Policier

John Gregory Dunne

True Confessions

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrice Carrer

Seuil, ed. « Policiers »

416 pages, 22,50

9782021163018

 

Milieu des années 70, Tom Spellacy, ex-inspecteur du LAPD, retrouve un ancien co-équipier, avec qui il évoque les nouvelles figures politiques de la ville et de vieilles affaires, avant de partir rencontrer son frère Desmond, prêtre de l’archevêché catholique.

Ecrit en 1977, ce roman a pour cadre l’affaire qui deviendra celle du Dahlia noir, dans le roman d’Ellroy écrit quelques années plus tard. Des personnages guettant et exploitant toutes les failles de leurs interlocuteurs dans des dialogues tendus, des atmosphères troubles, des intérêts politiques, policiers, mafieux et religieux entremêlés, des querelles familiales contenues malgré des ressentiments à fleur de peau : ce roman noir sans aucun répit psychologique est une grande réussite du genre.

Frédéric

Joseph Kanon

Le passager d’Istanbul

Traduit de l’anglais (Etas-Unis) par Lazare Bitoun

Seuil, coll. « policiers »

484 pages, 22,50 €

9782021122220

 

Leon Bauer travaille pour l’industrie du tabac à Istanbul, en 1945, et rend quelques services à un membre du consulat américain. Un soir, il doit recevoir sur le port un transfuge roumain, fuyant les services russes. Des coups de feu claquent, un homme s’écroule, mais il parvient à planquer l’espion dans une ville qu’il connaît parfaitement.

Commence alors une passionnante intrigue mêlant la police et les services secrets turcs obligés à un subtil équilibre entre les deux Blocs américain et russe, l’administration américaine et les traîtres en son sein, un espion soviétique et ses méthodes violentes et sans nuance, et une intrigue amoureuse sans laquelle tout travail d’espion ne serait qu’une plaisante aventure sans saveur.

Frédéric

Emma Healey

L’Oubli

Traduit de l’anglais par Corinne Daniellot

Sonatine

368 pages,  21 €

9782355842474

 

L’écriture de ce premier roman est déroutante de simplicité, la construction des phrases, le vocabulaire, les répétitions… mais l’on comprend vite. Maud se raconte, décrit son quotidien de vieille dame, veuve, bénéficiant du passage d’assistantes ménagères. Elle, elle a plutôt le sentiment d’être traitée comme une enfant, et l’attitude de sa fille n’arrange rien. Pas de confiance, jamais prise au sérieux… Et voilà qu’une idée fixe la tenaille, elle l’a d’ailleurs notée – de nombreux bouts de papier dans ses poches avec pour seul message : « Elizabeth a disparu ». Elizabeth, c’est sa meilleure amie, veuve également, en train de devenir aveugle et peu épaulée par son fils. Elle aurait donc disparu, Maud s’en convainc même si elle ne se rappelle pas avoir écrit ce message (c’est pourtant son écriture), ni pourquoi, ni quand. En fait, Maud peine à garder en mémoire, seul le passé tient une place prépondérante et tâcher d’élucider le mystère n’est pas chose facile lorsqu’on est atteint de la maladie d’Alzheimer. Passé et présent se mêlent avec d’autant plus de sournoiserie que la sœur de Maud, Sukey, a elle aussi disparu cinquante ans plus tôt. Maud mélange-t-elle les données, les histoires, le passé et le présent ? Ne serait-ce pas là un signe supplémentaire de la maladie ?

Marie-Hélène

Mariano Quiros

Rio Negro

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Zooey Boubacar

La Dernière goutte, coll. « fonds noirs »

212 pages, 18 €

9782918619178

 

Laissés seuls pendant une semaine par leur épouse et mère, partie pour un colloque, un homme, écrivain, et le fils, vont s’enfermer dans un engrenage irresponsable, fatal et meurtrier, sous prétexte d’initiation aux plaisirs de la vie.

Saisissante farce tragique et symbolique, sur la violence qui a pu imprégner et irrigue encore la société argentine, perpétuée et qui semble transmise de génération en génération, sans qu’aucune force, celle des autorités ou celle des femmes ne puisse venir l’endiguer ou la contraindre.

Frédéric

Thomas H. Cook

Le dernier message de Sandrine Madison

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Loubat-Delranc

Seuil

400 pages, 21

9782021114126

 

Dans une petite ville des Etats-Unis, un professeur d’université est jugé, soupçonné de l’empoisonnement de son épouse. Le défilé des témoins révèle toute la complexité des rapports du couple et l’étrange caractère du professeur. Mais aucun élément de preuve d’un meurtre ne semble pouvoir être mis en évidence.

Avec finesse et un grand sens du suspense, Thomas Cook profite des journées d’audience du procès, des interrogatoires et contre-interrogatoires des témoins, entremêlées aux souvenirs de l’accusé pour disséquer et révéler, les ambiguïtés,  les soupçons, les déceptions et les secrets, mais également l’attachement, l’amour, les sacrifices et les complicités à l’œuvre dans l’intimité d’un couple.  Et nous partageons la douleur et la mélancolie ressentie lors de leur dissection et de leur exploitation par un procureur et un avocat sous les yeux d’une petite communauté.

Frédéric et Sarah

Philip Kerr

Prague fatale

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Philippe Bonnet

Le Masque

406 pages, 22 €

9782702438480

 

Bernie est en poste à Berlin en septembre 1941, du retour du front de l’Est, suicidaire après son implication dans les exécutions massives perpétrées par l’armée allemande. Un meurtre commis sur un travailleur originaire des Pays-Bas, puis la mort d’un homme coupable d’une agression sur une hôtesse de cabaret, vont solliciter son talent, avant que Heydrich ne le convoque à Prague pour assurer sa sécurité.

Pour l’honnête, désabusé et suicidaire Bernie, retrouver un assassin, dû-t-il être celui d’un tueur, tout en étant placé sous la coupe de meurtriers de masse, est le dernier refuge de fierté et de respect qu’il peut avoir pour lui-même. L’ambiance de soupçons, de cruauté, de mesquinerie, d’ambition, régnant au cœur de l’état-major nazi, le courage, la volonté, le sacrifice de la Résistance tchèque sont fort bien retranscrits, alors que la noirceur et le réalisme des situations et des personnages évoqués semblent nous envelopper et nous figer.

Frédéric

Arnaldur Indridason

Le Duel

Traduit de l’islandais par Eric Boury

Métaillié, coll. « Noir »

309 pages, 19,50 €

9782864249450

 

Reykjavik, 1972, alors que la ville se remplit de touristes et d’officiels russes et américains venus assister au championnat du monde d’échecs opposant le fantasque Fischer et Spasski, un jeune homme est poignardé dans un cinéma de la ville. Le magnétophone qu’il emportait à chaque séance de cinéma a disparu. Quel secret aurait-il pu enregistrer ?

C’est avec plaisir et émotion que nous rencontrons la commissaire Marion Briem, celle qui fut le mentor du familier et attachant Erlendur Sveinson, pour une enquête menée dans une ville et une société en pleine mutation et dans l’atmosphère de soupçons propre à la Guerre froide.

Frédéric

Bruce Holbert

Animaux solitaires

Traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias

Gallmeister, coll. « Noire »

324 pages, 23,60

9782351780671

 

En 1932, Russell Strawl est sorti de sa retraite ennuyeuse pour découvrir le meurtrier qui a tué et mutilé plusieurs Indiens dans les régions encore sauvages de l’Ouest américain. Connu pour sa violence que l’on pourrait souhaiter apaisée avec l’âge, accompagné de son fils adoptif, il entame la recherche du coupable en allant visiter, dans les vallées reculées ou des hameaux perdus, chacun des suspects.

Dans une Amérique encore profondément rurale, marquée par la Crise de 1929, connaissant le début des grands travaux déclenchés par Roosevelt, aux divertissements, courses de chevaux et jeux de cartes, marqués par l’affrontement et la violence des concurrents, cette recherche d’un coupable est bien loin d’être une opération de justice, mais bien davantage une occasion, pour chacun des protagonistes, de laisser libre cours à ses penchants morbides, d’espérer une reconnaissance politique, ou de s’assurer une notoriété ou une aura locale. La bonhomie de certains dialogues et la cocasserie de quelques scènes, ne trompent pas, l’ambiance de ce roman noir est crépusculaire.

Frédéric

Olen Steinhauer

L’Etau

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Samuel Sfez

Liana Levi

443 pages, 21 €

9782867466632

 

A la veille des Jeux Olympiques de Pékin, les services secrets chinois sont en alerte : des agents américains sont sur la piste de Xin Zhu, qui a détruit un de leurs services, et une taupe pourrait faire partie des plus hautes instances politiques.

On retrouve Milo Weaver et la famille qu’il tente de préserver des menaces ou des représailles, dans une intrigue mêlant avec bonheur et rigueur, les subterfuges, trahisons, double et triple jeux, rideaux de fumées, désinformations, coups fourrés et intimidations des agences de renseignements américaine, chinoise, allemande et onusienne. Pas plus compréhensible dans tous ces détails que John Le Carré, mais tout aussi passionnant, Steinhauser nous plonge dans le monde trouble de l’espionnage sans négliger les relations familiales et amicales du héros.

Frédéric

Sam Reaves

Homicide 69

Traduit de l’anglais par Marie-France de Paloméra

Calmann-Lévy, Robert Pépin présente …

548 pages, 22,90 €

9782702144367

 

Chicago, 1969, l’inspecteur Dooley de la Brigade des Homicides est appelé sur les lieux de la découverte d’un cadavre de femme, au bord du fleuve, dans une zone d’entrepôts à l’abandon. Les premiers éléments de l’enquête et l’identité de la victime, liée à la pègre, laissent redouter que cette mort, et les tortures qui l’ont précédée, ont servi à découvrir un secret bien protégé…

Ce roman, très bien structuré autour d’une enquête mêlant flics honnêtes et obstinés, balances protégées, ripoux malfaisants, indicateurs méfiants, tueurs psychopathes et agents arrogants du FBI, sait s’attarder également sur les difficultés personnelles de Dooley, son fils aîné au Vietnam, l’émancipation incomprise de sa fille, les ressentiments de son fils adolescent, la tristesse de son épouse, mais également évoquer les évènements qui ont jalonné l’époque, alunissage, meurtres perpétrés par Manson, conséquences des émeutes raciales, manifestations hostiles à la guerre du Vietnam … et ont transformé 69 en année électrique.

Frédéric

Craig Russell

Un long et noir sommeil

Traduit de l’anglais par Aurélie Tronchet

Calmann-Lévy, Robert Pépin présente…

321 pages, 20,90 €

9782702144435

 

Glasgow, 1955, un corps est remonté du fond vaseux de la Clyde. Il pourrait être celui d’un caïd d’avant-guerre, responsable d’un braquage spectaculaire, et Lennox va être chargé par les filles du gangster de faire la lumière sur cette identité et sur la disparition de leur père. Simultanément, il est chargé de faire cesser un chantage menaçant un acteur hollywoodien homosexuel.

On retrouve Lennox et les seconds rôles qui l’accompagnent pour cette troisième enquête avec grand plaisir. Il n’apprécie toujours pas ce qu’il devenu depuis la Guerre : trop violent, cédant trop aisément aux femmes faciles, acceptant facilement l’argent qu’il n’estime pas mérité. Mais nous supportons facilement ces défauts grâce à son humour et car son désenchantement et son cynisme n’ont pas encore étouffé quelques accès de noblesse et d’espoir.

Frédéric

James Carlos Blake

Red Grass River

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuel Paillet

Rivages, coll. « Thriller »

414 pages, 23,50

9782743623531

 

Entre 1911 et 1924, en Floride, à l’abri dans les marais des Everglades, le gang Ashley va faire fructifier son commerce d’alcool clandestin à destination de Miami. Il va devoir affronter le shérif local, très actif au moment des élections, et la pègre organisée venue de Chicago.

Ce roman très dynamique est une saga familiale aux allures d’épopée nourrie des légendes et des fantasmes transmis par les racontars locaux, imprégnée des dangers et des beautés du bayou, violente, sensuelle, pleine d’aventures, de braquages et de coups de main, mais également la description d’un monde naturel et sauvage qui se rétrécit, soumis à une extension urbaine anarchique, pour laisser place à des bâtiments accueillant des comptables, des promoteurs et des banquiers protégés par des vigiles.

Frédéric

Roger Allan Skipper

Le Baptême de Billy Bean

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yoann Gentric

Actes Sud, coll « actes noirs »

329 pages, 22,50 €

9782330005733

 

Pensant que ce dont il a été témoin pourrait avoir été un meurtre, mais peu crédible devant les autorités locales, Lane, va tenter de mener seul l’enquête. Dérangeant un réseau de trafiquants de drogue qui désire s’établir dans ce coin tranquille des Appalaches, il va rapidement en devenir la cible.

Cette intrigue est le prétexte à l’attachant portrait d’une communauté rurale dont les dialogues sont remplis d’un humour bourru ou féroce, dissimulant une amitié ou une rancœur qu’il serait inconvenant d’exprimer. Lane, sous la pression des évènements qui mettent en danger sa famille et sa communauté, va briser ces barrières et abandonner le personnage hautain, flegmatique et indifférent qu’il croyait bon de représenter.

Frédéric

Eugene S. Robinson

Paternostra

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard

Inculte, coll. « fiction »

299 pages, 22 €

9782916940694

 

Jake vivote difficilement dans New-York, rêvant d’offrir à Easy, son amie, une vie plus confortable, sinon luxueuse. Il tente un gros coup, le réussit et doit alors négocier avec des receleurs une importante quantité de diamants. Et le bluff et la conviction ne seront pas les seuls instruments de négociation : il faudra leur adjoindre le 0.38, la batte de base-ball cloutée et le broyeur.

C’est une réjouissante galerie de méchants, brutaux et déterminés, à défaut d’être malins, professionnels des affaires louches, exploitant toutes les combines pour rentrer dans leurs mises, toujours prêts à arnaquer l’autre mais aussi sachant ne pas céder à l’impulsion fatale pour ne pas nuire aux affaires à venir. Sans répit, bourré d’adrénaline et de scènes propres à inspirer Tarentino ou Tony Scott.

Frédéric

Ake Edwardson

Le Ciel se trouve sur terre

Traduit du suédois par Marie-Hélène Archambeaud

JC Lattès

428 pages, 20,90 €

9782709636827

 

Une nouvelle enquête du commissaire Erik Winter, travaillant sur d’étranges enlèvements d’enfants, brefs et sans violence, à proximité de leur crèche et sur des agressions de jeunes gens dans le centre ville de Göteborg. Les recherches sont rendues délicates par la difficile interprétation du témoignage des enfants et par le silence des victimes.

Plongée amère et sombre dans les violences, familiales ou causées par des proches, à l’origine de traumatismes perpétuant ce cycle, mais aussi dans les angoisses ressenties pour ses enfants et dans les mésententes causées par l’incompréhension, les silences ou l’indifférence.

Frédéric

Trevanian

Incident à Twenty-Mile

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Mailhos

Gallmeister

350 pages, 23,90

9782351780480

 

En 1898, arrive dans la petite bourgade minière et isolée de Twenty-Mile un jeune étranger dont l’ardeur au travail, la gentillesse et le bon sens diplomatique sont séduire les habitants. Mais, peu après, surgissent trois tueurs d’une extrême cruauté, qui vont mettre le bourg sous leur coupe en attendant la venue du train de la mine et son butin.

Servie par des dialogues brillants, qu’ils soient chargés d’humour, d’ironie, de tendresse, de nostalgie ou de cruauté, cette intrigue de western présente des personnages archétypaux, dont les caractères et les faiblesses vont rapidement être révélés sous l’autorité froide et la manipulation retorse d’un psychopathe aux obsessions xénophobes et puritaines.

Frédéric

Ken Bruen

Calibre

Traduit de l’anglais (Irlande) par Daniel Lemoine

Gallimard, coll « Série Noire »

219 pages, 17 €

9782070786985

 

Retour de la série R&B, des inspecteurs Roberts et Brant, pour une aventure dans laquelle un tueur en série sévit dans Londres, voulant en faire disparaître les malpolis, les agressifs et les grossiers. Et ce n’est pas ce genre de personnage qui manque dans le commissariat des deux inspecteurs.

Cette série, hommage à la saga du 87e District d’Ed McBain, présente une galerie d’inspecteurs et de policiers violents, manipulateurs, manipulés, lâches, désunis et peu efficaces. Et comme toujours, Ken Bruen écrit des dialogues d’une sécheresse absolue, des intrigues sans espoir, conséquences de la fascination de ses héros pour les maîtres du roman noir.

Frédéric

Lawrence Block

Entre deux verres

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Etienne Menanteau

Calmann-Lévy, coll. "Robert Pépin présente…"

306 pages, 20,50 €

9782702141656

 

Matt Scudder, ancien flic devenu privé, retrouve Jack Ellery, ancien truand, lors d’une réunion d’Alcooliques Anonymes. Jack atteint l’étape lors de laquelle il doit tenter de réparer les torts qu’aurait pu causer son alcoolisme dans le passé. Lorsqu’il est retrouvé assassiné, tout laisse à penser qu’un ancien complice aurait pris ombrage de cette tentative de repentance.

Emouvante intrigue psychologique, plongeant dans le passé des protagonistes, ravivant des plaies que l’on pensait refermées et remuant des souvenirs traumatisants, d’autant plus que Matt doit lutter durement pour rester sobre et que sa relation avec son amie Jan bat de l’aile.

Frédéric

Christian Garcin

Des femmes disparaissent

Verdier

184 Pages, 16 €

9782864326311

 

Zhu Wenguang, surnommé Zuo Luo ou encore Zorro, est un détective privé, consacrant son métier à tirer des griffes d’un mari violent, des jeunes femmes autrefois vendues par leur famille. Lors d’une enquête, un drame passé ressurgit et va le conduire à New-York chez un cousin restaurateur, puis au Japon, chez un yakusa vieillissant.

Nous découvrons dans l’ombre de cet inspecteur malicieux et sensible les immeubles des villes chinoises et leurs ambiances sonores, un conte traditionnel à la morale utile à la conduite de l’enquête, un bar où les bières sont servies par une Russe enjôleuse, et un restaurant à Chinatown dont les serveurs nourrissent un chien qui serait la réincarnation de Vieux-Fang, l’indicateur d’un malfrat. Ce livre décrivant une réalité âpre sait également nous emmener vers des scènes étranges ou de fantaisie, à la manière des films de Kitano dont les malfrats passent aisément du meurtre aux jeux enfantins.

Frédéric

Marcus Malte

Les Harmoniques

Gallimard, coll. « Série noire »

370 pages, 19 €

9782070127382

 

Mister, pianiste dans un club de jazz, ne peut se résoudre à accepter les conclusions hâtives de l’enquête sur le meurtre d’une de ses amies, Vera Nad, un « ange » passé trop rapidement dans sa vie. Il entraîne dans sa quête de vérité son acolyte Bob, chauffeur de taxi philosophe. L’improbable duo découvre peu à peu une affaire complexe et violente, où se mêlent politique et corruption et dont les ramifications s’étendent jusqu’aux Balkans.

Il « pleut des rivières » sur cette superbe ballade, hommage aux êtres aimés dont les voix ne s’éteignent jamais. À lire en écoutant Jerry Mulligan, Chet Baker, John Coltrane et la voix déchirante de Billie Holiday…

Sarah

Aline Kiner

Le Jeu du pendu

Liana Levi

228 pages, 16 €

9782867465598

 

Sitôt arrivé au SRPJ de Metz, où il a été muté par mesure de sanction, le commandant Simon Dreemer enquête, avec l’aide du lieutenant Jeanne Modover, une enfant du pays, sur le meurtre d’une jeune fille, retrouvée morte dans l’une des nombreuses crevasses de la région, creusées par l’effondrement des mines de fer désertées. Ils vont tous deux se trouver confrontés aux vieilles haines dues à la guerre et au passé trouble du village de Varange.

Étayé de solides références historiques, ce premier roman d’Aline Kiner, de formation scientifique et fille de mineur, nous plonge dans l’atmosphère délétère d’une région sinistrée, la Lorraine. Un premier roman très réussi entièrement placé sous le signe de la faille — failles géologiques, failles de l’Histoire ou failles psychologiques des personnages.

Sarah

Michael Z. Lewin

Les chiens sont mes amis

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Frank Reichert

Outside

245 pages, 19,90 €

9782753806498

 

Jan Moro n’est pas un sans-abri : il est auto-entrepreneur sans attache afin de ne rater aucune des affaires pouvant se présenter. Et lorsqu’il découvre qu’il pourrait être indicateur de police à temps perdu, tout en proposant à un gros truand de la ville le financement de son projet de cagoule étanche pour fumeurs, son optimisme et sa naïveté, toujours intacts malgré une enfance tragique et ses années de prison, le propulsent dans un bel imbroglio …

L’intrigue n’est que prétexte à aligner des dialogues, des plaisanteries de bistrot et des situations tragi-comiques tout à fait dignes des romans de Donald Westlake, qui font tout le charme de ce livre.

Frédéric

Arturo Buongiovanni

Repenti

traduit de l’italien par Patrick Vighetti

La fosse aux ours

296 pages, 19 €

9782357070141

 

Fernandino est un tueur de la mafia napolitaine. Arrêté, il est confronté à un jeune juge et un vieil inspecteur de police. Sa jeune femme accouche de leur deuxième enfant. La tentation de devenir un repenti, de collaborer avec la justice, s’insinue en lui.

Parce qu’inspiré de faits réels, ce roman d’une grande tension, propose un suspens très humain. Pas de scenario machiavélique, pas de tueur d’une intelligence stupéfiante, mais des hommes et des femmes, que nous pourrions être sous d’autres cieux, en prise avec leurs consciences, leurs amours, leurs fatigues et leurs peurs. Un parfait complément à Gomorra, le récit de Roberto Saviano.

Frédéric

Boston Teran

Le Credo de la violence

traduit de l’américain par Frank Reichert

Le Masque

276 pages, 19 €

9782702434567

 

Texas, 1910, Rawbone, hors-la-loi endurci, se trouve contraint par les fédéraux américains, pour obtenir une immunité, à livrer une cargaison clandestine d’armes au Mexique. Il sera supervisé lors de cette mission par l’agent John Lourdes, le fils qu’il a abandonné dans son enfance. C’est alors un périple dangereux, au volant d’un camion, qui commence.

Dialogues acérés, tensions, trahisons, corruption et violence jalonnent les retrouvailles d’un père et de son fils dans un pays proche de la Révolution et à la merci des déstabilisations manigancées par des compagnies pétrolières ou de sécurité.

Frédéric