Littérature

Richard Russo

A malin, malin et demi

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch

Quai Voltaire

610 pages, 24

9782710378112

 

A North Bath, petite ville américaine dans et à laquelle rien ne semble réussir, l’enterrement d’un avocat et la préparation d’un hommage à une professeur respectée sont le prélude à  une succession d’événements cocasses ou tragiques précipitant un shérif, un promoteur immobilier, un vieil homme cardiaque et son ami bègue à porter un nouveau regard sur les relations les liant à leur communauté. Ce qu’ils font à la fois avec humour, ironie, gêne, détresse et amour.

Frédéric

Alice Zeniter

L’Art de perdre

Flammarion

506 pages, 22 € 

978208139534 

 

Ali est un prospère agriculteur établi dans les montagnes kabyles. Ayant combattu dans l’armée française, méfiant devant les méthodes des indépendantistes, de long temps en conflit avec le clan que ces derniers ont choisi comme représentant, il devra quitter l’Algérie avec une partie de sa famille et s’établir en France lors de l’Indépendance algérienne.

 

 

Brigitte Giraud 

Un loup pour l’homme 

Flammarion 

246 pages, 19 € 

9782081389168 

 

Antoine est appelé en Algérie en 1960 et affecté à l’infirmerie de l’hôpital militaire dans lequel il s’impliquera profondément auprès d’Oscar, soldat dont la blessure a du nécessiter l’amputation de la jambe gauche. La venue de sa femme, enceinte, apporte un soulagement au jeune homme.

 

Au cœur des deux romans, le même évènement historique, la Guerre et l’Indépendance de l’Algérie, et ses conséquences, sur plusieurs générations dans le premier récit, sur une période plus brève dans le second, avec la volonté pour les deux auteurs de rester sobres et réalistes et d’explorer les effets délétères ou tragiques des silences.

Frédéric

 

Nathalie Bauer

Les Complicités involontaires

Philippe Rey

288 pages, 19 €

9782848766058 

 

La psychiatre Corinne V. reçoit une quinquagénaire dans son cabinet qui souhaite entamer une analyse avec elle. Cependant, Corinne V. reconnaît en Zoé B. une ancienne amie d’école, elle s’apprête à refuser de la suivre et de l’adresser à un confrère lorsque la patiente lui révèle souffrir de troubles amnésiques et d’une mélancolie qui serait due à l’histoire de sa famille paternelle qu’elle cherche à approfondir comme une véritable enquête. Corinne V. va enfreindre les règles et accéder à la demande. L’analyste est alors plongée dans le passé, ses propres souvenirs de leur amitié et de leurs expériences, le passé de l’analysante qu’elle découvre au coup par coup par d’étranges récits détaillés, photos…

Marie-Hélène et Frédéric

 

Maggie Nelson

Une partie rouge

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Julia Deck

Éditions du Sous-Sol

224 pages, 20 €

9782364682702 

 

1969, Jane Mixer, tante de Maggie Nelson, est assassinée dans le Michigan. Trente-cinq ans plus tard l’affaire n’est pas résolue mais un appel téléphonique de sa mère lui apprend que l’enquête est rouverte car un nouveau suspect a été trouvé. Un procès a lieu, où se rendent Maggie, sa mère et le père de celle-ci. Ils sont confrontés aux images et propos choquants du meurtre, aux détails inconnus ou oubliés. Maggie n’a jamais oublié, hantée par ce fantôme, elle se reconnaît dans ce portrait de jeune femme, jamais connue, et a écrit un livre de poésie sur ce personnage.

Marie-Hélène et Frédéric

 

Duquesnoy Isabelle

L’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard

La Martinière

528 pages, 20,90 €

9782732483542 

 

Victor Renard est plutôt malchanceux, son père tôt décédé ne l’aimait pas et sa mère, Pâqueline, lui a toujours reproché d’avoir fait mourir son jumeau à la naissance. Difforme, il s’éprend d’Angélique qui a tendance à le dénigrer… Le monde des vivants n’est pas vraiment fait pour lui. Sa mère lui trouve un emploi chez un embaumeur avec qui, miracle, il va s’entendre et apprendre. Il se fait reconnaître dans le milieu mais le sort s’acharne et le voilà emprisonné. Aussi tient-il la chronique de son procès et il livre tout de lui, de sa vie, de ses penchants, de son histoire et de l’Histoire.

Marie-Hélène et Frédéric

Charlotte Pons

Parmi les miens

Flammarion

192 pages, 18 €

9782081414150 

 

Manon rejoint Adèle, Gabriel et leur père à l’hôpital où vient d’être admise leur mère et épouse. Le médecin leur apprend qu’elle est en état de mort cérébrale. « Autant qu’elle meure. » Cela vient d’échapper à Manon, elle est la seule à le penser. Mais le souhaite-t-elle vraiment, et qu’en est-il de l’avis de leur mère avant l’accident ? Manon délaisse son mari et leur enfant et s’installe auprès des siens. Dans l’attente, les soins, les visites, un profond questionnement taraude la famille, les relations sont tendues, le passé ressurgit au hasard des conversations… Le souvenir de leur mère est ravivé mais tous en ont une image différente.

Marie-Hélène et Frédéric

Eric Reinhardt

La Chambre des époux

Gallimard, « La Blanche »

176 pages, 16,50 €

9782070197200 

 

Nicolas et Mathilde sont mari et femme, la quarantaine. Lui est compositeur de musique. Un jour elle lui apprend qu’elle est atteinte d’un grave cancer du sein et qu'un lourd traitement par chimiothérapie va suivre. Il envisage de laisser de côté son travail pour la soutenir dans l’épreuve, mais elle lui demande au contraire de l’accompagner en achevant la symphonie qu’il a commencée. Que ce soit là leur combat commun qui les guidera vers la guérison. Eric Reinhardt s’inspire ici de sa propre histoire lors de l’écriture de Cendrillon. Il prolonge la réflexion sur la puissance de l’art et de l’amour qui d’après lui « peuvent littéralement sauver des vies ».

Marie-Hélène

François-Henri Désérable

Un certain M. Piekielny

Gallimard, « La Blanche »

274 pages, 19,50 €

9782072741418 

 

Mme Kacew était persuadée que son fils Roman serait un grand de ce monde : écrivain, ambassadeur… Tout le monde voulait y croire. Aussi leur voisin, M. Piekielny, demanda au jeune garçon : « Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny… ». Adulte, l’écrivain, consul et tant d’autres, Romain Gary, se serait acquitté de sa tâche, en tout cas il l’exprime dans La Promesse de l’aube. Un hasard de circonstances a poussé F.-H. Désérable à partir à la recherche de ce M. Piekielny, et par là même du rapport de la littérature, de l’écrivain avec la réalité. Qu’est-ce que la réalité en littérature ? Et la fiction, où commence-t-elle ?

Marie-Hélène

 

Jeanne Benameur

L’enfant qui 

Actes Sud 

128 pages,, 13,80 € 

9782330078980 

 

L’enfant, le père et la grand-mère tentent de retrouver une place, de reconquérir un goût pour la vie suite à la disparition inexpliquée de la mère. Elle est partie sans raison aucune, laissant son fils à la garde du père, avec qui elle ne semblait pas avoir d’attaches, et de la grand-mère. L’enfant se laisse guider par un chien, arpentant la nature ; le père délaisse son lieu de prédilection. Un beau texte finement écrit sur la reconquête de soi et la liberté.

 

Marie-Hélène

 

Friedrich Torberg 

L’Élève Gerber 

Traduit de l’allemand par Françoise Toraille 

Zoé 

336 pages, 21,50 € 

9782889273706 

 

1930, dernière année de lycée pour l’élève Gerber et ses camarades. Année que clôt la Maturité, examen réputé ardu de fin d’études. Contraste saisissant avec les années précédentes, l’enjeu pour les élèves et les professeurs est de taille. Gerber est brillant mais son caractère n’est guère compatible avec le sérieux requis. De plus il se laisse distraire par sa passion pour la jeune Lisa et laisse les mathématiques en suspens. À l’annonce du nom du professeur principal, Kupfer (surnommé Kaiser Kupfer), il s’attend au pire tout en délaissant le conseil de ses parents : changer de lycée. Un duel inégal commence. Un roman qui traite de pédagogie et de harcèlement, thèmes méconnus en ces années 1930, date où il fut écrit.

 

Marie-Hélène

 

Rosa Mogliasso 

Si belle, mais si morte 

Traduit de l’italien par Joseph Incardora 

Finitude 

136 pages, 14,50 € 

9782363390813 

 

Ils passent tous par cet endroit, ils s’y donnent rendez-vous, flirtent, rêvassent, se promènent. Un jeune couple qui trafique un peu, un sans-abri revendicateur, un féru des sciences cosmiques, une future ex-fiancée… tous ont des raisons pour passer outre mais cela ne se fait pas sans remords. Un texte plutôt humoristique qui n’est pas sans rappeler le Mais qui a tué Harry de Jack Trevor Story adapté au cinéma par Alfred Hitchcock.

 

Marie-Hélène

 

Graham Swift 

Le Dimanche des mères 

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Marie-Odile Fortier-Masek 

Gallimard, « Du monde entier » 

141 pages, 14,50 € 

9782070178711 

 

Angleterre, 1924, la tradition demeure chez les aristocrates. Ceux-ci octroient un dimanche à leurs employés pour rendre visite à leur mère. Jane est la femme de chambre de la famille Niven. Orpheline elle bénéficie toutefois de cette journée qu’elle passe habituellement à lire ou à se balader à vélo. Mais cette année-là, Paul Sheringham, fils de bonne famille la convie chez lui. Amants de longue date ils se verront une dernière fois avant qu’il n’épouse Emma. Laissée seule en son domicile, Jane prend quelques libertés et savoure ces moments. Ce dimanche 1924 bouleversera son existence.

 

Marie-Hélène

 

Jessie Burton 

Les Filles au lion 

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Jean Esch 

Gallimard, « Du monde entier » 

496 pages, 22,50 € 

9782070196975 

 

Odelle, originaire des Caraïbes, est venue s’installer à Londres, suivant les idées que l’on se fait de la vie en cette cité. Elle a toutefois du mal à s’intégrer, elle travaille dans un magasin de chaussures où elle s’ennuie et fait face aux préjugés encore forts en cette année 1967. Secrètement elle aspire à devenir écrivain. Elle rencontre alors Marjorie Quick, une femme qui bouleversera son existence, laquelle lui propose un poste de dactylo dans une galerie d’art, et Lawrie Scott, jeune homme qui a hérité de sa mère une toile représentant deux jeunes femmes et un lion. Cette toile va susciter passion et curiosité car s’il n’en sait pas grand-chose, Quick, elle, semble détenir des informations. Sous prétexte d’une exposition, les protagonistes, Odelle en particulier, se livrent à une enquête et remontent aux années trente, révélant sur fond de guerre d’Espagne, une histoire d’amour.

 

Marie-Hélène et Frédéric

 

Stéphanie Hochet 

L’Animal et son biographe 

Rivages 

192 pages, 18 € 

9782743639310 

 

Une romancière est invitée à un festival littéraire du côté de Cahors. Un véritable parcours est organisé avec moult rencontres et conférences dont une apparition à Marnas où elle fait la connaissance du maire, personnage haut en couleur. L’organisation défaille, elle se retrouve à loger chez l’habitant dans une maison isolée sans possibilité d’en partir. Le maire de Marnas la contacte et lui passe commande d’un texte sur un sujet déroutant qui lui tient à cœur. Écrire une biographie sur l’aurochs, animal préhistorique emblématique des œuvres pariétales qu’il tente de ressusciter. Fascinée par la personnalité de l’homme, par ses projets ambitieux, elle se met à écrire et se laisse aller dans une sombre machination malgré elle.

 

Marie-Hélène

 

Jean-Baptiste Aubert 

11 ans 

Christophe Lucquin éditeur 

142 pages, 17 € 

9782366261080 

 

Kévin a 11 ans et il ne sait pas pourquoi il existe. Il décide de se suicider et tâche de raconter par écrit ce qu’il imagine être ses derniers moments, des épisodes qui l’ont marqué avant de passer à l’acte. Après sa tentative, il est placé dans une institution où il fait la connaissance d’Étienne qui lui apprend l’ébénisterie. Rencontre décisive qui ouvre la voie d’une nouvelle vie.

 

Marie-Hélène

Françoise Cloarec 

L’Indolente 

Stock 

354 pages, 20 €

9782234080980 

 

Le portrait de Marthe Bonnard, muse et épouse de Claude Monet. Toujours représentée jeune, nue la plupart du temps, par l’artiste, elle l’a accompagné et hanté. Ensemble ils ont construit une œuvre. Mais elle avait sa part d’ombre, révélée après sa mort. Une longue et douloureuse affaire judiciaire qui a éclaté au décès du peintre.

Marie-Hélène

Jean-Michel Guenassia 

La Valse des arbres et du ciel 

Albin Michel 

304 pages,  19,50 € 

9782226328755 

 

Été 1890, Van Gogh arrive à Auvers-sur-Oise où il effectuera un bref séjour. Auvers, c’est la commune du Dr Gachet, amateur d’art, un lien entre différents peintres, il côtoie en particulier les impressionnistes. Sa fille Marguerite y étouffe, sa rencontre avec Vincent va modifier le cours de leurs existences. Fut-elle le dernier amour de Van Gogh ? Le Dr Gachet fut-il réellement celui que l’on suppose ? Van Gogh s’est-il réellement suicidé ?

Marie-Hélène

Rosa Montero 

La Chair 

Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse 

Métailié 

190 pages,  18 € 

9791022605403

 

Soledad porte bien son prénom. La solitude ça la connaît. Elle vit seule – le dernier en date vient de la quitter pour une jeune femme qu’il a mise enceinte –, elle vieillit – soixante ans sous peu – et ne le supporte pas. Encore belle, encore attirante, elle adore l’amour – et faire l’amour –, les hommes – les jeunes. De plus, elle semble parvenue à un point de non-retour dans le milieu professionnel et elle a bien du mal à préparer l’exposition sur les écrivains maudits à la Bibliothèque pour laquelle elle a été mandée. Alors par bravade, par vengeance, elle engage un gigolo. Une relation trouble se tisse entre eux alors qu’elle-même tente de mener à bout sa mission.

Marie-Hélène

Christophe Carlier 

Ressentiments distingués 

Phebus 

176 pages,  16 € 

9782752910837 

 

Une sorte de huis clos sur une île, des habitants qui se côtoient et savent tout les uns des autres, qui fréquentent tous la même taverne… Le facteur se retrouve à distribuer des lettres anonymes et malveillantes. Les soupçons pèsent et entachent chacun, l’on essaie la parade mais rien n’y fait et l’inquiétude monte. Un récit léger en apparence mais qui sonde avec justesse l’âme humaine.

Marie-Hélène

Laurent Seksik 

Romain Gary s’en va-t-en-guerre 

Flammarion 

240 pages,  19 € 

9782081343900 

 

Laurent Seksik imagine ce qu’aurait pu être la relation de Romain Gary avec son père. Un père absent, mystifié ou fabulé dans l’œuvre de Gary. Biographie romancée à l’image du propre roman autobiographique de Gary, La Promesse de l’aube, qui approche la figure maternelle.

Marie-Hélène

Emmanuel Dongala 

La Sonate à Bridgetower 

Actes Sud 

336 pages,  22,50 € 

9782330072803 

 

Beethoven a dédié une sonate à Kreutzer mais elle était initialement destinée à Bridgetower. Emmanuel Dongala retrace et rappelle le destin de ce jeune prodige présenté aux plus grandes cours d’Europe – Paris, Londres, Vienne. Initié au violon par Haydn, il n’a pas 9 ans quand il arrive avec son père à Paris, lequel n’a en tête que le fabuleux parcours de Mozart.

Marie-Hélène

Joyce Carol Oates 

Sacrifice 

Traduit de l’anglais (Etas-Unis) par Claude Seban 

Philippe Rey 

357 pages, 22 € 

9782848765464 

 

En 1987, dans un quartier délabré du New Jersey, une jeune fille Noire est retrouvée dans une cave, tremblant et pleurant, ensanglantée, par une voisine. Selon ses premières déclarations et celles de sa mère, elle aurait été enlevée et violée par des policiers Blancs.

 

Atticus Lish 

Parmi les loups et les bandits 

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy 

Buchet-Chastel 

558 pages, 24 € 

9782283029251 

 

A New-York, un vétéran traumatisé de la guerre d’Irak rencontre une jeune immigrante d’origine ouïghoure sans papier, sortant de prison et cherchant travail et refuge.

 

Ces deux romans explorent avec une lucidité désespérante les maux de la société américaine et nous accompagnons ces laissés-pour-compte dans leurs multiples épreuves. Les défauts structurels de ce pays- multiples bavures policières raciales, recours à des jeunes défavorisés dans des conflits extérieurs  qui seront abandonnés à leur retour, laisser-faire dans le traitement des clandestins - constituent le décor social de ces récits. Ces maux sont aggravés par des trajectoires personnelles, familiales et sociales solitaires et malmenées par la violence, la drogue et l’exploitation par des hommes cyniques.

Frédéric

Pascal Quignard

Les Larmes

Grasset, « Collection littéraire »

214 pages,  19 €

9782246861799

 

Pascal Quignard explore les origines, aux confins de la philosophie, des légendes et de la poésie. Sous prétexte de décrire les trajets de deux faux jumeaux que tout oppose, c’est la naissance de la langue qu’il honore, le français, qui remonte au ixe siècle.

Marie-Hélène

François Vallejo

Un dangereux plaisir

Viviane Hamy

320 pages,  19 €

9782878583137

 

Élie Élian pourrait être un épicurien d’un genre nouveau. Dès son jeune âge, loin d’être choyé, il a été sustenté. C’est là la seule façon d’envisager la nourriture. Lui s’est battu pour rejeter les plats délivrés par ses parents. Paradoxalement, il est fasciné par la nourriture, la composition des mets. Il passe son temps aux portes des auberges, restaurants pour épier les gestes, inventer les saveurs. Son rêve est de créer lui-même. Ce qu’il fera tout en découvrant les joies du plaisir sexuel. Une écriture fine, dans un registre culinaire. L’auteur de Ouest compose ici un roman agréable et original.

Marie-Hélène

Mélanie Richoz

J’ai tué papa

Slatkine & Cie

112 pages,  12 €

9782889440207

 

Beau roman intime à trois voix : un père, mourant, sa femme et leur fils, un jeune autiste qui saisit toutefois le monde. Très proches, jouant « au mort », le père défaille et se retrouve à l’hôpital. Les appréhensions de la mère liées à la douleur de la perte à venir – il est condamné –, font qu’elle s’interroge sur le devenir de leur fils. Ce jeune garçon perçoit cela et le transcrit à sa manière, avec ses mots.

Marie-Hélène

Isabelle Kauffmann

Les Corps fragiles

Le Passage

144 pages,  15 €

9782847423396

 

Le récit de la narratrice, une infirmière libérale lyonnaise de la première heure. Ce qui l’a motivée à se dédier aux autres, aux corps fragiles, ces êtres qu’elle aura croisés tout au long de son parcours. Un beau roman aux notes optimistes portées par la narratrice.

Marie-Hélène

Harold Cobert

La Mésange et l’Ogresse

Plon

432 pages,  20 €

9782259230421

 

 

Harold Cobert revient ici sur l’affaire Fourniret. Il imagine ce qu’ont pu être les heures d’interrogatoire de Monique Fourniret jusqu’au 22 juin 2004, date à laquelle elle a fini par révéler certains aspects du comportement criminel de son mari. Et c’est bien dans sa tête que l’on se trouve, et dans celle du policier en charge de l’enquête. Présentation factuelle de certains des enlèvements, ces jeunes filles accostées par un « professeur et père de famille », ou un « mari conduisant sa femme à l’hôpital pour l’accouchement », suivie de la perception de Monique Fourniret, son rôle dans ceux-ci, puis le sentiment du policier… C’est l’histoire d’une rencontre entre deux êtres dominés par le mal, deux pervers, à se demander lequel l’est le plus. Un roman bien construit, qui ne sombre pas dans le voyeurisme et étudie finement la psychologie des personnages.

Marie-Hélène

Élodie Llorca

La Correction

Rivages

192 pages, 18 €

9782743633387

 

Le narrateur le sait : une seule lettre change et tout se dérègle. La coquille, il la traque au jour le jour, correcteur professionnel à la Revue du Tellière. Mais là, il en est persuadé, quelqu’un se joue de lui, cherche à le prendre en faute, ajoutant des coquilles après sa première lecture. Ne serait-ce pas Reine, sa patronne qui le fascine et l’intimide ? Il tâche de mener l’enquête, mais des coquilles de tout autre nature apparaissent… Un premier roman où l’on évolue dans les arcanes du monde de l’édition. Un aperçu de ce métier sous-estimé et pourtant indispensable ; une balade au pays des mots.

Marie-Hélène

Serge Joncour 

Repose-toi sur moi 

Flammarion 

430 pages, 21 € 

9782081306639 

 

C’est en apparence une bourgeoise… en tout cas Ariane vit dans la partie noble de l’immeuble. Styliste, elle est mariée à un homme d’affaires américain ; a deux enfants, une nurse, un bel appartement ; et a créé avec un associé sa propre maison de couture. Une citadine, une Parisienne, assurément. Elle se sent cependant menacée dans son existence : des corbeaux dans la cour de l’immeuble la narguent au quotidien, les affaires périclitent et elle pressent la catastrophe. Lui, Ludovic, est un ancien agriculteur, un exilé qui a fui sa campagne pour la ville, tâchant de mettre de côté ses souvenirs douloureux, la perte de sa compagne. C’est une force de la nature, il est recouvreur de dettes et vit dans la partie désertée. Leurs fenêtres se font face, mais ils ne se connaissent pas jusqu’à ce qu’ils se croisent pour de bon.

Marie-Hélène

Véronique Ovaldé

Soyez imprudents les enfants

Flammarion

352 pages, 20 €

9782081389441

La dernière des Bartolome, Atanasia, aurait aimé recevoir ce conseil tant répété à ses ancêtres : « Soyez imprudents les enfants », cela lui aurait permis peut-être de vivre cette adolescence morne. Morne jusqu’à ce qu’elle tombe en admiration devant une toile du peintre Roberto Diaz Uribe, une énigme cet homme-là… il a disparu du jour au lendemain sans laisser de traces, on le dit retiré sur une île inconnue. Fascinée, comme hypnotisée, elle quitte son pays basque natal et part à sa recherche. L’occasion pour elle de vivre, ou de se créer une vie, d’apprendre un peu sur sa propre famille, puisqu’elle partage avec lui des liens de parenté.

Marie-Hélène

L’Ajar

Vivre près des tilleuls

Flammarion

128 pages, 13 €

9782081389199

 

Dépositaire des archives d’une écrivaine, Vincent König appréhende la tâche. Cependant, ouvrant la chemise « Factures », il découvre des dizaines de pages… mots manquants, phrases illisibles. Mais aucun doute, il s’agit là d’un « journal de deuil », l’écrivaine y dévoile sa douleur de mère suite à la perte de sa fille unique Louise, sa vie d’après – événement et ressenti qu’elle n’a jamais abordés dans ses ouvrages. König fait publier en l’état ce texte sous le titre Vivre près des tilleuls.

La force de cet écrit réside dans sa composition. Ici, pas un auteur mais un collectif de dix-huit personnes. Un peu comme un exercice d’atelier d’écriture, mais les différentes plumes ne dénotent pas, un même fil, un style similaire, une belle sensibilité.

Marie-Hélène

Tony Birch

Du même sang

Traduit de l’anglais (Australie) par Antoine Bargel

Mercure de France, coll. « Bibliothèque étrangère »

288 pages, 23,80 €

9782715242487

 

Jesse est très jeune lorsqu’il prend conscience qu’il va devoir prendre soin du petit être, Rachel, qui surgit dans son existence. Dès l’accouchement de Gwen en fait, leur mère. Lui, son père est parti depuis bien longtemps, il ne sait d’ailleurs pas qui il est. Rachel, c’en est un autre. Car Gwen est strip-teaseuse, alcoolique et a cette fâcheuse habitude de se lier à des hommes de passage. Tous trois traversent l’existence, le pays du mieux qu’ils peuvent. Mais Gwen rencontre Ray et décide de l’épouser. Et il a le coup de poing facile ce Ray, et Rachel alors âgée de 7 ans est bien mignonne… Et cela, Jesse le refuse, il n’est pas question de le laisser faire, quitte à fuir.

Marie-Hélène

Luca Di Fulvio

Le Gang des rêves

Traduit de l’italien par Elsa Damien

Slatkine & Cie

720 pages, 23 €

9782889440061

 

Cetta n’a que 15 ans et un bébé de six mois lorsqu’elle pose le pied sur le sol américain, la terre promise. Ce sont les années 1920, c’est New York, la ville par excellence, ses quartiers, sa population d’immigrés, ses gangs. Elle trouve vite un travail – prostituée dans une maison close dirigée par celui qui deviendra son homme. Et au quotidien, il faut lutter, maintenir en soi une rage de vivre. C’est ce qu’elle transmet à son fils. Fresque à rebondissements avec des personnages attachants.

Marie-Hélène

 

Sophie Chauveau

La Fabrique des pervers

Gallimard, coll. « Blanche »

288 pages, 19,50 €

9782070179862

 

Loin du romanesque… Sophie Chauveau dévoile ici la perversité dans ce qu’elle a de plus noir. Elle enquête au cœur même de sa famille. Enfances et adolescences de nombre de personnes de celle-ci ont été saccagées, et ce depuis trois générations. Comme si cela se transmettait, comme si un gène était en cause. Adultes, hommes et femmes, se sont passé le mot et ont osé porter la main voire plus sur leur propre chair. Un récit troublant, qui ne laisse pas indifférent. L’abus sexuel est ici exploré avec franchise.

Marie-Hélène

Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles

Finitude

160 pages, 15,50 €

9782363390639

 

La famille vit au rythme de cui semble une douce folie maternelle. La joie et le bonheur apparaissent comme les mots maîtres des habitants de la maisonnée. Mais la mère, figure emblématique, va parfois trop loin et père et fils vont tout faire pour tenter de maintenir ce semblant d’existence. De la fantaisie pour un sujet cependant grave, des personnages émouvants.

Marie-Hélène et Frédéric

Jean Echenoz

Envoyée spéciale

Minuit

320 pages, 18,50 €

9782707329226

 

Un roman d’action qui fait du bien, à la limite du burlesque parfois. Constance est une jeune femme oisive qui va se retrouver au cœur d’une mission d’espionnage. Mais pour ce faire, il faut la préparer, la conditionner… Enlèvement, prise d’otage… ses ravisseurs, experts ès espionnage s’avèrent maladroits. Rebondissements garantis.

Marie-Hélène et Frédéric

Solomonica de Winter

Je m’appelle Blue

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Luc Defromont

Liana Levi

224 pages,  18 €

9782867467868

 

Blue a treize ans et son père vient de mourir ne lui laissant que Le Magicien d’Oz. Déjà solitaire la jeune fille s’enferme encore plus et surtout devient une fille sans mots, ne pouvant plus parler. Elle confie avoir tué un homme et une femme et raconte comment elle l’a fait. En plein deuil et dépassée, seules les pages de l’œuvre parviennent à lui fournir un refuge, sa mère est une toxicomane, ses camarades de classe la jugent folle. Elle rencontre cependant Charlie lui aussi fasciné par le Magicien d’Oz. Pour lui, elle sort de son mutisme. Mais elle le surprend dans les bras d’une autre et l’amour se change en haine.

Marie-Hélène

James McBride

L’Oiseau du bon Dieu

Traduit de l’américain (États-Unis) par François Happe

Gallmeister, coll. « Americana »

448 pages,  24,80 €

9782351780978

 

Henry est un jeune esclave noir orphelin de mère qui suit son père sans discuter, cireur de chaussures dans les bars. John Brown, un célèbre abolitionniste débarque en ville et, alors qu’il entre en confrontation avec un esclavagiste, le père de John est tué. Brown, chef illuminé, prend le jeune garçon pour une fille et le libère de sa condition, il le prend en charge et l’emmène avec lui dans sa lutte armée. Usant de ce nouveau rôle, il va alors vivre des aventures incroyables, s’en démarquant à chaque fois avec une audace insoupçonnée. Épopée à l’humour décapant.

Marie-Hélène et Frédéric

Jean-Paul Didier Laurent

Macadam

Au diable vauvert

176 pages,  15 €

9782846269636

 

Recueil de dix nouvelles où le commun et le populaire trouvent des déclinaisons originales parfois humoristiques. Un prêtre s’ennuie ferme après tant d’années de pratique, les voix du confessionnal ne le portent plus, seule sa petite voix à lui se fait entendre. Un moustique met fin de manière magistrale à une corrida. Une maison de retraite où l’attente de la fin se décline en assassinats…

Marie-Hélène

Éric Faye

Il faut tenter de vivre

Stock

180 pages,  17 €

9782234078017

 

Sandrine est de ces êtres que l’on croise parfois dans une vie, personnalité à la limite de tout, d’elle-même en particulier. Des actes délictueux font qu’elle se doit de rester en marge mais son enfance et ses relations avec sa famille la mettaient déjà en dehors du commun. Éric Faye la croise donc et s’en saisit pour dresser un portrait émouvant et attachant où le sens de la vie prime.

Marie-Hélène

Joëlle Miquel

Au bonheur des jours

La Différence

192 pages,  18 €

9782729121709

 

Femmes de tous types, actuelles, romantiques ou libérées, jeunes filles, mères, épouses… se livrent dans ces courtes nouvelles. Elles racontent souvent un quotidien conventionnel qu’un événement d’un instant, un petit bonheur ?, va modifier voire transformer. Des nouvelles qui font du bien et qui dépeignent si bien la vie. De beaux portraits de femmes.

Marie-Hélène

Antoine Piazza

Tours de garde

Rouergue, coll. « La Brune »

128 pages,  13,80 €

9782812607479

 

L’épouse d’Antoine Piazza se trouve plongée dans le coma suite à un grave accident. L’auteur et sa fille l’accompagnent durant ses différents séjours à l’hôpital. Ils logent dans une pension spécialement conçue pour les accompagnants, côtoient des familles elles aussi ébranlées par la maladie, le système hospitalier. Ce sont là des rencontres humaines et chaleureuses et le narrateur dresse le portrait de ces personnes, décrit les aléas des soins, les peurs et les espoirs.

Marie-Hélène

Anders Bodelsen

Mauvais Calcul

Traduit du danois par Anne Renon

Autrement

384 pages, 20 €

9782746735002

 

Tout s’annonce pour le mieux, Henrik Mörk va être promu directeur de la nouvelle usine de la concession automobile ; l’occasion de lancer un nouveau modèle en partenariat avec l’Allemagne. Il peut s’engager pour l’achat du terrain où construire sa maison, une nouvelle vie pour sa petite famille. Ce soir-là, il est chargé par son supérieur, Falck, de tenir compagnie et de raccompagner les Allemands venus pour les dernières mises au point. Il s’acquitte de sa tâche, et pousse un peu, il tarde, veille, boit, s’arrête dans un bar au retour et poursuit la soirée avec de jeunes gens rencontrés sur place. Il décide de rentrer et emprunte la voiture de l’un d’eux. Que faisait ce cycliste en pleine nuit, sans éclairage, sur cette petite route ? Ces questions vont la tarauder longtemps après l’accident. Le poids de la culpabilité, mais la nécessité de se cacher prévaut. Jusqu’au jour où il est poussé à réagir.

Marie-Hélène

Pauline Dreyfus

Ce sont des choses qui arrivent

Grasset

232 pages,  18 €

9782246852605

 

La duchesse de Sorrente vient de mourir, en ce jour de 1945 au sein de la paroisse parisienne et huppée Saint-Pierre-de-Chaillot, le beau monde se déplace pour ses obsèques. Natalie de Sorrente a suivi une voie en marge des bonnes mœurs, chargée d’un secret qui loin de provoquer la honte faisait dire que « ce sont des choses qui arrivent ». Sa personnalité, son nom, sa réputation ont intimé l’indulgence du milieu. En plein conflit mondial, elle apprend l’origine de sa filiation et cela devrait tout remettre en cause mais en ce monde aristocratique cela ne se passe pas ainsi, personnalité frivole, elle doit faire face à ce qui se dit ou pas, se vit ou non, et cela ne s’accorde pas avec ses convictions intimes. Le portrait d’une femme libre en prise avec les aléas de l’histoire familiale et de la grande.

Marie-Hélène

Caroline De Mulder

Bye Bye Elvis

Actes Sud

288 pages, 20 €

9782330035945

 

Le 16 août 1977, disparaissait Elvis Presley, symbole d’une Amérique, adoré par des millions de fans qui ne manqueront pas de croire en de multiples hypothèses. Ses dernières années signèrent une forme de déchéance où la star ne perdit cependant pas sa candeur naturelle.

Dix-sept ans plus tard, Yvonne, récemment touchée par la mort de son époux, doit reprendre une activité. Elle se tourne vers le service à la personne et s’engage auprès de John White, un vieil Américain excentrique au physique fragile, repoussant. Ils passeront vingt années ensemble, tissant une relation de dépendance, chacun respectant les silences de l’autre, au point que nul ne sait rien de la vie de l’autre. Mais qui est-il cet Américain obèse, riche, dépensant sans compter jusqu’au jour où ses fonds tarissent ? En alternance, la vie d’Elvis et celle de White, comme un télescopage. Des vies d’isolement, chacune son rythme propre. Un lien existe-t-il réellement ?

Marie-Hélène

Minh Tran Huy

Voyageur malgré lui

Flammarion

240 pages,  18 €

9782081333567

 

Line, en séjour à New York, visite un musée où elle découvre l’existence d’Albert Dadas. Cet homme étant le premier cas connu de « tourisme pathologique » (xixe siècle) : pris d’un besoin impératif de partir et de suivre divers itinéraires. Cette anecdote réveille en Line des souvenirs, ceux des voyageurs « malgré eux », ceux qui, contraints, ont dû prendre la route. Des déracinés, immigrés, exilés. Ceux de sa famille dépeints dans leur histoire personnelle, des récits qui s’entrecroisent entre la mémoire familiale et la mémoire collective. En faisant revivre ces déracinés, en leur réattribuant nom et histoire, elle les intègre dans l’Histoire, leur rend hommage.

Marie-Hélène

David Carkeet

Une putain de catastrophe

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin

Monsieur Toussaint Louverture

414 pages, 20,90 €

9791090724112

 

Jeremy Cook, linguiste au chômage depuis la fermeture de l’Institut dans lequel il menait des études sur le langage des jeunes enfants, se voit proposer de travailler pour une agence dont la mission est de sauver les couples en crise. Il est délégué chez les Wilson qui souhaitent éviter la séparation.

Comédie réussie dans laquelle des hommes incapables de vivre longtemps à deux sont chargés de, non seulement de comprendre les mécanismes des conflits à l’intérieur du couple et de la famille, mais également de proposer des solutions. Impossible de ne pas penser à des situations vues ou vécues, et de ne pas en  rire.

Frédéric

Ann Patchett

Anatomie de la stupeur

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Gaëlle Rey

Jacqueline Chambon

368 pages, 23,80 €

9782330016401

 

M. Fox est le dirigeant d’une importante société pharmaceutique du Minnesota. Celle-ci a missionné le Dr Swenson au Brésil, en pleine forêt amazonienne, poursuivre des recherches pour un nouveau médicament révolutionnaire. Il s’agirait de rallonger la fertilité des femmes de plusieurs années. Mais le Dr Swenson, femme au caractère bien trempé, fait partie d’une ancienne génération de chercheurs, elle a suivi les traces de son mentor, le Dr Rapp, lui cédant le fruit de ses propres découvertes. Elle a cette tendance au refus de transmettre certaines informations. Silence radio. Inquiet – pour qui ou pourquoi ? – M. Fox dépêche un collaborateur. La nouvelle tombe brutalement, ce dernier est mort et enterré sur la terre brésilienne. Sa femme n’y croit pas ; sa collègue et amie Marina Singh accepte de partir pour ramener des explications, et pour reprendre contact avec le Dr Swenson, son ancien professeur. S’immerger dans un monde qu’elle ne connaît pas, au cœur d’une nature hostile et de peuples dont les mœurs lui échappent ; la retrouver sa consœur, elle qui semble fuir ; lui faire face et rapporter les nouvelles des avancements… La tâche pourrait s’avérer riche en aventures et rencontres.

Marie-Hélène

Gail Godwin

Flora

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux

Éditions Joelle Losfeld, coll. « Littérature étrangère »

288 pages, 22,50 €

9782072496325

 

La narratrice, Helen, est âgée de 10 ans en 1945. C’est l’été de cette année-là qu’elle relate. Un été en tous points mémorables pour cette petite fille intelligente, vive et qui n’a pas la langue dans sa poche. Orpheline de mère, elle vit avec son père et sa grand-mère dans une ancienne pension pour convalescents, tenue par ses aïeux. Mais sa grand-mère vient de mourir, son père doit partir en mission pour l’armée – en plein conflit. Il fait appel à Flora, cousine de feue son épouse, pour venir veiller sur Helen. Une étrange relation se noue, la jeune adulte surprend la fillette : bête ? simple ? Toutes deux apprendront l’une de l’autre au cours de cet été-là, histoire familiale, confiance en soi, jalousie… mais encore plus des événements dramatiques qui surviennent.

Marie-Hélène

J. Robert Lennon

Mailman

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Chabin

Monsieur Toussaint Louverture

672 pages, 23 €

9791090724082

 

Albert Lippincott, dit Mailman, est facteur dans une petite communauté américaine ; dévoué, zélé, maniaque. Ses bizarreries s’étendent donc de son quotidien personnel à son quotidien professionnel. Pendant ses déjà longues années de service, il a peaufiné l’art de sélectionner, substituer le temps de les ouvrir et de les photocopier, les lettres de certains de ses usagers. Sans doute a-t-il conservé trop longtemps une missive, accusations du destinataire, dépôt de plainte, suicide de l’usager. Parallèlement, il accumule dépression, une relation à la limite de la perversité avec sa sœur, le souvenir mi-nostalgique mi-revanchard de sa vie maritale, et les soupçons haineux de son supérieur, son engagement pour le Kazakhstan – y aider à développer le bureau de poste local, y donner des cours d’anglais… Les événements s’accélèrent, il doit leur faire face, une bonne fois pour toutes.

Marie-Hélène

Laird Hunt

Les Bonnes Gens

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Laure Tissut

Actes Sud

256 pages, 21,80 €

9782330027513

 

Ginny, vieille femme blanche, relate ce qu’elle vécut et fit vivre dans le comté de Charlotte, un coin isolé du Kentucky, avant la guerre civile, « un lieu peuplé de démons ». Elle accepta, à peine sortie de l’adolescence, l’image qu’en donna un jeune veuf, cousin de sa mère, Linus Lancaster : une demeure coloniale au milieu de champs, de bêtes, la possibilité pour elle de s’adonner à la lecture et autres plaisirs. Elle devint sa femme et le suivit. Le « Paradis » consistait en une masure, bouts de champs rares bestiaux, et corvées. Elle avait à peine quelques années de plus que Zinnia et Cleome, les deux domestiques noires, ses seules compagnes qu’elle aida parfois, pour certaines choses, mais qui vite furent rivales. Son époux ne manquait pas d’imagination en matière de haine raciste, par pure jalousie elle se prêta au jeu jusqu’au jour où l’assassinat du tyran inverse les rôles. Un récit à plusieurs voix, sur plusieurs époques, en plusieurs lieux qui relate un pan ténébreux de l’histoire des États-Unis.

Marie-Hélène

Nicolas Jaillet

La Maison

Rue du départ, coll. « Voyage noir »

128 pages, 10 €

9791090565036

 

Le jour de son mariage, Martine n’a pas pleuré lorsque l’événement est survenu. Jean, elle l’a épousé sans amour, enceinte de deux mois. Le mariage s’est consommé pour elle avec, semble-t-il, fatalisme et indifférence, seize années durant au sein d’une maison plantée à Dombrésy. Leur fils, n’a pas tout suivi, compris, vécu, ce qu’il ne sait, ce dont il ne se souvient pas, il tâche à présent de le reconstruire en l’imaginant. La tension qui monte entre les parents, le silence qui se fait pesant, les habitudes et l’apparente normalité qui sont une manière de voiler. Martine, qui au fil des ans s’approprie une petite pièce où elle remise ce qui devrait être jeté… sa petite pièce qui se révèle vide le soir des 16 ans de son fils.

Marie-Hélène

Gwendolen Gross

Elle a disparu

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson

Liana Levi

372 pages, 20 €

9782867467073

 

La vie suit son cours dans cette banlieue résidentielle américaine, un cours tranquille, l’image idyllique, une image stéréotypée avec ces maisons aux jardins soignés et ces voisins qui se connaissent ou tout au moins savent tout des faits et gestes des uns et des autres. Tout semble si parfait… jusqu’au jour où une jeune adolescente calme et sans problèmes disparaît. L’univers si « familial » s’effondre, les vraisemblances éclatent, les petits secrets aussi. Les portraits des habitants se dessinent, leur vraie nature s’accorde peu avec la perfection.

Marie-Hélène

Daniel Woodrell

Un feu d’origine inconnue

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sabine Porte

Autrement

192 pages, 15 €

9782746736177

 

West Table est une petite ville du Missouri, bourgade ordinaire de l’Amérique profonde qui connut en 1929 un drame qui marqua l’ensemble de la population. Un incendie a dévasté un dancing, le Arbor Dance Hall, emportant ou défigurant nombre de jeunes gens. L’indignation est encore présente, justice a-t-elle été rendue ? Trente ans plus tard Alma témoigne, elle raconte les événements, redonne vie aux victimes, relate l’enquête et révèle la vérité – ce qui a été tu.

Marie-Hélène

Sylvain Pattieu

Le Bonheur pauvre rengaine

Rouergue, coll. « La Brune »

304 pages,  21,50 €

9782812605482

 

Évoluant dans les bas-fonds, Yvonne et Simone, aspirent à gagner un rang qu’elles ne possèdent pas, attirance pour le faste et l’argent, elles ont sombré dans la prostitution. L’une est casée, violemment éprise et sous la coupe de Fredval, mac et escroc qui compte faire de même avec la nouvelle. L’arrangement se fait, elles partageront un appartement bourgeois à Marseille, recevront les clients, l’une étant une présence à peine supportable pour l’autre. Mauvaise rencontre ? Préméditation ? Le cadavre d’Yvonne est retrouvé dans l’appartement, Simone, elle, est blessée. L’auteur décortique les univers parisien et marseillais de l’époque, bagne, dancings, bordels, ouvriers anarchistes, syndicalistes… et le déchaînement de la police, de la presse, de la foule. Le roman repose sur la reprise d’un fait divers datant de 1920.

Marie-Hélène

Pascal Mercier

Le Silence de Perlmann

Traduit de l’allemand par Nicole Bary et Gaëlle Guicheney

Libella Maren Sell

782 pages,  26 €

9782355800269

 

Philipp Perlmann est un linguiste allemand de renommée internationale exerçant à l’université, souvent invité à participer à des conférences pour parler de ses derniers travaux. Mais ses travaux se font rares. La mort accidentelle de son épouse l’a plongé dans une crise existentielle qui le tétanise. Or il a accepté d’organiser un colloque de spécialistes des sciences du langage. Trois semaines durant, ses confrères et lui-même auront à travailler et réfléchir aux articulations existant entre récit et mémoire. Perlmann n’a rien à apporter, aucune recherche de sa part depuis si longtemps, seuls ses doutes, son sentiment d’incapacité, son angoisse et son silence. Son silence l’accapare, dirige ses moindres faits et gestes tant il sombre dans ses propres pensées, à tourner, se retourner, inventer, mentir, évoquer le pire pour essayer de faire face aux situations qu’il n’a de cesse de provoquer. Premier roman de l’auteur de Train de nuit pour Lisbonne.

Marie-Hélène

Karl Taro Greenfeld

Triburbia

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise Adelstain

Philippe Rey

288 pages, 20 €

9782848763378

 

Manhattan, le quartier Tribeca a vu s’installer tout un monde de jeunes bourgeois, d’arrivistes, de pseudo-bohêmes, d’artistes… Le quartier a une réputation à maintenir, réussite, chic, luxe. Ses membres s’y essayent tant bien que mal. Tous les matins, un groupe d’hommes, des pères qui accompagnent leurs enfants à l’école, se réunit pour un petit déjeuner, le moment de se montrer, étalage, rumeurs, bien séant, bien pensant ? Quel est ce petit monde où chacun au final s’est immiscé à sa manière, qui pour l’argent, le pouvoir, le mensonge, le mépris ; un univers où l’on ne sait pas ou plus qui trompe qui, qui est sincère ?

Marie-Hélène

Fatos Kongoli

Le Boléro dans la villa des vieux

Traduit de l’albanais par Edmond Tupja

Rivages

256 pages, 20 €

9782743625191

 

Parashqevi vit et travaille à Tirana. Devenir aide-soignante, « obéissante », dans un hôpital n’a pas aidé à rompre sa solitude et son mal-être. Un mal-être qui s’explique au fil de son récit : pourquoi elle se vit laide, mal aimée, invisible et pourquoi ses miroirs s lui confirment ses sentiments. Son chef la convoque et lui présente un ami, riche et bien pensant. Ce dernier lui propose de travailler pour lui : habiter chez ses parents, vieilles personnes malades, prendre soin d’eux au quotidien, effectuer les tâches ménagères. C’est ainsi qu’elle rencontre ce couple aux habitudes étonnantes, elle apprend à gérer leurs lubies, se fait à leurs caractères, s’y attache. C’est le portrait d’une femme libre, d’esprit, de mœurs, une femme moderne mais qui ne sait qu’elle l’est. Sa relation avec ces deux personnalités dont la vie s’achève va-t-elle l’aider à trouver sa voie ?

Marie-Hélène

Otto B. Kraus

Le Mur de Lisa Pomnenka

Traduit de l’anglais par Stéphane et Nathalie Gailly

Suivi de :

Catherine Coquio

Le Leurre et l’Espoir. De Theresienstadt au block des enfants de Birkenau

L’Arachnéen

335 pages, 24 €

9782954105918

 

Le roman se fait témoignage, celui d’un homme qui fut à la fois témoin, victime et acteur. Juif tchèque envoyé parmi tant d’autres au camp de Terezín puis sélectionné pour le camp de Birkenau au sein d’un camp des familles. Pure manipulation pour que la Croix-Rouge visitant Terezín ne réalise pas l’horreur de l’extermination en cours. Ce sont les six mois de vie précaire des internés qui est relatée, transposée ici, « bénéficiant » de la mise en place d’un centre pour enfants où chacun tentait de vivre en oubliant ce qu’il savait advenir. Cacher la réalité, la taire, faire avec, vivre au mieux ces quelques mois, et pourquoi pas avoir l’idée de s’évader, de fomenter. Faire fi de la désespérance. Activités avec les enfants, éducation cachée au risque de leur vie, pièces de théâtre et musique… seul le jeu était autorisé car n’ayant aux yeux des Allemands aucun intérêt éducatif. Des enfants matures avant l’âge, qui sans doute comprenaient d’où venaient les fumées qu’ils sentaient, voyaient.

L’essai est plus qu’un éclaircissement, il redonne « vie » aux protagonistes, souvent tus, parfois renommés, parfois fictifs. Il retrace les événements et donne suite à cette volonté de survivance. L’aspect culturel, l’aspect politique et ses engagements y ont la part belle.

Marie-Hélène

Berta Marsé

En échec

Traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu

Christian Bourgois

200 pages, 16 €

9782267024609

 

Sept nouvelles où les protagonistes confrontés à un événement, une personne, une situation dans un moment anodin ou au contraire décisif sont mis en échec. L’échec prend son sens intime, propre à chacun avec son poids de mots, de relations, de secrets, les caractères et singularités : des dessins d’enfants dévoilent les mensonges d’une mère ou font soupçonner des actes pédophiles, une perruquière défiant pour l’honneur une diva sur la fin, un jeune couple qui n’en sera peut-être pas un, un père manigançant pour que son fils adolescent et mourant connaisse l’amour, les conséquences presque générationnelles d’une infidélité, un père qui tient sa promesse d’appeler sa fille… Un style pour chaque nouvelle – le ton diffère, plus ou moins grave, une certaine légèreté et un cynisme – qui permet à la mise en échec de se déployer, de s’étendre pour, au moment critique, modifier la donne, révéler, conclure parfois brutalement.

Marie-Hélène

Franck Maubert

Ville close

Écriture

184 pages, 18,95 €

9782359050554

 

Julien Collardeau tourne une page, déchu professionnellement il passe de critique gastronome à rédacteur de nécrologies, il abandonne sa vie parisienne pour s’installer, contraint, au bout du monde. Sa retraite n’est pourtant que la ville de Richelieu, la cité du cardinal, lequel la rêvait idéale, parfaite. Julien la connaît cette cité, il y a passé de bons moments avec sa tante, peut-être même son initiation sexuelle. Il revient donc en ce lieu soi-disant perdu qui se fait scène théâtrale, s’y révèlent les caractères ambigus et mystérieux des personnages, des événements : une ville close – ceinte de remparts, architecture à dessein – où les habitants quoique étranges sont avenants, où un corbeau fait son triste office, où les morts suspectes se succèdent, où les ombres du passé demeurent. Rien ne s’explique de la présence, de l’absence, des événements ; tout est laissé au mystère, en suspens, du début à la fin du roman, même les faits réels dont il s’inspire ; un lieu peut-être où chacun se perd. Un roman d’atmosphère, aussi plaisant que déconcertant.

Marie-Hélène

Kathleen Winter

Annabel

traduit de l’anglais (Canada) par Claudine Vivier

Christian Bourgois

464 pages, 20 €

9782267023725

 

Fin des années soixante, au cœur du Labrador, en un village reculé où les traditions restent honorées, par choix ou par obligation, où la nature tient lieu de métronome, Thomasina assiste son amie Jacinta qui met au monde son premier enfant. L’enfant de Jacinta et Treadway naît hermaphrodite, les deux sexes sont là, présents. D’emblée les interrogations et les doutes. Comment élever l’enfant ? Sous quel sexe ? Imposer ou respecter la nature profonde, mais laquelle ? Le test médical tranche, ce sera Wayne. Ainsi le jeune garçon grandit ; son père, au nom du sexe masculin, tâche de le guider dans ses activités ; sa mère est partagée, ressentant une part de féminité, et c’est en secret qu’elle appelle sa fille ; Thomasina lui confie le prénom de sa propre fille qu’elle vient de perdre, Annabel. Les années qui passent où la personnalité se forge, où la nature sexuelle s’affiche et revendique ; Wayne comprend, apprend sa différence, il la teste, se cherche, éprouvé dans ses propres sensations, questionnements. Son moi caché se manifeste en permanence. La détermination médicale, l’éducation peuvent-ils trancher lorsqu’une certaine conviction reste latente ?

Marie-Hélène

Ludvík Vaculík

Les Cobayes

traduit du tchèque par Alex Bojar et Pierre Schumann-Aurycourt [collectif]

36 dessins de Jérémy Boulard Le Fur

Attila

256 pages, 20 €

9782917084540

 

Vachek père, ayant décidé de transmettre une étude « animalière » à l’usage de ses enfants, des enfants en général, dresse finalement un exposé de ce qu’il advient de sa vie de petit employé de banque, confronté aux remaniements post-printemps de Prague.

Ce journal, il le tient après avoir offert à l’un de ses fils un cobaye. Animal, qui d’un passe à deux puis trois, qu’il se met lui-même à observer inlassablement, testant leurs capacités et comportements, procédant à des expériences ; il ne peut se passer de cet examen, ces bestioles impassibles prennent le pas sur sa propre vie, comme une obsession. Et au fil de ses analyses et observations qu’il écrit, ce sont les révélations d’une société tourmentée où l’économie frôle l’absurde, où la grisaille devient la trame de fond. Un roman dans la veine de l’univers Kafkaien, mêlant réel et illusion, le narrateur se revendique de Poe.

Marie-Hélène

Ariane Schréder

La Silencieuse

Philippe Rey

225 pages, 17 €

9782848762449

 

Silencieuse, Clara est murée dans son silence car les mots ne passent pas les barrières que ses expériences de vie ont dressées, ils lui pèsent et plutôt que de sortir ils disparaissent. Elle est ainsi, tout le monde s’accorde à le dire ou le penser. Pourtant jeune, pourtant douée. Sa rupture d’avec son compagnon la pousse à quitter Paris, et ses seuls parents, son seul ami, ce lieu où ses sculptures elles-mêmes ne peuvent plus exprimer. Elle choisit une grande maison, dans l’isolement d’un petit village de bord de fleuve. Comme un journal intime sans en être un, l’éveil à la nature qui l’inspire, la manifestation de la solitude qui perdure malgré ses rencontres, Omar, Thierry, l’Adorateur, Ameline, et le Dr Aubier… Clara fait sienne une citation de Paul Valéry – « Chaque atome de silence/Est la chance d’un fruit mûr ! » – et cherche sa propre consistance ; l’artiste se laisse inspirer et ses sculptures éthérées prennent vie, trouvent matière et ancre, Giacometti n’est pas loin. Un premier roman où la délicatesse prime, une écriture sobre qui ne cède pas au nombrilisme avec toutefois une forme de vague à l’âme persistant.

Marie-Hélène

Olivier Bleys

Le Maître de café

Albin Michel

352 pages, 20 €

9782226245144

 

Le tonnerre gronde au palais du premier Italien en ce 5 juillet 1954 et le reste de la journée est en jeu : son sacro-saint café, celui que seul le maître de café, Massimo Pietrangeli, a l’art de préparer, est imbuvable. De fait, le vieux routier sait que sa fin approche ; Oreste son aîné alerte ses frères et sœurs. Tous, croyant se déplacer pour l’enterrement et l’héritage, rejoignent la maison familiale. Mais il tarde à mourir, il reprend vie après sa tasse de café quotidienne, concoctée avec les dernières fèves de sa cassette personnelle ; ces fèves, il veut les partager avec les siens, leur goût, leur histoire, son histoire… Persuadé qu’à l’épuisement des grains il mourra, il impose sa dernière lubie : se rendre au Costa Rica pour s’en procurer. Commence alors le voyage, riche en émotions, anecdotes et mésaventures. Un roman tout public très plaisant, la figure patriarcale est aussi belle qu’extravagante, les personnages sont attachants, et le roman se présente un peu à la manière d’un conte sans faire l’impasse sur l’humour.

Marie-Hélène

Patricio Pron

L’Esprit de mes pères

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Claude Bleton

Flammarion

208 pages, 18 €

9782081256804

 

Argentine, 2008, un père se meurt ; malheureuse occasion qui réunit ses enfants dont le fils, jeune écrivain qui vit en Allemagne. Retour au pays donc pour ce dernier qui, poussé par ses propres souvenirs, se plonge dans l’histoire paternelle. Père mais aussi journaliste, obsédé par la disparition et la mort irraisonnées, inexpliquées mais si communes en ces années d’« oppression politique » d’un simple quidam (?). Accumulation de documents, extraits d’articles, suivi complet de l’affaire… tout cela conservé par le père, lu et déchiffré par le fils. Ce n’est pas le drame d’une famille qui se décrit mais celle de toute une génération, d’un peuple silencieusement opprimé.

Marie-Hélène

Tom McCarthy

C

Traduit de l’anglais par Thierry Decottignies

L’Olivier

428 pages, 24 €

9782879297576

 

Au début du XXe siècle, en Angleterre, Serge et Sophie sont élevés par deux parents fantasques et un précepteur dans un institut d’éducation pour sourds. Ils s’initient à la chimie et ses expériences dangereuses ou au maniement de la télégraphie sans fil.

Roman envoûtant et énigmatique, au titre singulier, C, comme Crépine (le voile fin qui, dans certains cas, recouvre le nouveau-né), comme Cyanure, Chute, Cocaïne à laquelle Serge va être initié, et surtout Communication, discipline et technologie dont l’essor, au début artisanal et aventureux, va accompagner le déclin et l’effacement d’un monde suranné, celui de l’élevage à domicile des vers à soie, des villes d’eau et des joutes guerrières individuelles et héroïques.

Frédéric et Marie-Hélène

Elsa Osorio

La Capitana

traduit de l’espagnol (Argentine) par Françoise Gaudry

Métailié, coll. « Bibliothèque hispano-américaine »

336 pages, 20 €

9782864248767

 

Micaela Feldman de Etchebéhère, Mika, est l’une des figures des milices du POUM pendant la guerre civile en Espagne. Elle participe dès les années trente au mouvement intellectuel à Paris, où elle rencontre l’homme qui partagera un pan de sa vie. Tous deux militants engagés, fondent la revue Que faire ?, dénoncent les injustices – ils en laissent les traces dans des carnets de notes –, se battent au nom de la liberté. En fuite permanente, leur amour et leurs aspirations communes les portent. Lui est malade mais c’est au combat qu’il succombe, dans la jeunesse de leur passion ; c’est dans la permanence de son souvenir que Mika continuera. Le titre de Capitana lui est donné par les miliciens eux-mêmes qui reconnaissent, malgré les réticences évidentes pour l’époque, le charisme, les capacités de décision et d’action de ce bout de femme qui lutte à leurs côtés : contre les fascistes, les staliniens, la Guépéou. Harcelée et poursuivie par ces différentes forces, elle connaît la prison et meurt à Paris en 1992. Loin d’être une biographie, ce roman est le portrait d’une femme passionnée et amoureuse que l’Histoire doit garder en mémoire.

Marie-Hélène

Martine Desjardins

Maleficium

Phébus

176 pages, 15 €

9782752907349

 

Fin xixe siècle, sept hommes – marchand, lettré, scientifique… – séjournent qui en Afrique qui en Orient et croisent une créature troublante, porteuse de ce que chacun recherche avec passion. Chaque homme retrace sa rencontre dans la discrétion du confessionnal ; viennent-ils chercher le salut de leur âme ou celui de cette étrange femme qui aura deviné leurs faiblesses et aura voulu les punir ? Quelle volonté se cache derrière leurs confessions ? Dans un style un peu baroque les récits mélangent fantastique, exotisme, récit de voyage, érotisme.

Marie-Hélène

Makenzy Orcel

Les Immortelles

Zulma

144 pages, 16,50 €

9782843045882

 

Le séisme a détruit Port-au-Prince, les décombres ont enseveli nombre des consœurs de la femme dont le nom importe peu. Elles sont sans nom, elles sont oubliées, ne comptent pas. Alors cette femme, survivante, qui a repris son activité, le plus vieux métier du monde, passe un marché avec l’homme qui vient solliciter ses talents au bordel. Pour son corps, elle lui demande de retracer l’histoire des putains disparues, en particulier Shakira, qui toute jeune et ayant fui sa mère avait trouvé protection et enseignement auprès d’elle. Formée par ses soins mais toujours en révolte elle devint vite très convoitée mais sa mort – elle aura fini pas l’avoir au bout de douze jours de lutte sous les décombres – l’effacera des mémoires. Et cela, la femme dont le nom importe peu ne le supporte pas mais elle sait que les personnages des livres ne meurent pas, tout comme les putains sont des immortelles.

Marie-Hélène

Aki Shimazaki

Tsukushi

Leméac/Actes Sud

144 pages, 14,50 €

9782330008062

 

Mitsuba va avoir 13 ans, sa mère Yûko est en pleine préparation de la fête. Dans un tiroir, elle trouve une boîte d’allumettes dont l’image – « artistique et érotique » – de tsukushi (tige à sporanges de la prêle) accompagnée du mot fraternity l’attire. Et ce sont les treize dernières années (depuis ses fiançailles annulées avec T. Aoki, son mariage improbable avec Takashi, fils unique et futur héritier de la prestigieuse banque Sumida, la naissance de Mitsuba…) qui se rappellent à elle et qui par un jeu mêlé de mémoire, de dévoilements, de rencontres donnent un sens nouveau à ce que fut sa vie.

Marie-Hélène

Michela Marzano

Légère comme un papillon

Traduit de l’italien par Camille Paul

Grasset

352 pages, 18 €

9782246794394

 

Philosophe, Michela Marzano aborde dans ce récit la question de l’être, le « devoir être ». Elle part de sa propre expérience dont elle pensait ne jamais parler, garder secrète, celle de l’anorexie. Maladie qui l’a éprouvée longtemps et l’a conduite à faire une longue psychanalyse. Mais ce fut sans doute cela qui lui a permis de s’interroger, de questionner son engagement dans la philosophie et l’écriture (dans telle langue ou telle autre), son rapport aux autres, le poids de la vie. Il ne s’agit pas pour elle de témoigner de la maladie mais d’ouvrir à la réflexion, de faire « quelque chose » de ce trouble.

Marie-Hélène

Pascal Garnier

Nul n’est à l’abri du succès

Zulma

160 pages, 17 € 

9782843045769

 

La vie de Jeff n’a rien de palpitant, il la laisse couler au jour le jour. Les ouvrages qu’il écrit laissent le public indifférent, il tente de maintenir un semblant de relation avec son grand fils, préfère le soutien de la boisson plutôt que celle de la cocaïne jugée plus saine par sa compagne Hélène. Mais son dernier ouvrage se voit primé par un grand prix littéraire qui lui vaut succès, interviews, reconnaissance et gratification. Son quotidien s’améliore, prend une autre voie : le quinquagénaire s’établit avec une très jeune femme dans un confort tout routinier. La crise de la cinquantaine sans doute, il souhaite retrouver sa jeunesse perdue. Où, sinon au contact de son fils ? Ils ne se sont pas vus depuis trois ans, les retrouvailles seront mouvementées.

Marie-Hélène

Galsan Tschinag

Chaman

Traduit de l’allemand (Mongolie) par Isabelle Liber

Métailié, coll. « Bibliothèque allemande »

252 pages, 20,50 €

9782864248576

 

L’auteur après avoir passé des années de par le monde (scolarité pendant les années cinquante staliniennes, études en Allemagne, enseignement en parallèle d’une carrière littéraire…), décide de rejoindre son peuple, les Touvas, dans le Haut-Altaï (nord de la Mongolie). Il en est le porte-parole, le chef de clan et chaman. Accompagné de sa femme et de l’un de ses petits-enfants, il met en branle la grande caravane et quitte le confort citadin pour un retour à la vie traditionnelle de son pays natal, aux coutumes, et se mêler des affaires de ses proches. Il arrive au milieu d’un conflit opposant deux jeunes chamanes, deux de ses anciennes élèves, mais, surtout, au sein d’une communauté qui, confrontée aux présences allemandes et russes, a dû mal à trouver sa voie entre maintien d’une vie nomade et le xxie siècle. Le récit de ce retour s’émaille de ses souvenirs, de rêves et de visions, invitant le lecteur à découvrir à la fois un peuple méconnu et le monde spirituel qui le singularise.

Marie-Hélène

Igor Štiks

Le Serpent du destin

Traduit du croate par Jeanne Delcroix-Angelovski

Galaade éditions

496 pages, 22 €

9782351761380

 

Richard Richter, romancier reconnu, vit à Paris depuis qu’il a quitté Vienne, sa ville natale, s’éloignant d’un passé douloureux : sa mère est morte peu après sa naissance, son père s’est suicidé quelques années plus tard et lui a été élevé par sa tante Ingrid. La crise de la cinquantaine peut-être, le départ de sa femme et la volonté d’un nouveau départ le poussent à retourner auprès de sa mère de substitution. En effectuant des travaux dans la maison familiale, il découvre un carnet bleu et une lettre jamais envoyée de sa mère. Des révélations s’ajoutent ainsi à son histoire obscure et mènent à Sarajevo qui est à feu et à sang. Grâce à ses connaissances, il se fait passer pour correspondant et gagne la ville assiégée où il se lie avec Ivor, Alma et Simon. Persuadé que sa quête sera une nouvelle naissance, il se laisse guider par ses désirs, ses rencontres, et les fils que la tragédie a tissés. Contraint à la fuite pour parer les événements, ne plus souffrir et ne plus faire souffrir, il écrit son ultime texte voué à la transmission. Deuxième roman d’un jeune auteur des Balkans traduit pour la première fois en France, Štiks mêle le contemporain de l’histoire, l’Europe, le quotidien de la guerre des Balkans au mythe d’Œdipe qu’il revisite.

Marie-Hélène

Bettina Balaka

Murmures de glace

Traduit de l’autrichien par Martine Rémon

Quidam

434 pages, 22

9782915018707

 

Balthasar Beck rentre chez lui, à Vienne, en 1922, après sept années de captivité dans les camps russes. Il retrouve Marianne, son épouse et sa fille Aimée qu’il ne connaît pas encore et son travail à la police criminelle. Aux difficultés des retrouvailles familiales s’ajoutent les soupçons qui vont peser sur lui lorsque sont découverts des cadavres d’hommes lui étant liés.

Très intéressant et attachant portrait d’un prisonnier de guerre au retour de captivité, tourmenté par les drames et désireux de ne pas révéler tout ce qu’il vécut, en difficulté dans ses relations familiales, mais déterminé à les épanouir et à ne pas faire revivre à sa fille ce qu’il connut avec son père. Enfin, l’ambiance d’après-guerre -le lent retour et la difficile adaptation des anciens prisonniers, les conditions de vie austères, les réflexions antisémites et nationalistes – est bien rendue.

Frédéric

Hubert Auque

Dans le regard d’Adria

Traduit du catalan par Hubert Auque, Sibylle Klumpp

Noviny 44, coll. « Fragile »

200 pages, 15 €

9791090086012

 

« Nous prions pour sa veuve », la formule énoncée par le père Ferrán résonne et amène les plus proches parents et amis d’Adrià à porter attention aux liens qui les unissaient à lui. Certes, il est vivement regretté mais c’est sans pathos que chacun confie les passions communes, les souvenirs, les joies, les peines. Chaque récit – Bernat, Mercè, Christa, Mateu, Ferrán, Rosario, Daniel et Hubert – révèle la force puisée, l’humanisme de l’être admiré. Depuis le monastère où certains furent admis en prévision de…, jusqu’à l’immeuble où bon nombre d’entre eux se trouvent à vivre ou à s’aménager les sacro-saintes pauses sur le toit-terrasse, à peindre ou poser, deviser ou écouter, et simplement se sentir bien. Les voix et les langues se mêlent.

Marie-Hélène

Mireille Juchau

Le Révélateur

traduit de l’anglais (Australie) par Josette Chicheportiche

Mercure de France, coll. « Bibliothèque étrangère »

382 pages, 23,50 €

9782715231559

 

Nathan a sauvé son épouse Lotte en fuyant Berlin et le nazisme pour l’Australie. Martine y naît ; leur quotidien s’imprègne des traces de l’ancienne vie et, à la mort de son mari, Lotte s’enferme dans ses souvenirs, vivants et morts tout aussi présents. Martine, artiste photographe, part s’installer à New York ; loin de sa mère qu’elle maintient volontairement à distance, elle rencontre Joe, et Ruby vient au monde. Les années passent, le couple est fragile, Martine fait face à la maladie de sa fille et accepte de revoir sa mère à Sydney, de nouvelles photos rappellent curieusement le passé que Martine s’évertue à écarter. Mais le drame survient, et le décès de Ruby la plonge à l’instar de sa mère dans une existence momifiée par la volonté du souvenir. L’album de photographies lui dévoile le secret enfoui de Lotte : l’occasion d’une quête.

Marie-Hélène

Nicole Roland

Les Veilleurs de chagrin

Actes Sud, coll. « un endroit où aller »

240 pages, 18,90 €

9782330002336

 

Les mots que la narratrice grave sont ceux qu’elle s’adresse à elle-même et au témoin discret (son psychiatre), qui ne les lira pas, de son avancée, son « processus de guérison ». Elle se bat avec son attachement fusionnel à un père indifférent de son vivant, à une mère castratrice placée en institution ; elle-même est divorcée et n’a jamais su trouver sa place. Seul son métier d’anthropologue lui assigne un rôle : veilleur de chagrin. Elle étudie les stigmates des ossements de corps (notamment ceux de charniers du Kosovo), aide à l’identification des disparus et par là même aide les survivants à ne pas espérer en vain : « Les disparus ne seront plus condamnés à errer dans le chagrin de leurs proches. Ils reprendront leur place parmi eux, honorés dans leur mort qui pourra enfin être dite, pleurée, dépassée. »

Marie-Hélène

Chloé Delaume

Une femme avec personne dedans

Seuil, coll. « Fiction & Cie »

144 pages, 15 €

9782021020946

 

« Je m’appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Un être d’autofiction. Qui à maintes reprises engage son lecteur à s’écrire par lui-même, à donner à sa vie une forme inédite dont il est le héros. Voilà ce que je dis, redis, écris sans cesse. Sauf que. » Sauf qu’elle, elle vit malgré ses pensées, ses propos et que ses lectrices meurent. Le « travail » d’écriture propre à l’auteur, une forme de culpabilité en plus peut-être et la sympathie en moins, pour une lecture qui reste de l’ordre de l’intime.

Marie-Hélène

Stefan Zweig

Légende d’une vie

Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine

Grasset

180 pages, 11 €

9782246785361

 

L’œuvre de l’écrivain adulé Karl Amadeus Franck se doit d’être honoré ; sa veuve Leonore, leur fils Friedrich, et le biographe Bürstein y veillent. Chacun ressent à sa manière le devoir d’assumer les responsabilités de cet héritage : écrire qui des poèmes, qui la biographie « officielle », décider de la parution ou non de textes inédits, honorer le nom et l’homme… une légende en est née que Leonore tient à maintenir envers et contre tout. À l’occasion d’une soirée d’hommage dans la maison-musée du disparu resurgit Maria, vieille femme qui réveille jalousie, passion, secrets de famille et, avec elle, des lettres et textes supposés détruits, menaçant la légende. Pièce en trois actes inédite en France.

Marie-Hélène

Catherine Rey

Plus calme que le sommeil

Le Temps qu’il fait

64 pages, 11 €

9782868535627

 

Longue lettre d’adieu, d’oubli, chargée de remords et d’amour de l’auteur à l’homme qui fut le compagnon de sa vie avant qu’elle ne le quitte pour vivre une nouvelle vie. Cet époux dont elle n’a su apprécier en temps voulu l’affection, la tendresse, la sécurité et qu’elle avoue avoir blessé, mal aimé : « Le connais-tu, le doux songe de se délester du fardeau ? […] Et toi, malheureux, pourquoi as-tu rejoint la vaste armée des ombres ? Quelle idée t’a pris d’aller chevaucher à leur suite ? Tout ce qui était nous, tu l’as balayé d’un revers de main. Tu étais mon bateau à l’ancre, mon phare sur le rivage. Tu étais le visage de mes forfaits. »

Marie-Hélène

Sandrine Soimaud

Tu

Buchet-Chastel, coll. « Qui vive »

216 pages, 17 €

9782283024850

 

Ambiance confinée, étriquée par l’espace même – une clinique, la chambre, le bureau du médecin –, réduite à quelques personnages, des ombres voire des fantômes, défilant en filigrane au gré de la recouvrance. Lisa est aux prises avec sa mémoire, peut-être l’a-t-elle perdue ou bien la renie-t-elle : elle voudrait l’oubli salvateur. Le récit d’une dynamique, celle de cette femme pour qui « je », « tu » et « on » alternent, se mêlent dans un passé retravaillé par la mémoire ; Lisa, poussée par la voix qui l’accapare et l’obsède, qui prend le dessus et la contraint à reconstruire sa mémoire sans céder à l’oubli, à la tentation d’un désir inassouvi, le désir d’être aimée.

Marie-Hélène

Jérôme Lafargue

L’Année de l’hippocampe

Quidam éditeur

292 pages, 19 €

9782915018615

 

Félix tente d’échapper à sa vie de bourlingueur, il en a trop vu, a trop enduré. Il se réfugie dans une station balnéaire où il se rendait enfant, retrouvant son ami Tim, rencontrant l’amour auprès de Cigale et apprivoisant le jeune Aloïs, fils de Laure. Dans un dernier recours, un espoir de quiétude, toujours fort de ses illusions de jeunesse, il élabore un projet délirant et, s’imposant une discipline d’écriture, il s’engage à relater son quotidien : au rythme du calendrier et à celui d’un morceau de musique unique par jour s’égrène son témoignage. Les circonstances feront que la voix de Tim se substituera à la sienne, le projet de l’un à celui de l’autre. Félix, Tim… chacun semble habité de cette volonté de se réconcilier avec soi-même, d’une même aura forgée dans l’inquiétude, d’un goût commun pour la musique (les titres, les groupes s’énoncent les uns après les autres) et d’une vision égale de la société. Après L’Ami Butler et Dans les ombres sylvestres, l’auteur retrouve les thèmes du double, du lien étroit entre le rêve et la réalité qu’il aborde dans ce scénario à la fois surprenant et construit. Un roman à la structure originale mais dans un style moins poétique que les premiers.

Marie-Hélène

Olivier Sillig

Skoda

Buchet Chastel

112 pages, 11 €

9782283025222

 

Résolument actuel, un conflit armé, un pays sans nom mais avec des consonances où un raid aérien a fait plusieurs victimes, excepté un jeune militaire : Stjepan. Près du lieu du drame, une voiture de civils dans laquelle seul un bébé a survécu. Il troque son uniforme pour la chemise de l’homme : « Et les civils, est-ce que ça s’occupe des bébés ? » Garçon, fille ? il fait nuit, pas le temps d’aller y regarder mais le besoin de le nommer lui fait penser au véhicule dans lequel il l’a trouvé et ce sera son prénom, qui se prête si bien à l’indifférenciation du genre. En charge de Skoda, il erre, fuit à travers ces terres inconnues, rencontrant des êtres troublés ou troublants, tous plus ou moins dépassés par la situation de leur pays : un douanier aux mœurs douteuses ; Marija et sa famille ; le conducteur de la citerne de lait… auprès de chacun, il se fortifiera d’expériences, de conseils, d’attachement, de prudence. Les liens se tissent au cœur de la violence, une forme de promesse dans cet avenir incertain.

Marie-Hélène

Alissa York

Fauna

traduit de l’anglais (Canada) par Florence Lévy-Paolini

Joelle Losfeld

400 pages, 22,50 €

9782070787937

 

Sélection américaine Prix Page des Libraires 2011

 

Guy gère une casse auto, laquelle s’est vite transformée en lieu de refuge au fil de ses propres trouvailles, de ses propres rencontres… il recueille ainsi des animaux blessés voire des dépouilles qu’il s’empresse d’enterrer, et de ses congénères, âmes humaines un peu perdues, ceux marqués par la vie, en marge, cassés, des égarés. Ce sont des liens qui se tissent entre chaque protagoniste, chacun étant animé par un intérêt commun pour le monde animal. C’est ainsi que Edal, agente fédérale à l’affût des trafics d’animaux en tout genre, s’immisce dans cet univers décalé et protecteur où déjà s’activent Lily la jeune fugueuse et son chien Billy, Kate la véto qui vient de perdre sa compagne, et Stephen un ex-engagé qui aimerait bien oublier. Tout le monde cependant ne partage pas cet attrait pour la faune, la présence des coyotes aux abords de la ville en gêne certains dont Coyote Boy qui menace de les exterminer. Stephen, surfant sur Internet tombe par hasard sur son blog inquiétant et tente de l’en dissuader.

Marie-Hélène et Frédéric

Fanny Saintenoy

Juste avant

Flammarion/Versilio

128 pages, 12 €

9782081267725

 

La Micheline s’arrête deux minutes en gare de Bergerac. Ce sera sans doute le dernier arrêt pour l’arrière-petite-fille qui vient rendre visite à sa chère Granny depuis quinze ans déjà à la maison de retraite. Un récit à deux voix où les générations se rencontrent : les trajectoires de chacune, les bons souvenirs, la confrontation des époques, les moments passés ensemble… un ton très sobre sans pathos qui aborde avec une certaine légèreté le thème de la fin de vie. Premier roman de l’auteur.

Marie-Hélène

Michel Quint

Les Amants de Francfort

Héloïse d’Ormesson

272 pages, 18 €

9782350871738

 

Florent, jeune éditeur juriste de formation, recule de longue date à retourner en Allemagne. Ce serait se confronter au souvenir de son père, assassiné par la bande à Baader du fait de ses relations avec d’anciens nazis. Lui, a hérité de la fortune mal acquise de son père, du devoir de s’occuper de sa mère quasi démente, et d’une germanophobie construite au fil du temps. Outre cet héritage lourd, il promet à sa future ex-femme (stade terminal d’un cancer), de l’aider à retrouver ses origines : elle a été adoptée par la famille de son « mari » au décès de ses propres parents.

Mais la Buchmesse de 2009 est l’occasion pour lui de placer ses éditions, d’obtenir de nouveaux contrats. Il y rencontre Lena, éditrice également, « hantée » aussi. La nuit où naît leur passion tumultueuse, un meurtre est commis dans l’hôtel où ils séjournent. Le passé est « réveillé », les faits et les protagonistes du passé sont liés. Florent se doit de fouiller dans ce passé commun, caché au mieux.

Un roman au style très « oral », des phrases courtes et incisives.

Marie-Hélène et Frédéric

Caroline Lunoir

La Faute de goût

Actes sud, coll. « Un endroit où aller »

128 pages, 16 €

9782742799503

 

Un endroit où aller pour la jeune Mathilde, qui se destine au barreau, mariée mais seule pour ces quelques jours autour du 15 août… la demeure familiale, celle de son enfance, transformée en lieu de retraite : grands-parents, grands-oncles et grands-tantes… tous s’y réunissent chaque été. L’occasion pour elle de renouer, quelque temps, le moins possible finalement et assez passivement, avec sa propre généalogie. Une fresque de la bourgeoisie, un peu dépassée au travers de conversations intimes, de non-dits et de bienséance.

Marie-Hélène

Arthur Miller

Présence : six nouvelles inédites

Robert Laffont, coll. « Pavillons »

traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Guglielmina

204 pages, 18 €

9782221114032

 

Des nouvelles inédites en France dans lesquelles Arthur Miller explore l’intimité de personnages qui ont une telle densité qu’il nous semble qu’ils ont existé. Êtres de fiction ou non, ils apparaissent au cours de rencontres singulières ; tous sont plus ou moins âgés, plus ou moins tourmentés, très souvent solitaires, mais tous empreints de sensualité et habités d’un désir. C’est à cette problématique du désir que Miller, toujours en observateur effacé, s’intéresse : il la sonde, en cherche l’essence. D’où émane le désir ; qu’est-ce qu’il affleure ; quelles réminiscences ; que bouleverse-t-il de l’existence ? Et, au-delà, il pose un regard attentif sur la nature humaine.

Marie-Hélène

Isaac Bashevis Singer

Les Aventures d’un idéaliste et autres nouvelles inédites

traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-Pierre Bay

Stock, coll. « La Cosmopolite »

252 pages, 19 €

9782234064355

 

Ce sont treize nouvelles inédites en France, publiées dans la presse (Forverts, The Jewish World…) en différentes époques, qui permettent de (re)découvrir cet auteur vingt ans après sa mort. Une âme de conteur qui déambule dans la ville, New York, offrant une vision méconnue d’une culture. Un univers fantasque parfois drôle parfois touchant, où un oiseau se fait réincarnation d’un amour déçu ; où l’idéaliste est celui qui se compose sa propre vie et la fait écrire ; où la frivolité est de mise ; où les couples se font et se défont dans la plus pure tradition ou le plus profond mépris de la religion, type « grand mélo » ou « farce », c’est selon ; où l’on se joue de la mort ou pas. Treize nouvelles donc qui dépeignent la société juive américaine dans une version « acidulo-sucrée ».

Marie-Hélène

Victoria Horton

Attachements

Quidam éditeur, coll. « Curiosa & cætera »

208 pages, 18 €

9782915018561

 

Marcel débarque dans leur vie – Charles, et ses enfants Henri et Anna – en 1967, à Paris ; eux, l’embarquent de Paris à Champvallon, l’accueillent, l’emploient, laissent faire. Juliette est là pour le ménage et fait figure de mère pour Anna. Juliette, mariée à Robert, déjà mère d’une tripotée ? Qu’à cela ne tienne : avec Marcel « ce sera pour la vie » mais tout comme avec le premier, ce ne sera pas. Juliette, bonne pâte, n’attire que les hommes violents. Anna inscrit sa vie dans son sillage ; elle rencontre Roland qu’elle finit par quitter, battue, avec le soutien de son frère et de son épouse, sa confidente.

Dans la plus complète ambivalence, chacun semble trouver son compte dans ces relations complexes mais la rupture gagne et chacun se perd de vue. Adulte, Anna vivote, se cherche, déprimée… 2007 : obsedée par une volonté de compréhension, de réparation, elle renoue avec les siens, retrouve Juliette, et plonge dans leur histoire – la reconstruit –, dans leurs histoires violentes de couple. Ce texte mélange les genres (récit de l’enfance, échanges par courrier et par courriel, témoignage de la vieille Juliette…). Le ton de chacun se fait voix, accent de la violence conjugale.

Marie-Hélène

Eric Poindron

De l’égarement à travers les livres

Castor astral, coll. « Curiosa & cætera »

208 pages, 16 €

9782859208554

 

Le narrateur est un « cas », observé et étudié en secret de longue date par un médecin qui le contacte. Ce dernier lui apprend qu’il souffre d’un bien étrange syndrome, la bibliopathonomadie (signifiant « de l’égarement à travers les livres) ; rare et sans gravité, cela se traduit par une confusion entre la littérature et la vie réelle. Son trouble lui permet de rejoindre la société secrète (le Cénacle troglodyte) et d’y être reconnu comme détective privé. Il s’engage alors dans l’histoire de la littérature pour tenter de faire la lumière sur les mystères de certains auteurs et/ou de leurs personnages. Voltaire, Lewis Carroll, Lovecraft, Hope Hodgson, Stendhal, Chamisso… font partie de ce roman-jeu de piste qui surprend mais auquel on se laisse prendre.

Marie-Hélène

Cesarina Vighy

Le Monde à ma fenêtre

Traduit de l’italien par Jérôme Nicolas

Seuil

240 pages, 18,50 €

9782021019100

 

« Le sens qui m’est le plus utile maintenant, nécessaire même, échappe au catalogage classique. C’est une chance que je l’aie, tout entier et peut-être légèrement méchant. C’est le sens de l’humour. » Et c’est avec celui-ci, caustique, que l’ancienne bibliothécaire Z s’accorde cette récréation depuis sa chambre où une maladie neurologique dégénérative chronique la cloue. Elle a préféré la compagnie de ses chats à celle de ses proches et laisse son cerveau fourmiller tant qu’il le peut : Z revient sur sa vie – racines, parents, enfance, rencontres, sexualité, psychanalyse, troubles politiques – entre Padoue, Venise et Rome et retranscrit ses pensées indésirables, l’écriture demeure son échappatoire, pied de nez à la souffrance et à l’humiliation. Un premier roman où Cesarina Vighy (décédée en 2010) a donné, très certainement, beaucoup d’elle-même parce qu’il l’a aidée à affronter une expérience similaire.

Marie-Hélène

Collectif

Nouvelles d’Islande

Traduit de l’islandais par É. Boury, R. Boyer, S. Daucourt-Fridriksson, C. Eyjólfsson, S. Le Breton

Magellan & Cie / Courrier international, coll. « Miniatures »

96 pages, 12 €

9782350741949

 

Six auteurs, six nouvelles qui donnent à voir un peu de la littérature islandaise ici plutôt narrative et portée par l’étrange : un réfrigérateur récemment récupéré se fait passeur de mémoire (S. I. Baldvinsson) ; une libraire déjà fascinante vit une métamorphose (G. E. Mínervudóttir) ; une plage noire excite les âmes et les corps (M. Sigurdsson) ; la célèbre marque de meubles s’apparente à l’Inferno (G. Elíasson) ; un linguiste sème la discorde (T. Eldjárn) ; le lien entre le café et la littérature n’est pas une idée reçue (E. M. Gudmundsson).

Marie-Hélène

Pierre Jourde

La Présence

Les Allusifs, coll. « Les peurs »

88 pages, 11 €

9782923682198

 

Premier titre de la nouvelle collection de l’éditeur : un auteur, une peur, un livre.

Récit intime où l’auteur fouille sa mémoire, évoque l’angoisse qui le hante et le rend vulnérable : sa peur primitive des maisons vides, la maison familiale en particulier. Depuis, dès qu’il franchit le seuil d’une maison délaissée — alternant entre envoûtement et exorcisme —, il lui faut aller dans le secret des choses, imaginer la présence, l’anticiper, la rechercher ; sonder l’ombre et le silence et céder à l’omniprésence du vide, à la fascination qu’elle lui procure. « Il faut, comme une nécessité, que le plus intime du lieu soit la demeure du monstre, c’est-à-dire de l’apparition, de l’apparition en soi, de ce qui se donne à voir comme l’incarnation spectaculaire de l’incompréhensible. »

Marie-Hélène

Annie Ernaux

L’Autre Fille

Nil, coll. « Les Affranchis »

80 pages, 7 €

9782841115396

 

Cette collection est un espace intime où l’auteur, dans une lettre qu’il ne pensait sans doute pas écrire, s’affranchit d’une vieille histoire. Annie Ernaux se laisse aller à la pensée magique et s’adresse à sa sœur aînée, celle qu’elle n’a jamais connue, avec qui elle n’aura partagé que l’exclusivité et le silence de ses parents. (Elle a dix ans lorsque, surprenant une conversation entre adultes, elle apprend l’existence et le décès de celle-ci, quelques années avant sa propre naissance.) Un beau texte quoique dérangeant où l’ambivalence est prégnante ; l’auteur s’interroge, passe au crible ses relations avec ses parents — respecter le secret et la souffrance, accepter ou non la place accordée —, cette sœur, son travail d’écriture. « Je ne peux te mettre là où j’ai été. Remplacer mon existence par la tienne. Il y a la mort et il y a la vie. Toi ou moi. Pour être, il a fallu que je te nie. »

Marie-Hélène