Littérature Poche

 

Harold Cobert

 

La Mésange et l’Ogresse

 

Points

 

432 pages

 

9782757865378 

 

 

 

Harold Cobert revient ici sur l’affaire Fourniret. Il imagine ce qu’ont pu être les heures d’interrogatoire de Monique Fourniret jusqu’au 22 juin 2004, date à laquelle elle a fini par révéler certains aspects du comportement criminel de son mari. Et c’est bien dans sa tête que l’on se trouve, et dans celle du policier en charge de l’enquête. Présentation factuelle de certains des enlèvements, ces jeunes filles accostées par un « professeur et père de famille », ou un « mari conduisant sa femme à l’hôpital pour l’accouchement », suivie de la perception de Monique Fourniret, son rôle dans ceux-ci, puis le sentiment du policier… C’est l’histoire d’une rencontre entre deux êtres dominés par le mal, deux pervers, à se demander lequel l’est le plus. Un roman bien construit, qui ne sombre pas dans le voyeurisme et étudie finement la psychologie des personnages.

 

Marie-Hélène

 

 

Serge Joncour 

Repose-toi sur moi 

 

J’ai lu 

 

430 pages 

 

9782290138113

 

 

 

C’est en apparence une bourgeoise… en tout cas Ariane vit dans la partie noble de l’immeuble. Styliste, elle est mariée à un homme d’affaires américain ; a deux enfants, une nurse, un bel appartement ; et a créé avec un associé sa propre maison de couture. Une citadine, une Parisienne, assurément. Elle se sent cependant menacée dans son existence : des corbeaux dans la cour de l’immeuble la narguent au quotidien, les affaires périclitent et elle pressent la catastrophe. Lui, Ludovic, est un ancien agriculteur, un exilé qui a fui sa campagne pour la ville, tâchant de mettre de côté ses souvenirs douloureux, la perte de sa compagne. C’est une force de la nature, il est recouvreur de dettes et vit dans la partie désertée. Leurs fenêtres se font face, mais ils ne se connaissent pas jusqu’à ce qu’ils se croisent pour de bon.

 

Marie-Hélène

 

Luca Di Fulvio

 

Le Gang des rêves

 

Traduit de l’italien par Elsa Damien

 

Pocket

 

720 pages

 

9782266272438

 

 

 

Cetta n’a que 15 ans et un bébé de six mois lorsqu’elle pose le pied sur le sol américain, la terre promise. Ce sont les années 1920, c’est New York, la ville par excellence, ses quartiers, sa population d’immigrés, ses gangs. Elle trouve vite un travail – prostituée dans une maison close dirigée par celui qui deviendra son homme. Et au quotidien, il faut lutter, maintenir en soi une rage de vivre. C’est ce qu’elle transmet à son fils. Fresque à rebondissements avec des personnages attachants.

 

Marie-Hélène

 

Olivier Bourdeaut

 

En attendant Bojangles

 

Folio

 

160 pages

 

9782070782369

 

 

 

La famille vit au rythme de cui semble une douce folie maternelle. La joie et le bonheur apparaissent comme les mots maîtres des habitants de la maisonnée. Mais la mère, figure emblématique, va parfois trop loin et père et fils vont tout faire pour tenter de maintenir ce semblant d’existence. De la fantaisie pour un sujet cependant grave, des personnages émouvants.

 

Marie-Hélène et Frédéric

 

James McBride

 

L’Oiseau du bon Dieu

 

Traduit de l’américain (États-Unis) par François Happe

 

Gallmeister, coll. « Totem »

 

448 pages

 

9782351785874 

 

 

Henry est un jeune esclave noir orphelin de mère qui suit son père sans discuter, cireur de chaussures dans les bars. John Brown, un célèbre abolitionniste débarque en ville et, alors qu’il entre en confrontation avec un esclavagiste, le père de John est tué. Brown, chef illuminé, prend le jeune garçon pour une fille et le libère de sa condition, il le prend en charge et l’emmène avec lui dans sa lutte armée. Usant de ce nouveau rôle, il va alors vivre des aventures incroyables, s’en démarquant à chaque fois avec une audace insoupçonnée. Épopée à l’humour décapant.

 

Marie-Hélène et Frédéric

 

David Carkeet

 

Une putain de catastrophe

 

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin

 

Points

 

414 pages

 

9782757862681

 

 

Jeremy Cook, linguiste au chômage depuis la fermeture de l’Institut dans lequel il menait des études sur le langage des jeunes enfants, se voit proposer de travailler pour une agence dont la mission est de sauver les couples en crise. Il est délégué chez les Wilson qui souhaitent éviter la séparation.

 

Comédie réussie dans laquelle des hommes incapables de vivre longtemps à deux sont chargés de, non seulement de comprendre les mécanismes des conflits à l’intérieur du couple et de la famille, mais également de proposer des solutions. Impossible de ne pas penser à des situations vues ou vécues, et de ne pas en  rire.

 

Frédéric

Ian McEwan

L’Intérêt de l’enfant

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par France Camus-Pichon

Gallimard, « Folio »

240 pages, 8,20 €

9782072714580

 

Fiona est une juge spécialisée en droit de la famille et elle se passionne pour son métier et pour les cas qu’elle suit au point de délaisser son mari et sa vie personnelle. Sans compter qu’une nouvelle affaire va l’accaparer : un jeune homme de 17 ans atteint de leucémie doit subir une transfusion sanguine qui pourrait le sauver mais lui-même et ses parents sont croyants et leur religion interdit l’acte. La médecine se tourne vers la justice pour faire valoir l’intérêt de celui qui reste un enfant. Après avoir entendu les deux parties elle décide, fait rare, de rencontrer le jeune homme. 

  Marie-Hélène 

Marie-Sabine Roger

Trente-Six Chandelles

Actes Sud, coll. « Babel»

224 pages, 7,80 €

9782330072841

 

Mortimer Decime porte bien son nom, qui se transmet ainsi qu’une particularité de génération en génération. Il devrait fêter, ce 15 février, ses 36 ans. Seul chez lui, il met son plus beau costume, s’accorde une fantaisie, il récapitule : emploi quitté, voiture vendue et congé donné pour son appartement… Il s’apprête à passer le cap. Son amie Jasmine surgit et s’attarde. Le 16 advient : la malédiction ne s’est pas abattue sur lui. De tous ses ascendants mâles, il est le seul à ne pas mourir le jour de ses 36 ans ! Que faire d’une vie qui se devait d’être courte, quels projets de vie ? Avec l’aide de Jasmine et Nassardine, il va tâcher d’apprendre à vivre. Un roman plaisant, drôle.

Marie-Hélène

Alain Mabanckou

Petit Piment

Points

232 pages,  6,90 €

9782757861882

 

Petit Piment est l’un des orphelins de Pointe-Noire qui est accueilli dans une institution catholique régie par l’implacable Dieudonné Ngoulmoumako. Mais la révolution socialiste survient, le régime change, l’autorité se fait plus dure encore. Petit Piment s’évade avec des jumeaux plutôt débrouillards et brutaux, abandonnant son meilleur ami. Ils montent un clan et vivent de leurs méfaits. Un « nettoyage » est effectué par les habitants poussant Petit Piment à se réfugier auprès de Maman Fiat 500 et ses filles jusqu’à ce que le maire organise une nouvelle vague de répression envers les prostituées cette fois-ci. Petit Piment sombre, mais sa maladie mentale ne lui fait pas perdre de vue son idée de vengeance.

Marie-Hélène et Frédéric

François Vallejo

Fleur et Sang

Points

323 pages, 7,70 €

9782757854815

 

Deux temps, deux époques, deux trajectoires mises en parallèle, un même patronyme. xviie siècle, Urbain Delatour, de caractère docile, se prête aux attentes paternelles, délaisse sa fascination pour la flore et suit les pas du père. Il devient chirurgien apothicaire, assistant d’abord son père ; lequel s’est engagé dans une lutte contre le seigneur de Montchevreuil et sa fille Isabelle, gagnant à sa cause les petites gens. Urbain de son côté tombe sous le charme de cette amazone volontaire et subit ce qui somme toute s’apparente aux pièges de l’amour.

xxie siècle, Étienne Delatour est un chirurgien en cardiologie hors pair. Un brillant avenir lui est promis malgré les « crises » d’émotion qui le prennent lors des interventions. Une ancienne conquête, Irène, facilite son admission dans le service de son père à Paris. Il devient chef de service rapidement, et la médisance le gagne vite aussi : honoraires abusifs, surmortalité… Il doit faire face à Irène dont le jeu est loin d’être clair.

Deux destinées dramatiques où apparaissent en filigrane des liens entre les protagonistes.

Marie-Hélène

Iain Levison

Ils savent tout de nous

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Fanchita Gonzalez Batlle

Liana Levi, Piccolo

269 pages, 10

9782867468858

 

Snowe, un modeste flic, constate que depuis quelques temps, il devine les pensées de ses interlocuteurs, mais  si cette faculté l’aide dans son métier lors d’investigations et d’interrogatoires, il n’a pas encore réussi à l’utiliser pour conforter sa vie triste vie personnelle. Dans une prison, un condamné à mort ayant cette même faculté est approché par la représentante d’un organisme d’état, lui promettant sa libération contre un service à rendre.

Dans cette intrigue plaisante et animée, Levison dénonce l’illusion de l’efficacité des méthodes de surveillance et l’impasse dans laquelle nous place la connaissance intime de chacun. Malgré une  apparente efficience, cette surveillance sur écran peut être déjouée par des leurres particulièrement simples, déconnecte de toute réalité humaine et psychologique et pousse alors à un espionnage sans discernement. Quant à tout savoir de nos contemporains et de leurs pensées, cela paralyse  la décision et trouble le jeu social ou favorise l’arnaque.

Frédéric

Pascal Garnier

Les Hauts du bas

Zulma

192 pages,  9,95 €

9782843047800

 

L’on pourrait l’appeler « tonton Daniel » tant il est infect avec son entourage. À marmonner sans cesse, se plaindre de tout. Est-ce vraiment une attaque qui lui a forgé ce fichu caractère ? Retraité, aisé, retiré, l’attaque qui lui a coûté un bras le pousse à employer une aide médicale, Thérèse, plus toute jeune, pas de toute beauté mais bien serviable et docile. Toujours égale à elle-même, elle en a vu d’autres, des plus coriaces. La place lui est d’autant plus facile. Le jour d’un pique-nique, jour anniversaire de Thérèse, leur relation va pourtant se modifier, se faisant plus complice, étroite voire sentimentale. Mais débarque un fils inconnu qui meurt tragiquement dans un accident. Tous deux partent pour la Suisse… Un jeu de rôle se met en place.

Marie-Hélène

Isabelle Monnin/Alex Beaupain

Les Gens dans l’enveloppe

Le Livre de poche

408 pages, 8,90 €

9782253067887

 

En 2012, Isabelle Monnin a acheté un lot de vieilles photographies dont elle ne sait rien hormis leur appartenance à une même famille. À partir de ces vues, elle va tisser les trajectoires des personnes qui s’y trouvent. Elle invente la vie de ces gens – le roman – et décide qu’ensuite elle partira à leur recherche – le journal de bord de l’enquête. Son ami Alex Beaupain, découvrant ces images propose d’en faire des chansons – les paroles et le disque. Une idée surprenante et très bien menée, le roman est touchant, l’enquête intéressante.

Marie-Hélène et Frédéric

Sorj Chalandon

Profession du père

Le Livre de poche

281 pages, 7,60 €

9782253066255

 

Au tout début des années 60, un père mythomane et violent, fascine et terrorise son fils, construisant un monde inquiétant, mais parfois attirant, de services secrets, d’espions américains, de menaces d’attentats à venir, de représailles possibles, sous les yeux d’une épouse et mère soumise et inconsciente.

Dans le contexte, incompris par l’enfant, des derniers soubresauts de la guerre d’Algérie, la destruction d’une âme d’adolescent et la construction d’un imaginaire violent et contagieux dont nous sommes les témoins fascinés et épouvantés, sont évidemment transposables à notre époque tourmentée.

Frédéric

 

Marc Biancarelli

Orphelins de Dieu

Actes Sud, Babel

225 pages, 7,80 €

9782330065577

 

Dans la Corse du xixe siècle, Vénérande, jeune paysanne au cœur sec, se lie à L’Infernu, tueur à gages qu’elle charge de retrouver et tuer les bourreaux de son frère – ils lui ont tranché la langue et l’ont défiguré. Ceux-ci sont trois frères, les Santa Lucia, terrés, il faut les traquer. Vénérande est du voyage avec L’Infernu, elle laisse son frère seul. La traque qui se fait chasse à l’homme dans les montagnes corses est l’occasion de confidences voire de transmission de connaissances. La jeune fille à défaut de participer aux actes sanglants en est le témoin, l’instigatrice. Un lien fort les unit, au-delà d’une forme de complicité. Marc Biancarelli est l’auteur de Murtoriu (voir Coups de cœur).

Marie-Hélène et Frédéric

Julian Fellowes

Passé imparfait

Traduit de l’anglais par Jean Szlamowicz

10|18

643 pages, 9,60 €

9782264065018

 

Le narrateur, un écrivain quinquagénaire installé dans une certaine routine, reçoit une lettre inattendue et non espérée. Celle de Damian Baxter. Ils ne se sont pas vus depuis plus de quarante ans, juste après une année où étudiants à Cambridge ils semblaient inséparables. L’année de la Saison, traditionnelle période où les gens bien nés font leur entrée dans le monde, le leur, celui des ors et des faux-semblants, de l’aristocratie rimant avec hypocrisie. Ces bien nés qui pour les uns s’introduisent et pour les unes cherchent leur futur. Or les deux ne vont pas forcément ensemble. Ils ne se sont pas vus mais surtout ils ont coupé sciemment tout contact, animés de rancœur et de jalousie. Une brouille sévère les a séparés. Alors pourquoi Damian invite-t-il son « ennemi » ; pourquoi celui-ci cède-t-il à cette requête et quels seront les enjeux ? Une quête commence, une enquête qui convoque le passé, leurs années communes, 1968 en particulier dans cette Angleterre révolue où se sont tissés bien des secrets, bien des regrets et des désillusions.

Marie-Hélène

Olivier Bellamy

Dans la gueule du loup

Libretto

111 pages,  7,70 €

9782369142256

 

1936, alors que s’annonce une des purges staliniennes, Serge Prokofiev, alors installé à Paris où il est reconnu et apprécié, décide de retourner en URSS avec sa famille. Personnage plutôt fier, voire imbu, qui maîtrise son art et qui s’est persuadé que son art le distinguera, qu’il n’aura rien à redouter. L’artiste devra cependant faire des concessions, même s’il parvient à écrire et composer Pierre et le Loup qui passe pour un conte musical pour enfants… loin de la réalité. L’homme devra également se plier aux exigences, son épouse, une femme libre, en paiera le prix. Le récit romancé, imaginé, de la trajectoire de celui qui s’est jeté dans la gueule du loup.

 Marie-Hélène et Frédéric

Régine Detambel

Son corps extrême

Actes sud

146 pages, 6,80 €

9782330058777

 

Alice, presque cinquantenaire, n’aime pas sa vie et rêvait de pouvoir l’effacer, et tout reprendre sur une page vierge. Une aurore étoilée, biche, travaux, glissade, freins défectueux, poteau… Le psychologue qui la suivra la fera réfléchir sur l’éventualité d’un accident « volontaire ». Alice cependant comprend que l’« on ne s’éveille pas vierge d’un coma » ; grièvement blessée, elle est dépossédée de son corps en reconstruction et expérimente, décortique chaque sensation médicalement assistée. Tout acte médical devient matière à penser ; deux années de suivi, de soins dans un décor qui ne l’engagent en rien à vouloir poursuivre. Seule la rencontre avec un autre patient l’aidera à se relever, à se libérer.

Marie-Hélène

Antoine Laurain

La Femme au carnet rouge

J’ai lu

222 pages, 6,90 €

9782290104637

 

Une agression nocturne. Un sac à main dérobé puis délaissé sur un conteneur, retrouvé au matin par Laurent, libraire de son état. Que faire ? le laisser sur place et qu’il finisse sur un tas d’ordures, le porter à la police ? Il est attirant ce sac et ce qui s’y trouve attise la curiosité, l’imagination : un porte-clés, un parfum, un carnet rouge aux lignes intimes, une photo, mais pas de papiers d’identité, de noms… Laurent, à partir des quelques éléments dont il dispose s’engage dans la recherche de sa propriétaire. Parallèlement, celle-ci, Laure, est hospitalisée, suite à l’agression. Sans le vouloir il se trouve impliqué étroitement dans la vie de la jeune femme. Et si la situation s’inversait ? si Laure se mettait en quête de Laurent ? Une sympathique romance écrite dans un style épuré sur fond de suspense.

Marie-Hélène

Nickolas Butler

Retour à Little Wing

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mireille Vignol

Points

375 pages, 7,95 €

9782757849194

 

Un mariage est l’occasion de réunir quatre amis d’enfance, à présent trentenaires. Chacun a suivi une voie propre, Lee est célèbre – chanteur adulé –, Hank gère tant bien que mal la ferme, Beth l’accompagne dans sa vie, Ronny est un « matador américain », Kip est un courtier enthousiaste. Cela signe pour certains leur retour à Little Wing – petite ville du Wisconsin –, les autres étant restés ou déjà revenus ; certains s’y sont établis voire imposés ; Little Wing les a vus grandir et rassemble tous leurs souvenirs, Little Wing ouvre la voie des confidences, des regrets, des révélations.

Marie-Hélène

Ayana Mathis

Les Douze Tribus d’Hattie

Traduit de l’anglais (États-Unis) par François Happe

Gallmeister, coll. "Totem"

361 pages, 10,50 €

9782351785553

 

1923, le Sud des États-Unis, la ségrégation qui y règne, l’espoir et la seule idée d’un avenir relèvent du rêve. Hattie n’a que seize ans mais déborde d’énergie et malgré la relative aisance de sa famille, elle aspire à quitter cette contrée. Elle épouse August et le couple s’installe en Georgie, la mère et les sœurs d’Hattie sont du voyage. Sa tribu se constitue au fil des ans, cinq fils, six filles, une petite-fille. Les parcours de chacun d’entre eux, la relation qui existe entre chaque enfant et la figure matriarcale, de prime abord si froide et distante se dévoilent, s’inscrivant dans l’histoire américaine. Premier roman de l’auteur.

Marie-Hélène

Valentine Goby

Kinderzimmer

Actes sud, coll. "Babel"

223 pages,  7,80€

9782330048631

 

Ravensbrück, 1944, plus de quarante mille femmes y sont regroupées, « parquées ». En son sein, une petite pièce non ou mal chauffée, tout aussi mal équipée que les autres. L’organisation y règne aussi, ses fins sont obscures : la kinderzimmer. C’est le lieu dévolu aux nourrissons. Mila est une déportée politique, elle a tâché d’apporter sa contribution à la résistance, codant des messages en partitions. Arrêtée avec sa sœur, elle apprend le langage du camp, ce mélange de tonalités et de mots issus de maintes populations, et les règles qui en émanent. Mila tait sa propre grossesse jusqu’à intégrer la kinderzimmer.

Marie-Hélène

Tim Gautreaux

Nos disparus

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville

Points

570 pages, 8,40 €

9782757854693

 

Sam Simoneaux débarque en France en novembre 1918 et ne connaît des combats de la Première Guerre mondiale que le désamorçage ou l’explosion des obus découverts intacts sur les champs de bataille. De retour à La Nouvelle-Orleans, il est responsable de la sécurité d’un grand magasin.  Sa vie bascule lorsqu’un enfant y est enlevé et que les parents et son responsable considèrent que sa négligence a permis la fuite des  kidnappeurs et de leur victime.

Ce roman, dont l’intrigue va ensuite se dérouler sur un bateau à aubes le long du Mississipi ou dans la campagne de la Louisiane, dissèque les différentes façons qu’ont, après la disparition des êtres chers, les survivants d’affronter ce drame et ses conséquences. Entre l’abattement, l’affliction, le désir de vengeance, la résilience, le travail ou l’isolement, chacune des personnalités de ce livre va réagir selon son éducation, son sentiment de culpabilité ou son instinct.

Frédéric

Fiona Mc Farlane

L’Invité du soir

Traduit de l’anglais (Australie) par Carien Chichereau

Points

304 pages, 7,30 €

9782757852200

 

Ruth Fields, veuve depuis quelques années, vit seule avec ses chats, ses deux enfants lui téléphonant régulièrement et ne pouvant lui rendre que de rares visites. Un jour, une femme se présente comme aide-ménagère, mise à sa disposition par le gouvernement pour quelques heures dans la journée.

Troublante  ambiguïté des relations entre ces deux personnages et leurs proches, alternant complicité et menaces, intérêt et indifférence, et du récit dans lequel le temps semble se distendre, les évènements être irréels ou rêvés, mais dont la conclusion, on le pressent, ne pourra être apaisée et heureuse.

Frédéric

Lola Lafon

La petite communiste qui ne souriait jamais

Actes Sud, coll. "Babel"

317 pages, 8,70 €

9782330051204

 

Montréal 1976, les Jeux olympiques, la prestation époustouflante et inimaginable – un virgule zéro zéro – d’une petite gymnaste roumaine de quatorze ans, Nadia Comaneci. C’est la naissance d’un mythe : le rêve d’une enfance éternelle mais qui ne le sera pas ; l’espoir de ses contemporains en un avenir radieux, un mieux-être quotidien ; l’image même du « dressage », du communisme ; la possibilité d’une ouverture Est Ouest ; le symbole de la manipulation étatique… autant de mouvements, de sympathies et antipathies qui se délient. Lola Lafon donne ici sa version, en glissant des entretiens fictifs avec la sportive, des échanges sur ce livre en construction, accords, désaccords, explications, silences, mise en parallèle avec la société actuelle, regards a posteriori… Le tout se fait légende.

Marie-Hélène

Sylvain Tesson

S’abandonner à vivre

Folio

238 pages, 7,50 €

9782070463398

 

En dix-neuf nouvelles, Sylvain Tesson oblige chacun de ses héros à s’abandonner à vivre. Pas d’autre choix possible. Dans l’adversité, les coups du sort, pas de lutte pour eux : laisser advenir sans même parfois y penser ; peu importent les rôles, situations, pays, nationalités… l’issue seule compte, après s’être abandonné à vivre : qui sait où cela pourrait mener ?

Marie-Hélène

Pierre Lemaitre

Au revoir là-haut

Le Livre de poche

619 pages, 8,60 €

9782253194613

 

Blessés lors d’une dernière offensive inutile menée par un officier ambitieux et sans scrupule, et contraints à une usurpation d’identité, deux simples soldats vont, l’Armistice venue, profiter de la ferveur nationale officielle pour monter une arnaque. Sur leur chemin, ils vont retrouver l’officier, lui aussi, responsable d’une importante escroquerie.

Des personnages bien campés - l’ambitieux aristocrate déchu, le petit employé timoré, l’artiste mutilé -une période historique chaotique propice à toutes les manigances et à l’affairisme, des relations humaines fortes et troubles : les ingrédients sont réunis pour un livre enlevé et plaisant, que l’on imagine vite porté à l’écran.

Frédéric

Eric Fottorino

Le Marcheur de Fès

Gallimard, coll. « Folio »

190 pages,  7 €

9782070458189

 

Texte autobiographique où Eric Fottorino effectue un voyage qu’il aurait aimé effectuer en compagnie de son « père juif marocain ». Ce père qu’il ne connaît que depuis peu – dans la vie d’un homme – et avec qui il échange depuis moins encore. Ce père qui a passé sa jeunesse à Fès et dont il souhaitait partager les souvenirs peut-être pour les faire siens. Mais ce père est gravement malade et ne peut être de cette marche vers le passé. « A chaque pas, je suis tombé sur ce père longtemps inconnu. Jusqu’à tomber sur moi, à l’improviste. »

Marie-Hélène

Zoyâ Pirzâd

Comme tous les après-midi

Traduit du persan (Iran) par Christophe Balaÿ

Zulma, coll. « Za »

144 pages,  7,95 €

9782843047251

 

Des nouvelles où chacun est saisi dans un instant d’intimité de son quotidien. De petits gestes, des situations somme toute banales qui sont présentées avec poésie. L’un regarde par la fenêtre, l’autre son jardin, l’une cuisine, celle-ci pense à ses enfants et celle-là se dévoue pour son mari… Des portraits essentiellement féminins, tendres.

Marie-Hélène

Jocelyne Saucier

Il pleuvait des oiseaux

Gallimard, coll. « Folio »

216 pages, 7 €

9782070458752

 

Une photographe cherche à retrouver les traces d’un événement dramatique qui s’est déroulé au début du xxe siècle dans le Témiscamingue. Cette région québécoise a vu ses forêts ravagées par de grands incendies, des légendes circulent depuis. Elle retrouve des survivants, des témoins, réalise des portraits, et de toutes les histoires entendues émerge un être au prénom incertain, un homme qui a subitement disparu. Elle se lance à sa recherche. Ses différentes rencontres la mènent auprès de vieux solitaires vivant en ermites en plein cœur de la forêt. Ce sont là les compagnons, les inséparables de celui qu’elle cherche à interroger. Des personnalités rustres au cœur tendre, poètes à leur façon, humains assurément, pas totalement isolés car en contact avec deux jeunes hommes qui se chargent de protéger leur vie loin de la société contre de menus services… L’arrivée de la jeune femme, puis d’une octogénaire va chambouler la vie de ce petit monde en retrait. Un beau roman où les thèmes abordés ne sombrent pas dans la mélancolie ou la nostalgie.

Marie-Hélène

Laurent Seksik

Le cas Eduard Einstein

J’ai lu

316 pages, 7,60

9782290098424

 

Le fils cadet d’Albert Einstein et Mileva, sa première épouse, souffre de schizophrénie, et l’aggravation de son état, la difficulté pour Milena restée seule avec lui, oblige à le faire interner dans une institution psychiatrique en Suisse. Menacé par les nazis, Albert Einstein doit quitter l’Allemagne et gagne les Etats-Unis.

Dans ce récit à trois voies, celles de Milena, Albert et Eduard, sont ressentis très profondément les sentiments et les relations à l’intérieur de cette famille, qui ne peut être ordinaire compte tenu de l’intelligence et de la notoriété du père, du caractère affirmé de la mère et des troubles profonds du fils. D’autant plus que l’Histoire, ses conflits et ses haines, religieuses et politiques, participeront à la séparation du père et du fils, à l’aggravation de la maladie, à l’isolement de la mère. Une facette troublante de la personnalité d’Albert Einstein, très engagé dans la politique, mais démuni, impuissant et incapable de comprendre et soutenir son fils, est ainsi révélée.

Frédéric

Tim Gautreaux

Le dernier arbre

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Gratias

Seuil

471 pages, 8,10

9782757845516

 

En Louisiane, Byron Aldridge est le surveillant d’une scierie dans laquelle il tente de maintenir l’ordre. Il peine à oublier les traumatismes de la Première Guerre Mondiale et a fui sa famille. Mais son père, industriel du bois, a retrouvé sa trace et après avoir acheté la scierie, envoie son fils cadet la gérer.

La Guerre détruit les hommes, les hommes saccagent la Nature, exploitent leurs semblables, sont âpres au gain, violents, tricheurs, racistes, mais heureusement, autour d’un enfant, d’un air de musique, d’une machine ou d’une injustice à réparer, complicité et fraternité peuvent, un temps, les apaiser et les réunir.

Frédéric

Jérôme Garcin

Bleus horizons

Folio

206 pages, 6,20 €

9782070459223 

De retour du front pour Noël 1914, un jeune soldat, Louis Gémon, rencontre dans un grand hôtel parisien la mère de Jean de La Ville de Mirmont, son ami, mort au front, pulvérisé par un obus, en novembre. Il lui raconte ses derniers instants. Sa vie sera alors consacrée à la reconnaissance du talent de ce jeune poète et écrivain.

A travers la vie de Louis, de plus en plus solitaire et exclusivement dévoué à la mémoire de son ami, et ses rencontres avec différents artistes ou hommes de lettres qui connurent le poète ou travaillèrent à faire connaître son œuvre, Gabriel Fauré, Bernard Grasset, François Mauriac, le roman décrit de façon sensible le tragique isolement, le ressentiment, la honte et l’incompréhension qui séparèrent ceux qui connurent et vécurent le Front, ses combats, son bruit et sa fureur de ceux qui l’évitèrent, le fuirent ou ne firent que l’approcher.

Frédéric

Ben Fountain

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michel Laderer

10|18

408 pages, 8,40 €  

9782264062093

 

Le jeune Billy Lynn et les autres soldats de sa compagnie sont accueillis en héros pendant deux semaines après une action d’éclat menée lors de la guerre d’Irak et largement médiatisée. Lors de Thanksgiving, ils sont reçus dans le stade de Dallas, lors d’une rencontre de football américain agrémentée d’un show de variétés, tout en devant mener des négociations pour l’adaptation du film hollywoodien retraçant leur aventure.

Le soldat qui a affronté bravement les patrouilles, les embuscades et le combat, conforté par l’entraînement et la camaraderie sur le champ de bataille, va découvrir le monde cynique et brutal de la finance, de la politique, du show pour lequel il risque sa vie et contre lequel sa naissance du mauvais coté de la société, son manque d’éducation, sa jeunesse et ses illusions ne l’ont pas armé.

Frédéric

Sorj Chalandon

Le quatrième mur

Le Livre de poche

329 pages, 7,10 €

9782253179825


Prix Goncourt des lycéens 2013

 

Georges, ancien militant politique qui fit le coup de poing contre les sympathisants d’extrême droite dans les rues parisiennes, s’est assagi depuis son mariage et la naissance de sa fille. Mais, à la demande d’ un ami gravement malade, il va se lancer dans le projet fou de faire jouer Antigone, la pièce d’Anouilh, dans le  Beyrouth des années 1980, par des acteurs issus des diverses communautés culturelles et religieuses.

Si l’on peut pendant un temps croire que la magie du théâtre et la liberté que laisse la pièce d’Anouilh à diverses interprétations ménageant toute les susceptibilités  vont accomplir le miracle de la réunion pacifique de différentes sensibilités, le principe de réalité va dramatiquement se rappeler à nous : la violence et la haine aveugle, les traumatismes de la guerre, la soif de vengeance emportent tout, fracassent les hommes et annihilent mansuétude, amour, sensibilité.

Frédéric

Hélène Frapat

Lady Hunt

Actes sud

319 pages, 8,70

9782330053178

 

Laura Kern travaille pour une agence immobilière parisienne, elle a en charge de somptueux appartements qu’elle se doit de faire visiter. Son quotidien est trouble, ses nuits sont comme hantées par le rêve d’une maison, rêve qui déteint sur ses jours, rêve menaçant qui lui fait penser à une malédiction familiale dont elle ne sait pas grand-chose et dont elle craint ne pouvoir échapper. Lors d’une visite d’un appartement, elle assiste impuissante et vulnérable à la disparition mystérieuse d’un enfant. L’irrationnel prend forme, elle tente de lutter pour ne pas céder à la folie.

Marie-Hélène

Luigi Carletti

Prison avec piscine

Traduit de l’italien par Marianne Faurobert

Liana Levi, coll. Piccolo

247 pages, 9,50 €

9782867467202

 

La Villa Magnolia est comme un quartier dans la cité, Rome. Résidence pour gens aisés, elle regroupe des immeubles au cœur d’un parc, agrémenté d’une piscine… laquelle tient lieu de place centrale : les habitants s’y rencontrent (propriétaires tels jours, employés le jeudi), les derniers ragots s’étalent au grand jour. Filippo est l’un de ces privilégiés, ayant hérité de ses parents de l’appartement et de l’Inséparable, le fidèle Péruvien au service de la famille depuis fort longtemps. Mais Filippo est fraîchement rescapé d’un accident et ne peut plus se déplacer qu’en fauteuil, il supporte mal cette nouvelle vie mais cache ses desseins et s’entraîne en secret. En attendant, il ne trouve pour seul plaisir que la contemplation des jeunes femmes du jeudi au bord de la piscine. Le quotidien est cependant bouleversé par l’arrivée d’un nouveau locataire qui sympathise avec Filippo et qui semble résoudre à sa manière certains problèmes… Les rumeurs vont bon train, des incidents surviennent, des morts étranges…

Marie-Hélène

Andrea Molesini

Tous les salauds ne sont pas de Vienne

Traduit de l’italien par Dominique Vittoz

Le Livre de poche

381 pages, 7,10 €

9782253177944

 

1917, l’offensive autrichienne fait reculer les troupes italiennes. Défilé de soldats, l’armée réquisitionne. Non loin du Piave, près de Venise, s’étend le domaine de la famille Spada.

Ses membres sont bien nés, cultivés, respectés et méritants. Comme d’autres, ils ne seront épargnés, la présence autrichienne leur est imposée, partager les lieux, supporter ces étrangers… Mais les vols et réquisitions successives, le viol de villageoises provoquent un sursaut patriotique et chacun, à sa manière, se révolte. Villageois, « nobles », curé, petites mains… Paolo Spada n’a que 17 ans, orphelin recueilli par ses grands-parents, devient vite adulte auprès du gardien Renato, ancien combattant lié aux services secrets, et de la troublante Guilia ; la grand-mère, fière et silencieuse parvient à sauvegarder son domaine privé, d’où elle dirige les messages codés à faire parvenir aux forces anglaises ; le grand-père fantasque se dévoile, accompagne et soutient à la mesure de son courage ; la tante Maria, dans le maintien de son statut se fait négociatrice auprès du « Troisième fiancé ». Et la lutte de tous les autres aussi, leur servante Teresa qui ne mâche pas ses mots, sa fille Loretta… Un bon roman qui se fait fresque familiale.

Marie-Hélène

Edgar Hilsenrath

Nuit

Traduit de l’allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb

Le Tripode

640 pages, 13,90

9782370550187

 

1942, Ranek tente de survivre dans le ghetto de Prokov, en Transnitrie, où le régime roumain du général Antonescu a déporté ses populations indésirables. Il cherche un abri pour la nuit, des vêtements, des chaussures, de la nourriture et espère rencontrer une relation qui pourrait le faire accepter dans une maison.

Description cruelle, réaliste et éprouvante d’une vie quotidienne  perpétuellement tendue vers la survie, sans cesse occupée par la quête inquiète d’un quignon de pain, de chaleur, d’un toit, et de laquelle est absente toute compassion, les seuls moments de bonheur semblant être l’observation des péripéties dramatiques d’autrui. Les rares gestes de générosité et de dévouement sont un véritable soulagement dans cette fresque, témoignage d’une déportation vécue par l’auteur.

Frédéric

Hubert Haddad

Le Peintre d’éventail

Folio

179 pages, 6,20 €

9782070454419

 

Dame Hison, ancienne courtisane, gère une pension perdue dans la contrée d’Atôra (île de Honshu, Japon) où elle accueille des personnes aux caractères singuliers, eux-mêmes un peu perdus ou se cachant, s’isolant. Ainsi cohabitent maître Osaki, vieux jardinier mais surtout peintre d’éventail ; Matabei, qui devient disciple d’Osaki et le remplacera au jardin ; le jeune Hi-Han découvrant les tourments de la passion ; la troublante Enjo et Aé-Cha, Monsieur Ho… L’auberge se fond dans un paysage entre monts et océan, comme au cœur d’une peinture où nature et beauté sont mises en avant. Jusqu’au chaos. Un lieu hors du temps où le Zen prime, évoluant entre les rites ancestraux et la modernité. Hors du temps… Tout n’est qu’allusion et métaphore sous la plume poétique d’Hubert Haddad, ses mots dépeignent avant de dévoiler le drame d’un 11 mars.

Marie-Hélène

Aurélien Bellanger

La Théorie de l’information

Folio

523 pages, 8,40 €

9782070456260

 

A travers le parcours brillant d’un jeune informaticien doué, qui va s’enrichir en développant des services de rencontres sur Minitel puis va défier l’administration française des Télécoms et créer un important fournisseur d’accès à Internet – on peut là reconnaître, en partie, le parcours réel de Xavier Niel –, l’auteur retrace parfaitement les révolutions des communications et du partage de l’information vécues ces dernières décennies. Dans un final étourdissant et encore futuriste, les perspectives de stockage des informations entrevues grâce aux biotechnologies et leurs conséquences, inquiètent et peuvent nourrir une réflexion sur l’exploitation possible, et déjà effective, des profils personnels, des historiques des déplacements, transactions ou communications archivés dans des Data Center, propriétés de sociétés commerciales.

Frédéric

Fanny Chiarello

Une faiblesse de Carlotta Delmont

Points

192 pages, 6,30 €

9782757838631

 

Paris, hôtel Ritz, avril 1927, la cantatrice Carlotta Delmont a ravi nombre de spectateurs. Déjà célèbre, en passe de devenir LA cantatrice, elle et son impresario, mentor et homme avec lequel elle vit, savent que cette gloire risque d’être éphémère tant elle a travaillé et forcé sa voix pour parvenir à un tel résultat. Carlotta est cependant insatisfaite, peut-être de ce qui l’attend, ou de sa vie intime, ou de cette renommée qu’elle a du mal à assumer. Elle est romanesque, elle aspire à explorer ce qu’éprouvent ses héroïnes, celles qu’elle incarne sur scène ou celles des livres lus. Un matin, Carlotta a disparu. Deux semaines où étonnement, inquiétude et enquête policière plongent son entourage et fascinent le public parisien. Sa réapparition ne fait point taire les interrogations, où, pourquoi, avec qui ? S’ouvre alors un autre type de renommée, salie, l’entravant de ses désirs et de sa liberté. Mélange de notes personnelles, de correspondances, d’extraits de journaux, ce roman évoque la croisée des regards, ce que l’on accorde à une légende.

Marie-Hélène

Nuala O’Faolain

Ce regard en arrière et autres écrits journalistiques

traduit de l’anglais (Irlande) par Dominique Goy-Blanquet

10-18

405 pages, 8,80 €

9782264056337

 

Nuala O’Faolain, disparue en 2008, avait entamé sur le tard sa carrière de romancière mais cette anthologie nous donne un aperçu de son talent journalistique. Ce sont des chroniques publiées entre 1986 et 2008 pour The Irish Times, The Sunday Tribune, où elle dépeint la société dans laquelle elle évolue, actrice ou simple spectatrice, avec sensibilité et empathie, sincérité et non sans humour. Certains des articles choisis permettent de saisir certaines subtilités propres à l’Irlande, en expliquent le contexte politique que nous ne connaissons que de loin ; d’autres trouvent écho dans l’actualité : religion, situation des Roms, celle des femmes. Éclairage également sur ce qui a construit son écriture, ses préoccupations, son combat féministe.

Marie-Hélène

Marc Dugain

Avenue des Géants

Folio

419 pages, 7,90 €

9782070453535

 

Al Kenner reçoit la visite de Susan, qui lui apporte les livres qu’il pourra lire et enregistrer pour des associations de mal-voyants. Il aimerait qu’elle lui conseille un éditeur auquel il pourrait soumettre le manuscrit des mémoires qu’il écrit dans la cellule où il est enfermé depuis trente ans.

Inspiré de la vie du meurtrier en série Ed Kemper, ce récit glaçant est l’analyse d’une oppression familiale, d’une inadaptation à la vie sociale et un portrait de la Côte Ouest des Etats-Unis dans les années 60, de la vague hippie, de la liberté ressentie en parcourant les grands espaces en moto et de la violence et du malaise engendrés par les conflits passés ou en cours au Vietnam.

Frédéric

Bruce Machart

Le Sillage de l’oubli

Traduit de l’américain par Marc Amfreville

Gallmeister, coll « Totem »

393 pages, 10,50 €

9782351785324

 

Texas, 1895, un fermier vit tragiquement la mort de son épouse alors qu’elle donne naissance à leur quatrième enfant, Karel, dans leur ferme isolée. 1924, Karel, emmène sa femme au village afin qu’elle accouche de leur nouvel enfant.

Emouvante reconquête de l’amour fraternel qui avait été mis à mal sous la férule d’un père autoritaire et taciturne, dans un monde et un environnement rural en pleine mutation, sociale et familiale.

Frédéric

Ron Rash

Le monde à l’endroit

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez

Points

320 pages, 7,20 €

9782757835982

 

Travis Shelton, jeune homme de 17 ans, découvre une plantation de cannabis alors qu’il rejoignait un bon coin pour la pêche à la truite. Il revend quelques plants volés au dealer local, ancien professeur déchu, et alors qu’il retourne sur les lieux dérober d’autres feuilles, il est surpris par le propriétaire du champ et son fils, deux hommes rudes et sans pitié.

Portrait âpre et sensible de la communauté d’une région marquée par la guerre de Sécession et ses exactions qui ont durablement divisés ses habitants, dont les jeunes sont privés d’espoir, sans ambition, hormis celle de consommer bières et drogues payés grâce à des petits boulots, et les paysans miséreux et travailleurs, mais dénués de compassion, de tendresse et inflexibles. Certes la nature y est belle, et est fort bien évoquée, les paroles poignantes et les voix bouleversantes des chanteurs de country émeuvent les foules, mais les fantômes et les souvenirs des meurtres d’hier imprègnent l’endroit de leur violence.

Frédéric

Laurence Tardieu

La Confusion des peines

Le Livre de poche

139 pages, 5,60 €

9782253166580

 

« Ce livre, Laurence, tu l’écriras quand je serai mort. » Et ce livre est acte de rébellion, ce pourrait être une longue lettre, car il est adressé au père, l’être de chair, vivant ; à la figure paternelle, perdue, comme morte. La chute, une dizaine d’années auparavant : l’homme déchu, impliqué dans une affaire de pots-de-vin, procès, jugement, prison disons améliorée… ; la mère qui décède d’une tumeur cérébrale… Pour l’auteur, il ne s’agit pas de régler des comptes, mais de dire, simplement dire : son sentiment de trahison, la honte de leur silence, sa difficulté à rassembler ce qui dans leur vie a explosé, et son amour. L’auteur évoque l’importance de l’écriture, de ce travail de mise en mots pour accéder à une forme de liberté, à « être dedans » : à entrer dans la vie. À défaut de vécu, ce texte au ton juste fait ressortir la petite touche « d’universalité », ce sentiment de proximité.

Marie-Hélène

Tierno Monémembo

Le Terroriste noir

Points

214 pages, 6,30 €

9782757836002

 

1940, un jeune soldat noir visiblement en fuite est trouvé endormi au pied d’un arbre des forêts vosgiennes. Le père et le fils qui le découvrent le mènent au village où il fera sensation. Charmeur, peu causant bien qu’il ait toujours conseil à prodiguer, sa présence ne laisse pas les villageois indifférents : qui de son intérêt, qui de sa haine. Les rancœurs se raniment et prennent prétexte ; d’autant que Addi Bâ, Guinéen, soldat du 12e régiment des tirailleurs sénégalais, déserteur, plaît aux femmes du village qu’il arpente sur son vélo deux ans durant. En 1942, il crée l’un des premiers maquis de la région, en collaboration avec la résistance, puis l’arrestation sur dénonciation… De qui la trahison qui conduira à son arrestation, la torture et la fusillade ? Roman hommage à l’homme qui sera décoré à titre posthume.

Marie-Hélène

Richard Russo

Mohawk

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch

10-18

454 pages, 8,80 €

9782264058713

 

Premier roman de l’auteur paru en 1986 aux États-Unis. La récession économique frappe Mohawk, au nord de New York, les tanneries et peausseries ont fermé et le chômage fait rage. Il ne s’y passe pas grand-chose, les habitants transformés en marginaux ressentent la forme d’attraction qu’exerce sur eux la cité ; les velléités de départs sont contrariées et les quelques fuites ne durent pas longtemps. Leurs vies sont liées par ces anciennes entreprises, restent ancrées dans ce passé ; certaines figures prédominent : Harry, propriétaire du bar-grill où se jouent les parties de poker clandestines, recueillant les « paumés » en mal de confidences et protecteur de Wild Bill (« accidenté » dans d’étranges circonstances), et Mather House qui garde en mémoire les secrets des uns et des autres, de la ville. Dans leur sillage, Dallas et Anne, leur fils Randall, Dan et Loraine… tentent d’articuler leurs parcours plus ou moins gâchés : ambitions déçues, amours, haines, banalités, sympathies… Le roman se construit au fil de flash-back, en une alternance de récits que le lieu par sa prégnance sur le temps, les êtres et les choses tend à rendre immuables. Richard Russo est également l’auteur des Sortilèges du cap Cod (même éditeur).

Marie-Hélène

Jim Dodge

Not Fade Away

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Bru

10-18

427 pages, 8,40 €

9782264059550

 

Après L’Oiseau Canadèche, un conte quasi métaphysique faisant se rencontrer trois personnages inattendus, Dodge laisse déborder la contre-culture américaine. George Gastin, dépanneur de la dernière chance, raconte à l’un de ses clients l’épopée hallucinée et engagée qu’il se composa en proie à une remise en question profonde à la fin des Sixties, entre génération Rock et Beat Generation. Alors complice de trafics à l’assurance, George accepta une dernière mission qu’il décida de transformer en hommage à l’amour et à la musique. Au volant de la Cadillac qu’il devait détruire, ce bon samaritain avala – outre les amphétamines et les bières – les kilomètres entre San Francisco et le Midwest croisant des êtres tous aussi azimutés que lui.

Marie-Hélène

Fernando Pessoa

Le Pèlerin

Traduit du portugais par Parcidio Gonçalves

La Différence, coll. « Minos »

96 pages, 6 €

9782729120443

 

Conte. Texte établi par Ana Maria Freitas et Teresa Rita Lopes.

Le narrateur, jeune homme, vit paisiblement chez ses parents, passant ses journées à la contemplation. Un jour, son activité quotidienne se trouve détournée par l’apparition d’un homme en noir l’incitant à ne pas fixer la route, à la suivre. Le jeune homme se fait pèlerin ; mû par cette force mystérieuse, il entame une quête dont il cherche l’objet même. Très bref texte qui relève du récit initiatique, sous forme de conte ; avec une très intéressante préface de Teresa Rita Lopes.

Marie-Hélène

Nicolas Shakespeare

Héritage

traduit de l’anglais par Karine Laléchère

Le Livre de poche

425 pages, 7,10 €

9782253167525

 

La vie morose d’Andy Larkham, obscur employé des éditions Carpe Diem, spécialisée dans les guides pratiques et les ouvrages de développement personnel, bascule en quelques jours : sa fiancée le quitte et il hérite, de façon totalement incongrue, de la fortune colossale de Christopher Madigan, un magnat du minerai de fer.

Un roman loufoque et rocambolesque, sans prétention, à lire ne serait-ce que pour le plaisir de parler du dernier Shakespeare et briller en société !

Sarah, Marie-Hélène et Frédéric

Tom McNab

La grande course de Flanagan

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Polanis

J’ai lu

631 pages, 8,90 €

9782290072790

 

1931, Los Angeles, deux mille coureurs réunis par Charles Flanagan s’élancent vers New-York, qu’ils doivent rejoindre en plusieurs étapes. De nombreuses difficultés les attendent, traversée du désert, longues courses quotidiennes, approvisionnement incertain, désistements de villes étapes sous les pressions politiques, paris clandestins mafieux. Mais heureusement, la détermination et la solidarité des coureurs et de l’organisateur vont s’imposer.

Basée sur une course qui eut vraiment lieu, évoquant des personnalités réelles et décrivant une réalité sociale tragique, cette épopée exaltant l’amitié et l’entraide, trace un portrait des Etats-Unis, où coexistent sens des affaires et affairisme, spectacles à sensation, importance et utilisation de la presse et des médias, manœuvres politiciennes et culte du dépassement personnel.

Frédéric

 

Metin Arditi

Le Turquetto

Actes Sud, coll. « Babel »

280 pages, 8 €

9782330018696

 

Prix Page des Libraires 2011

 

Né juif en pays musulman (Constantinople), vers 1519, Elie, un gamin de douze ans fasciné par l’art, n’a le droit ni de calligraphier ni de dessiner. Il passe alors son temps à observer, à scruter les moindres détails d’un corps ou d’un visage, afin de les restituer en un dessin imaginaire, « pour la pile » qu’il s’est inventée dans le coin de pièce qu’il partage avec son père.

Des circonstances dramatiques pousseront le jeune garçon à s’exiler à Venise, où, sous une fausse identité, il devient élève de Titien, puis le plus grand peintre de son temps. Au sommet de sa gloire, admiré de tous, le Turquetto, qui entretient une liaison interdite avec une juive du ghetto, sera démasqué et traîné devant les tribunaux vénitiens...

Au travers de la biographie (imaginaire ?) d’un génie de la Renaissance italienne, Metin Arditi mène une réflexion sur les rapports complexes entre art, pouvoir et religion, mais aussi sur des thèmes comme l’identité, la filiation et le mensonge.

Marie-Hélène, Sarah et Frédéric

Ron Hansen

Une irrépressible et coupable passion

Traduit de l’américain par Vincent Hugon

Le Livre de poche

354 pages, 7,10 €

9782253167570

 

Ruth Snyder, voluptueuse et séduisante jeune femme, est marié à un homme rustre. Elle souhaite d’autant plus sa mort qu’elle lui a fait souscrire une assurance–vie avantageuse. Elle va intriguer et pousser son amant à commettre l’irréparable.

L’auteur retrace sobrement le fait divers qui s’est déroulé dans les années 20, aux Etats-Unis durant la Prohibition, et inspira James M. Cain pour l’écriture de Double Indemnity (Assurance sur la Mort). C’est le portrait d’une Amérique urbaine, s’éveillant aux loisirs et à la consommation, mais également puritaine, friande de scandales et d’images choc.

Frédéric

Gabriel Chevallier

Mascarade

Le Livre de poche

360 pages, 7,10 €

9782253161646

 

La réédition des ouvrages de Chevallier continue après La Peur – étonnante Peur, un coup de cœur –, Clochemerle… Un recueil de cinq nouvelles, chacune son ton, son style, son vocabulaire. Leur point commun est le portrait de personnages qui de banal plongent dans le sordide et/ou le tragique. Crapouillot, le colonel de la Grande Guerre qui veut gagner du grade par ses statistiques ; la tante Zoé qui malgré elle fait le bonheur des siens ; l’exemplaire Mourier cachant de sombres pensées ; les profits malvenus de Dubois ; le vétéran, entrepreneur prévoyant qui a enterré un trésor légué par son propre père et qui, à l’heure de sa propre fin, veut assurer l’avenir de ses enfants. Dans chacune, le quotidien quasi banal de périodes difficiles, Première ou Seconde Guerre, c’est peut-être là la source de la noirceur, des revirements.

Marie-Hélène

David Toscana

El Último Lector

Traduit de l’espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo

Zulma, coll. « z/a »

192 pages, 8,95 €

9782843046285

 

Imacole, petit village isolé du nord du Mexique, abrite une population ancrée dans ses traditions, sans véritables attraits pour la modernité et pour ce qui sort du terre à terre. Sa principale préoccupation en ce mois de septembre est le manque d’eau, un an déjà que la pluie n’est plus tombée. Les puits sont à sec ou leur eau n’est plus potable ; la distribution quotidienne est assurée par Melquisedec, sa charrette, son attelage. Remigio, lui, bénéficie du restant de son puits, le dernier sur la trajectoire de l’eau depuis sa source. Mais en y jetant son seau il découvre le cadavre d’une petite fille. Déstabilisé, il va trouver son père, Lucio, bibliothécaire désœuvré qui de cet événement tire matière à enquête. De ses lectures, ce dernier tisse et recompose l’existence des personnes liées au drame et il se restitue le souvenir de sa femme disparue, celle qui l’a poussé à chercher dans les livres ce qui avait pu être écrit à son sujet. Car il en est persuadé : tout a déjà été écrit.

Marie-Hélène

Emmanuel Carrère

Limonov

Folio

488 pages, 8,40 €

9782070450893

 

L’auteur a croisé Limonov à Paris dans les années 80, puis en Russie, en 2006. Retracer le parcours étonnant de ce personnage qui connut les appartements mornes d’Ukraine, les palaces de New-York, les prisons en Russie, ayant entre-temps été écrivain à la mode à Paris, permet à Emmanuel Carrère, à la vie nettement plus rangée et lisse, d’évoquer précisément les années de la dissidence en Urss, la diaspora russe de New-York, les ghettos de la ville et ses immeubles luxueux, la trajectoire de Jean-Edern Hallier et de son journal L’Idiot international, la perestroïka imposée par Gorbatchev, les années Eltsine, la confusion des conflits des Balkans et le présent inquiétant de la Russie. Limonov en a été le témoin, un acteur, modeste, mais aussi ambitieux, ambigu, flamboyant et hors du commun.

Frédéric

Laura Kasischke

Les Revenants

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Chédaille

Le Livre de poche

663 pages, 8,10 €

9782253164524

 

Perry et Nicole, deux amis d’enfance de Bad Axe, excellents étudiants, sont admis au Godwin Honors College. Nicole partagera sa chambre avec Josie, promises à devenir « sœurs » ; lui, sera avec Craig qui sera le petit ami possessif de la jeune fille jusqu’à la nuit du drame : l’accident, des circonstances étranges, un témoin unique mais officiellement nié… Tous, des étudiants aux professeurs, sont secoués, s’érigent en association à la mémoire de, anti-ceci ou cela, pour ou contre la thèse de l’accident. Mais l’université a déjà un passé, des disparitions, des morts… et des revenants. La mort se fait obsédante. Des mois plus tard, tout ramène à ce récent événement, qu’est-ce qui est « vrai », secret, apparent ou seulement vraisemblant ? Les questions jaillissent, les comportements sont exacerbés : Perry s’inscrit au cours de folklore de Mira, laquelle voit là matière à écriture ; Craig, réintégré, cherche à se remémorer cette nuit-là ; Shelly, tente de comprendre sa mise à l’écart ; Josie, troublante adepte de la sororité de l’OTT… Tous les récits, des vivants, révèlent une Nicole aussi pure que perverse, pourquoi ne pas interroger les morts ? L’auteur tisse son récit, construit entre fantastique et roman noir, alternant entre passé et présent, faisant défiler les personnages et plongeant dans les mœurs estudiantines américaines, les arcanes des groupes mi-sectes, mi-congrégations.

Marie-Hélène

 

Steve Hely

Comment je suis devenu un écrivain célèbre

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié

Pocket

349 pages, 7,60 €

9782266216746

 

Pete Tarshaw, après quelques poussives études littéraires, est rédacteur de faux CV, écrits pour des étrangers cherchant à travailler aux Etats-Unis. Lorsqu’il est invité au mariage de son ex-amie, la volonté d’y exhiber sa réussite sociale l’incite à utiliser son talent de rédacteur  pour écrire un best-seller. D’après la qualité des succès de librairie, il pense bien en être capable…

Si les motivations du héros sont de tous ordres, sauf artistique et noble, celle de l’auteur est l’amusement du lecteur. Et il a pleinement réussi : la lecture de ce livre procure de très bons moments, la description des errements de Pete Tarshaw dans les mondes de la littérature, des médias et des salons d’auteurs étant pleine de fantaisie.

Frédéric

Claire Keegan

Les Trois Lumières

traduit de l’anglais (Irlande) par Jacqueline Odin

10-18

87 pages, 6,10 €

9782264056139

 

La famille déjà nombreuse va s’agrandir, le père, pour soulager son épouse, conduit l’une de ses filles chez des amis. La jeune narratrice séjourne ainsi chez les Kinsella, dans une ferme du Wexford, un coin de nature verdoyante de l’Irlande rurale. C’est dans une atmosphère mystérieuse et bienveillante qu’elle va évoluer ces mois d’été ; ses hôtes lui prodiguent une affection et un intérêt auxquels elle n’est guère coutumière mais dont elle ressent le désarroi et l’ambiguïté. Elle s’épanouit au contact de ces adultes singuliers, partage leur quotidien d’apparence paisible et fait sienne leur devise : « la parole n’est une nécessité en aucune circonstance. Nombre de gens ont beaucoup perdu pour la seule raison qu’ils ont manqué une belle occasion de se taire. »

Marie-Hélène

Ian Mc Ewan

Solaire

traduit de l’anglais par France Camus-Pichon

Folio

394 pages, 7,50

9782070448319

 

Un physicien, dont la carrière végète après l’obtention du Prix Nobel, retrouve sujet de recherche et ambition après un dramatique accident que son narcissisme lui fait exploiter sans vergogne, sa seule posture morale étant qu’il œuvre à la sauvegarde de la planète.

Parsemé de scènes comiques et de moments sombres, ce roman dresse le portrait d’un homme à la volonté chancellante lorsqu’il s’agit de se contraindre, plongé dans une fuite en avant aveugle et désespérée afin de fuir ses responsabilités et de sociétés médiatique, politique et scientifique volages et opportunistes.

Frédéric

Jérôme Garcin

Olivier

Folio

164 pages , 5,95 €

9782070447930

 

« […] on écrit pour exprimer ce dont on ne peut pas parler, pour libérer tout ce qui, en nous, était empêché, claquemuré, prisonnier d’une invisible geôle. » Jérôme Garcin, qui envisageait cet ouvrage depuis quelques années, a su trouver les mots et parler de son absent omniprésent, son jumeau Olivier, celui qui l’a sans doute hanté mais surtout accompagné et guidé dans la construction de sa propre existence. Un récit de la maturité où, au fil de ses souvenirs et de ses passions, il rend hommage à ses disparus et à ses vivants ; auquel il « délègue ses obsessions, ses fantômes et ses morts ».

Marie-Hélène

Howard Jacobson

La Question Finkler

traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Pascal Loubet

Le Livre de poche

502 pages, 7,60

9782253162346

 

Julian Treslove est ami depuis sa jeunesse avec Sam(uel) Finkler et leur ancien professeur d’histoire, Libor Sevcik, ces deux derniers récemment veufs. Peu épanoui dans sa vie professionnelle et sans famille à laquelle il soit attaché, il partage la peine et le désarroi de deux amis; après une agression, dont il garde un souvenir confus, il se met en tête que lui aussi pourrait être juif.

A travers la quête de personnalité d’un homme seul n’éprouvant qu’empathie ou ressentiment, recherche rythmée par des situations et dialogues très drôles ou désespérés, l’auteur s’interroge également sur l’identité juive et sa perception, sur ses implications dans le cadre du conflit israélo-palestinien, en ne se privant pas de jouer sur tous les stéréotypes.

Frédéric

Silvia Avallone

Le Lynx

traduit de l’italien par Françoise Brun

Liana Levi, coll. « Piccolo »

64 pages, 4 €

9782867466229

 

Voleur invétéré et impulsif – poussées d’adrénaline qui lui permettent d’oublier une enfance douloureuse et de s’affirmer « vrai mec » ; la puissance qu’il assimile au lynx – qui n’aspire qu’au luxe, Piero a 39 ans.Il présente bien, est beau et ne roule que dans les belles voitures, volées. La prison, il connaît, de courts séjours mais répétés, son épouse est lasse, elle finit par l’attendre sans rien attendre – ses absences peuvent être longues –, elle s’est enlaidie et n’espère plus qu’une sorte de fraternité entre eux. Une nuit, s’arrêtant dans un restoroute l’envie le prend de le braquer, la caissière est méfiante et, une autre personne est présente : un ado couvert de piercings, paumé, comme perdu mais sa beauté fascine l’homme. Piero modifie ses plans et propose de le prendre en stop, le raccompagnant jusque chez lui et mémorisant l’adresse. Il ne peut oublier ce visageet retourne le voir. Tous deux s’engagent dans une virée, une parenthèse dans un présent inconstant qui métamorphose le dur à cuire.

Marie-Hélène

Jacques Abeille

Les jardins statuaires

Folio

572 pages, 8,10

9782070444496

 

Un voyageur séjourne dans l’hôtel d’un pays dont il va découvrir les us et coutumes d’une société figée, guidé et instruit dans ses voyages et découvertes, par les doyens de domaines clos, dans lesquels poussent des statues, contrôlées tant bien que mal par des jardiniers sculpteurs. Epris d’une jeune femme rencontrée dans un jardin abandonné des siens, il va, à l’encontre des règles, l’enlever et va, par ses remises en cause et ses questions, menacer le fragile équilibre de cette contrée.

Réédition d’un roman paru en 1982, étrange et poétique, dont l’ambiance, les images suggérées et la société décrite évoquent celles des bandes dessinées de Schuitten (qui a réalisé la couverture de cette édition) : fatalité, soumission à des règles indiscutables, menace extérieure, beauté des décors.

Frédéric

Silvia Avallone

D’acier

traduit de l’italien par Françoise Brun

Liana Levi, coll. “Piccolo”

386 pages, 12,50 €

9782867465987

 

Le soleil de plomb ne suffit pas à expliquer l’atmosphère étouffante qui règne sur Piombino, ville portuaire de la Toscane berlusconienne. La ville se concentre sur elle-même, sur ses quartiers populaires et son aciérie, comme narguée par l’île d’Elbe située juste en face qui focalise toutes les attentions. L’enfer et le paradis face à face. On leur a construit de belles et hautes barres d’HLM, les terrasses vers la mer, à ces familles ouvrières ; pas d’autre échappatoire, l’avenir s’arrête là pour nombre d’entre elles. Anna et Francesca, les deux lolitas, amies pour toujours depuis l’enfance ne dérogent pas à la règle. Belles à damner, provocantes, provoquées, riches de quelque espoir, elles s’adonnent, se donnent, tentent de ne pas sombrer, elles refusent de finir comme leurs aînés. Comment grandir lorsque, autour de soi, ne gravitent que des hommes violents, ouvriers, chômeurs, escrocs et des femmes… mères à quinze ans, fanées à trente, contraintes et résignées ; lorsque l’horizon est si étroit, les distractions limitées : boutiques, plage, mecs, sexe, drogue ? L’auteur de ce premier roman à l’écriture incisive, dresse un tableau noir de la société italienne, le drame est là, latent, ça fuse, pas d’attachement, une rébellion sourde.

 

Marie-Hélène

 

Jonathan Coe  

La vie très privée de Mr Sim

traduit de l’anglais par Josée Kamoun

Folio

449 pages, 8,10 €

9782070449926

 

Maxwell Sim espère que le voyage professionnel qu’il entreprend afin d’assurer la promotion de brosses à dents écologiques va mettre un terme à une série d’échecs. Ce sera surtout l’occasion de douloureuses révélations.

Hantée par la figure de Donald Crowhurst, navigateur disparu en 1969, et racontée avec un désenchantement et un humour très britanniques, cette traversée de l’Angleterre est l’histoire attachante du sursaut courageux et malmené d’un homme désespérément en quête de chaleur humaine, de complicités partagées et de compréhension.

Frédéric

Philippe Forest

Le siècle des nuages

Folio

555 pages, 7,50

9782070445547

 

A travers l’histoire de son père, né à Macon, élève agronome en Algérie, puis exilé aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale pour y apprendre le métier de pilote et participer aux combats, et enfin, pilote de l’aviation civile à Air France de la création de la compagnie à sa retraite, l’auteur décrit l’évolution de l’aviation, des origines héroïques, porteuses d’imaginaire et d’humanisme, aux temps guerriers, puis apaisés mais plus industriels et touristiques. C’est également l’itinéraire d’un homme dans un siècle tourmenté que les circonstances ont porté dans le camp des Alliés, mais qui aurait pu basculer dans l’autre camp.

Frédéric

Antoine Bello 

Enquête sur la disparition d’Émilie Brunet

Folio

283 pages, 6,80 €

9782070446896

 

Un détective, fervent admirateur d’Agatha Christie et autres auteurs de cet acabit, mais qui souffre d’amnésie (mémoire immédiate), est sollicité par son chef pour enquêter sur la disparition d’une femme riche et épouse d’un spécialiste de la mémoire. Pour palier ses déficiences, il décide de tenir un journal auquel répond le suspect qui prétend avoir perdu… la mémoire !

Marie-Hélène

 

Erling Jepsen

Sincères condoléances

traduit du danois par Caroline Berg

Le Livre de poche

305 pages, 6,60 €

9782253163039

 

Allan a acquis sa notoriété d’écrivain en étalant une enfance traumatisée, sa sœur Sanne et lui-même ayant été victimes de la perversité paternelle. Ni leur mère, Margrethe, ni leur frère Asger ne se sont opposés à la demande expresse du père : les ponts sont rompus, la famille ne s’est pas réunie depuis neuf ans. À l’annonce de la mort du père, l’indifférence est donc normale et attendue, mais une certaine culpabilité – simple bienséance à ses yeux – point : envoyer une couronne pour les funérailles, accompagnée de la fameuse formule. Ses « Sincères condoléances » annoncent les retrouvailles, interrogent les personnalités de chacun, leur place, leur rôle et leur culpabilité. Avec les souvenirs, les nouvelles questions : de quoi est-il réellement mort ; qui du pervers et qui du manipulateur ? Le règlement de comptes est ici traité avec humour, frôlant le burlesque.

Marie-Hélène

Edna O’Brien

Crépuscule irlandais

10-18

traduit de l’irlandais par Pierre-Emmanuel Dauzat

382 pages, 8,10 €

9782264054081

 

Dilly, âgée et malade, est hospitalisée et espère la venue de sa fille – romancière controversée, riche et multipliant les amants – à qui elle a toujours écrit malgré les circonstances et l’éloignement. Lors de sa visite furtive, entre deux étreintes, Eleanora oublie son journal intime, livrant à sa mère ce qu’elle n’a su ou voulu lui dire. Des lettres et des souvenirs, deux voix dans leur tonalité propre qui se mêlent comme en écho, la reproduction d’une trame de vie, et des désirs finalement partagés, pour preuves d’un amour dévoué jamais compris.

Marie-Hélène

Michel Houellebecq

La Carte et le Territoire

J'ai lu

413 pages, 8 €

9782290032039

 

Petite surprise pour moi (n'ayant pas lu les précédents ouvrages), texte assez étonnant où l’auteur ose un portrait de la Très Bonne Société Parisienne Médiatique, quelques noms propres apparaissent, se mettant Himself en scène. Un roman que l’on lit le sourire au coin des lèvres sans qu’il prête cependant à rire.

Marie-Hélène

Delphine de Vigan

Jours sans faim

J’ai lu

127 pages, 5,60 €

9782290013380

 

Elle a commencé à souffrir du froid, à ne plus supporter cela. Alors elle a demandé de l’aide, a accepté l’hospitalisation. Elle est une jeune femme anorexique et elle témoigne de son parcours. Elle décrit ce temps à l’hôpital où ne se pratique pas le « pacte », le chantage du kilo pris. Ce court roman est le premier de l’auteur, publié en 2001 sous pseudonyme. Un texte sobre, à l’écriture fluide, qui dépeint avec justesse le ressenti de cette souffrance, la difficulté de la relation à soi et aux autres, la difficile (re) construction qui passe par la rencontre et la confiance.

Marie-Hélène

Nathanaël West

Miss Lonelyhearts

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Picard

Éditions Sillage

128 pages, 9,50 €

9782916266824

 

Dans l’Amérique de la Prohibition, Désespérée, Cœur Brisé, Marre-de-tout et Sans-illusion-avec-un-mari-tuberculeux peuvent confier les misères qui les touchent à Miss Lonelyhearts. Mais « Miss » est un homme, jeune chroniqueur bien content que le journal lui propose autre chose que les chiens écrasés. Il accepte de jouer le rôle principal de cette supercherie pour gonfler les ventes. Le succès est là : les lettres s’accumulent, des témoignages humbles, de vraies détresses, humiliations… ceux qui lui écrivent le prennent au sérieux, lui n’y parvient pas et n’a pas le cynisme pour faire face.

Marie-Hélène

Jean-Michel Guenassia, Le Club des incorrigibles optimistes, LGF, 8,50

Jean-Christophe Rufin, Katiba, Folio, 7,30

Erik Orsenna, L'Entreprise des Indes, LGF, 7,50

Olivier Adam, Le Coeur régulier, Points, 6

Howard McCord

L’homme qui marchait sur la lune

traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Mailhos

Gallmeister, coll. « Totem »

144 pages, 7 €

9782351785102

 

La Lune, William Gasper la parcourt, en a fait l’ascension à maintes reprises et n’a plus eu à chercher de nouveaux territoires. Il s’y est établi, à la dure, il s’y reconnaît puisque ses charmes ne « se dévoilent qu’à de rares marginaux ». Ses marches sont l’occasion de réminiscences pour le moins surprenantes ; pas à pas, il révèle les raisons de sa marginalité d’autant que son passé le poursuit. Discours, soliloque, bavardage mental, sermon… tout à la fois, Gasper est un taiseux, la solitude l’y aide mais la poursuite qui s’engage dans la montagne le pousse à s’expliquer : « Si l’on pouvait suivre les mots comme on suit des empreintes de pas, mes moments de silence formeraient un fil rouge électrique en très longs pointillés. […] Mais lorsque je marche, lorsque je peine, mon esprit s’acharne à parler. »

Marie-Hélène

Anne Berest

La Fille de son père

Points

144 pages, 6,10 €

9782757824689

 

Premier roman, une écriture incisive pour décrire les retrouvailles de trois soeurs que la vie a éloignées, parfois ébranlées, autour d’un père veuf mais « recasé » et le poids d’un secret de famille.

Marie-Hélène

Vincent Borel

Antoine et Isabelle

Points

442 pages, 8,10 €

9782757823507

Prix Page des Libraires, sélection française 

 

Trois destinées qui se mêlent au fil de l’Histoire, celle de la France et de l’Espagne du début du xxe siècle. L’auteur est porteur de mémoire, il honore la vie de ses grands-parents migrants (hommage particulier à l’homme engagé que fut son aïeul) et fait le récit des bouleversements largement composés par l’implication de deux grandes et riches familles d’industriels.

Marie-Hélène

Jonathan Safran Foer
Extrêmement fort et incroyablement près
Point deux
792 pages, 12 €
9782363940056


Oskar a neuf ans. Il est surdoué, ultrasensible et possède une imagination débordante et une curiosité sans faille. Un an après la mort de son père lors des attentats du 11 septembre, il découvre une clé qui ne correspond à aucune serrure de chez lui. Oskar décide alors de trouver la bonne serrure quitte à parcourir tout New-York à pied. Très agréable à lire en  Point 2, ce petit format est un grand roman ! L’histoire est racontée au présent par les différents protagonistes : Oskar, sa grand-mère et le locataire. Des jeux graphiques et typographiques illustrent l’inventivité du jeune héros. Beaucoup de poésie et de justesse dans ces questions d’enfant qui font parfois rire et souvent réfléchir.

Morgane Masquelier

Emmanuel Carrère, D'autres vies que la mienne, Folio, 6,60 

Mathias Enard, Zone, Actes Sud, coll. « Babel »,  10,50

David Foenkinos, La délicatesse, Folio, 6,20

Thierry Hesse, Démon, Seuil, coll. « Points », 7,80 

Joseph O'Neill, Netherland, Seuil, coll. « Points », 7

Salman Rushdie, Furie, Folio, 7,70