Essai / Document

Ariane Chemin

 

Mariage en douce. Gary et Seberg

 

Éditions des Équateurs

 

155 pages, 15 €

 

9782849904510

 

 

 

Ariane Chemin remonte le temps, retrouve le seul témoin encore vivant de ce qui aurait été à l’époque un événement people. Pas de paparazzi ce 16 octobre 1963 à Sarrola (Corse du Sud), tout s’est fait dans le plus grand secret, la plus grande intimité… L’union de l’égérie de Godard – cette si fragile personnalité, discrète – et de cet écrivain diplomate. Mais quoi d’étonnant à ce que ce mariage ait été organisé par un maître incontesté du renseignement militaire sous De Gaulle lorsque l’on connaît la personnalité de Romain Gary ? Un témoignage émouvant.

Marie-Hélène

 

Jake Adelstein

Tokyo Vice

Traduit de l’anglais (Etas-Unis) par Cyril Gay

Marchialy

475 pages, 21 €

9791095582007

 

Jake Adelstein est embauché dans un grand quotidien japonais après avoir achevé ses études au Japon. Jeune embauché, et ne maîtrisant pas toujours la langue et les usages et subtilités des codes sociaux, il va néanmoins plongé avec enthousiasme dans sa quête de scoops pour la rubrique des faits divers. Déterminé et s’améliorant grâce aux conseils reçus et à l’expérience acquise, il va enquêter sur un monde de plus en plus glauque et violent, celui des quartiers dévolus au sexe tarifé, et  découvrir la l’indifférence aux victimes et la complaisance des autorités politiques et judiciaires, la corruption et l’influence économique démesurée du monde criminel, déclenchant alors les intimidations des yakusas lorsque ses révélations menacent leur pouvoir.

Cette première publication des éditions Marchialy comporte nombre de passages saisissants et horrifiques, crus et nécessaires, et n’épargne donc pas la société japonaise : il y a bien sûr la violence de la pègre et du monde de la nuit mais également celle de la société civile évoquée par le journaliste débutant : humiliations au travail, solitude des adultes, suicide des adolescents. Heureusement, l’auteur a su tisser des liens d’amitié, de confiance, d’empathie aussi bien avec un inspecteur, une journaliste, un yakusa ou une call-girl et les restitue chaleureusement.

Frédéric

Arnhild Lauveng

Demain j’étais folle : un voyage en schizophrénie

Traduit du norvégien par Alex Fouillet

Autrement

224 pages,  17 €

9782746735606

 

L’auteur est psychologue et traite ici de schizophrénie. Ce récit est écrit à la première personne. Or, c’est bien un cas clinique qui est exposé avec la présentation déconcertante des symptômes, du ressenti, du vécu, des différents stades et états, de l’évolution et… du pronostic. Ce « je » est celui de l’auteur. Arnhild Lauveng se décrit de l’intérieur : ayant souffert de ce trouble, elle fut pendant de longues années une « cliente » des hôpitaux psychiatriques et des méthodes plus ou moins compréhensives, ouvertes, invasives. Elle pose également son regard de praticien, alors doublement enrichi – ses connaissances et son expérience intime. Cet ouvrage pourrait être source d’espoir, s’agissant de guérison.

Marie-Hélène

Jean Adès (Pr)

Le Péché et la Folie. Psychopathologie des sept péchés capitaux

Odile Jacob

224 pages,  23,90 €

9782738130662

 

Partant des sept péchés capitaux, l’auteur en éloigne la notion chrétienne qui ne trouve plus écho dans la société contemporaine : il reprend le terme de passions. Les passions ont depuis longtemps été décrites et associées à la folie – au sens de souffrance psychique. Ne peut-on voir dans certains troubles l’expression de la gourmandise, la paresse, la luxure, l’orgueil, l’avarice, l’envie, la colère ? En actualisant ces termes, passés ou par trop vulgarisés, à quelles souffrances serait-il possible de les rattacher ? troubles alimentaires, dépression, addiction sexuelle, troubles de la personnalité, narcissisme, paranoïa… La liste se décline plutôt en pistes de recherche, d’analyse et de compréhension des pathologies mentales.

Marie-Hélène

Philippe Labro

« On a tiré sur le Président »

Gallimard

250 pages, 20

9782070141548

 

L’auteur, qui se trouvait aux Etats-Unis le 22 novembre 1963 à l’occasion d’un reportage dans une université de la Côte Est,  nous livre un témoignage très personnel et plein de détails sur l’ambiance, le désarroi, l’abattement qui suivirent l’assassinat de JFK. Rapidement présent au siège de la police de Dallas, il aura même l’occasion d’y croiser Jack Ruby, l’assassin d’Oswald, le jour avant qu’il ne l’abatte. Spécialiste de la question américaine, il aura l’opportunité de souvent revenir aux Etats-Unis et de converser avec des journalistes, des universitaires ou des affabulateurs tentant de prouver l’existence d’un complot et d’une conspiration. N’ayant jamais été convaincu, il est resté persuadé que Lee Oswald est un meurtrier isolé.  Il dresse un portrait de Kennedy tout en contrastes, jouisseur mais obsédé par la mort et perclus de douleur, abattu et humilié après sa première rencontre avec Khrouchtchev avant de remporter la mise lors de la crise des missiles à Cuba.

Frédéric

Francis Eustache / Béatrice Desgranges

Les Chemins de la mémoire

Le Pommier, coll. « [Poche – Le Pommier !] »

528 pages, 11 €

9782746506121

 

Synthèse des connaissances actuelles sur cette fonction mentale qu’est la mémoire. Les auteurs présentent l’évolution de la définition de la mémoire et de ses processus – déjà connus dans l’Antiquité et abordés par différentes disciplines depuis – à travers l’étude des maladies qui y sont liées (syndromes amnésiques, démences, dont la maladie d’Alzheimer). De là, l’imagerie cérébrale et les tentatives de localisation des aires cérébrales, les pistes explorées pour une prise en charge des patients, l’étude du fonctionnement des systèmes de mémoire en fonction du vieillissement de l’individu…

Marie-Hélène

Marie de Hennezel, Édouard de Hennezel

Qu’allons-nous faire de vous ?

Carnets nord

368 pages, 20 €

9782355360497

 

L’auteur de La Mort intime signe ici avec son fils une nouvelle réflexion autour du vieillissement. Leur propos s’articule comme un dialogue entre deux générations : celle des « quadras » et celle des « seniors », celle du fils et celle de la mère. Dans une première partie, la génération des 35-45 ans prend la parole : recueil de témoignages brefs où chaque personne est invitée par Édouard de Hennezel à imaginer la vieillesse de ses propres parents, à se projeter dans un avenir incertain et peu amène : que ferait-elle si ceux-ci devenaient dépendants ? Ces résumés font ensuite l’objet d’une réaction de Marie de Hennezel : son analyse personnelle mais également la lecture de la génération des plus de 60 ans, éclairées d’exemples, d’expériences et de références. Dans cette deuxième partie, l’empathie naturelle de l’auteur est présente : elle revient sur les thèmes de la vulnérabilité, de la dignité, de l’approche de la mort – comment accepter, faire face, bien vieillir sans peser sur ses enfants ? –, mais évoque aussi la loi Léonetti de 2005 sur les droits des malades et la fin de vie. Refusant la thèse simpliste d’un conflit entre générations, tous deux proposent d’aborder l’aspect éthique du sujet en le confrontant au contexte sociopolitique.

Marie-Hélène

Collectif

Indépendances Cha-cha

Magellan/Courrier International/Apic/Eburnie/Ifrikya, coll. « Miniatures »

210 pages, 15 €

9782350741802

 

Plusieurs auteurs, issus d’une quinzaine de pays d’Afrique de l’Ouest ou Centrale, répondent aux mêmes questions, sur les souvenirs et l’influence dans leur écriture de l’Indépendance, sur l’utilisation de la langue française, celle de l’ancien colonisateur, et sur les espoirs placés dans la littérature africaine.

La variété des auteurs, de leurs pays d’origine, de leurs âges, de leurs expériences permettent d’entendre des réponses variées, nuancées, surprenantes et donc, enrichissantes et stimulantes. Mais ils sont réunis par l’amour porté aux livres, aux phrases, aux mots et par le fort désir de transmission à des lecteurs, dans un circuit du livre et la Culture souvent compliqué en Afrique.

Frédéric

Collectif

Maternités traumatiques

PUF, coll. « Petite bibliothèque de psychanalyse »

128 pages, 13 €

9782130581116

 

Reprenant les grandes théories de Freud, Lacan, Rank, les auteurs font part de leurs observations et analyses en tant que thérapeutes en néo-natalité mais du point de vue de la mère et non du nourrisson. Car c’est acquis désormais : on connaît la souffrance de l’enfant ayant subi le traumatisme – fantasmé (naissance elle-même) ou réel (forceps, césarienne, avortement… tout événement dans ce contexte de vulnérabilité qu’est la grossesse) – de la naissance ; de même que l’on sait l’importance des échanges pour son développement futur. Mais qu’en est-il du ressenti maternel ? Une femme dont la grossesse est perturbée, dont l’accouchement est provoqué, avancé, dont le bébé naît mort ou si peu vivant, peut-elle se sentir mère ? Si, comme le disait Winnicott, le bébé ne devient une personne qu’à partir du moment où il est pensé, appréhendé comme sujet séparé, par l’autre – la mère notamment –, comment une femme qui ne se vit pas mère peut-elle accéder à cette représentation ? Comment peut-elle investir, « construire » son enfant si l’angoisse, la négation la dominent ? Quel cadre maternel, holding, peut s’élaborer alors ?

Marie-Hélène

Michel Onfray

Le Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne

Grasset

621 pages, 22 €

9782246769316

 

Après avoir adhéré aux conceptions « sagement » acquises et les avoir transmises durant ses vingt années de professorat, Onfray se soumet à la « lecture de Freud en direct ». Il a TOUT lu de et sur Freud – tout ce qui est à la disposition du chercheur, des correspondances sont « protégées » et non encore publiques –, d’où ce traité d’« athée » freudisme qui « propose de réitérer le geste du Traité d’athéologie avec un matériau nommé psychanalyse ». Ça sent le soufre, le totem est renversé et les tabous méprisés : le philosophe veut démontrer, « c’est la thèse de ce livre, [que la psychanalyse] est une discipline vraie et juste tant qu’elle concerne Freud et personne d’autre. » Son postulat ? En homme austère, névrosé voire souffrant de pathologie, autoritaire et avide de reconnaissance, Freud aurait joué de mystification pour sa propre gloire (préméditée) et pour sa sauvegarde personnelle, imposant ses thèses sans foi ni loi alors qu’elles ne relèvent que de l’autobiographie existentielle – c’est-à-dire de la philosophie, mais il l’aurait nié avec violence, rejetant ses influences : Nietzsche, Schopenhauer… Tel un gourou, il aurait trompé et converti son monde, érigé sa « psychologie littéraire » en science. La psychanalyse devrait garder son rang de philosophie et s’écrire au conditionnel, le questionnement, le cheminement intellectuel qui en découlent seraient de l’ordre de l’intime, sans ouvrir la voie de la généralisation ; telle qu’elle est présentée, prônée universelle, elle s’apparente à une secte.

Marie-Hélène