin d’Hérodiane dont la beauté et le caractère ouvert aux rêves – celui du prince charmant l’habite – la promettent aux plus abjectes convoitises. Frère et sœur s’installent à Paradi, bidonville de Port-au-Prince, dans une chambrette en haut de l’escalier serpent ; lieu qui prend des allures de refuge face à la perversité et à la corruption d’une société qu’ils découvrent : l’enfer sur terre. Liés l’un à l’autre, ils savent cependant leur amour impossible et chacun cherche une voie, un autre, pour incarner sa propre aspiration. Conte cruel où les barrières entre l’imagination et la réalité sont si fragiles. « Mais le rêve traîne, au plus profond de ses sortilèges, une incommensurable souffrance, celle de son irréalité, celle de la perspective prochaine de l’éprouvante confrontation avec le réel. »

Marie-Hélène

Ysé Ténédim
Moi tout seul
Les contrebandiers
143 pages, 15
9782915438222

Le monologue intérieur, dur, âpre et émouvant, de Constantin, un garçon « seul dans son corps », qui aime converser avec la lune (« converser ça veut dire parler tout seul avec quelqu’un ») ou apprendre des listes de mots, mais pas ceux que son père voudrait lui faire ingurgiter. Un père tyrannique, qui le considère comme un attardé mental et veut l’anéantir (« ça veut dire faire que je sois tout à fait rien comme il le rêve »).

Sarah et Marie-Hélène 

Mark Twain

Contes et Mécontes

traduit de l’américain par Gabriel de Lautrec, Marie-Andrée Gauvin et François de Gaïl

Allia

128 pages, 9 €

9782844853486

 

Allia propose la réédition de nouvelles et de courts textes méconnus du très critique et très fin Mark Twain, père de Tom Sawyer et Huckleberry Finn. Son ton est vif et acerbe et laisse se manifester, sans honte aucune, son peu de sympathie pour les Français, s’étaler ses attaques de la religion et de la politique. C’est avec un humour grinçant qu’il décrit ses contemporains, parodiant la littérature classique, détournant les contes de fées.

Marie-Hélène

Tanguy Viel, illustrations Florent Chavouet

Hitchcock, par exemple

Naïve, « Livre d’heures »

58 pages, 8 €

9782350212128

 

Un critique cinéma est invité à fournir SA liste de dix films préférés… Le grand dilemme commence.

Marie-Hélène

Pascal Garnier

Les Insulaires et autres romans (noirs)

Zulma

521 pages, 24,50 €

9782843045103 

 

Dans le style de Simenon avec quelque chose de certains Boileau-Narcejac, des situations anodines pouvant survenir à tout un chacun, personnages bien campés dans le réel et finement étudiés, de ces situations quasi quotidiennes mais qui virent de manière inattendue. Du roman noir, bien noir.

Marie-Hélène et Frédéric

Jean-Pierre Spilmont

Sébastien

La Fosse aux ours

139 pages, 16 €

9782357070103

 

Sébastien est un adolescent marginal délaissé par ses parents et qui ne trouve alliance qu’auprès de son grand-père, un vétéran d’Algérie qu’il accompagne d’ailleurs à une réunion commémorative à Paris. C’est au cours d’un interrogatoire de police que la personnalité et la sensibilité de ce jeune être en détresse sera dévoilée, le silence rompu.

« Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu envie de pleurer. Je me suis retenu. Ça s’est passé à l’intérieur. Invisible. Les larmes à l’intérieur, ça fait toujours plus de dégâts que celles qui sortent. »

Marie-Hélène et Sarah